Mettre fin durablement à la crise de liquidités en Guinée : lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget
Madame la Ministre,
Depuis plusieurs mois, notre pays fait face à une crise de liquidités qui ne cesse de s’intensifier. Ce phénomène, qui pouvait au départ être perçu comme une difficulté conjoncturelle du système financier, est aujourd’hui en train de prendre une dimension beaucoup plus préoccupante.
Dans les banques comme dans les points de retrait mobile money, l’accès au cash devient de plus en plus difficile pour les citoyens. Or, pour une grande partie de la population guinéenne, les revenus quotidiens servent directement à couvrir les dépenses essentielles : alimentation, transport, santé, scolarité des enfants ou encore logement. Lorsque l’argent devient difficile à retirer, c’est toute la capacité d’achat des ménages qui se retrouve paralysée.
Plus inquiétant encore, cette crise commence à produire des tensions sociales. Dans plusieurs localités, des agents de points de retrait font l’objet de menaces de la part de clients frustrés par l’impossibilité d’obtenir leur argent. Sur les réseaux sociaux et dans les débats publics, certains vont même jusqu’à accuser des communautés entières de pratiquer une forme de discrimination dans les retraits. À cette allure, une simple crise financière risque de se transformer progressivement en un problème de société, avec des conséquences dangereuses pour la cohésion nationale.
Face à cette situation, il devient urgent que des mesures fortes, structurantes et rapides soient prises. La solution ne peut pas uniquement résider dans l’injection ponctuelle de liquidités dans le système. Dans le contexte actuel marqué par une crise de confiance entre les acteurs, une injection de cash risquerait même de renforcer la thésaurisation et d’encourager davantage les circuits informels. Beaucoup chercheront simplement à retirer l’intégralité de leurs fonds pour les conserver en espèces, ce qui amplifiera le problème.
La véritable solution consiste plutôt à rendre liquides et utilisables les contenus des comptes bancaires et des portefeuilles électroniques, afin de réduire la dépendance excessive au cash.
Dans cette perspective, le gouvernement pourrait envisager, dans un délai maximum de trois mois, la mise en œuvre des dispositions suivantes :
- Décréter l’interdiction formelle du paiement en espèces pour tous les services administratifs, et instituer systématiquement le paiement électronique.
- Rendre obligatoire ou semi-obligatoire le paiement électronique dans les stations-service, les pharmacies, les structures sanitaires privées, les transports publics, les usines et autres services essentiels.
- Rendre obligatoire l’acceptation des moyens de paiement électroniques (TPE, cartes bancaires, mobile money, etc.) dans toutes les entreprises formelles du pays ainsi que chez les commerçants importateurs.
- Ériger les stations-service en points de conversion d’unités électroniques en espèces, exclusivement destinés aux transporteurs, afin de soutenir la fluidité du secteur des transports.
- Rendre l’interopérabilité effective et accessible, en la rendant gratuite ou quasi gratuite entre les différents opérateurs financiers et de mobile money.
- Garantir la disponibilité de devises étrangères (dollar, euro, yuan, etc.) afin de permettre aux importateurs de convertir, à tout moment, leurs avoirs électroniques pour financer leurs opérations d’importation.
La mise en œuvre de ces six mesures permettrait de redonner de l’oxygène à l’économie nationale. En obligeant par exemple le paiement électronique pour les services administratifs, chaque citoyen devra effectuer un dépôt préalable dans le système financier. Ce dépôt pourra ensuite servir à d’autres transactions ou retraits, contribuant ainsi à la circulation de la liquidité au sein du système.
Ces réformes auront également pour effet de réduire la dépendance au cash, de moderniser les transactions économiques, de renforcer la traçabilité financière et surtout de restaurer la confiance entre les acteurs.
Madame la Ministre, la crise actuelle n’est pas seulement une question monétaire. Elle touche directement la vie quotidienne des citoyens et la stabilité sociale de notre pays. C’est pourquoi elle mérite une réponse rapide, ambitieuse et structurelle.
La Guinée dispose aujourd’hui des outils technologiques et des opérateurs nécessaires pour réussir cette transition vers une économie davantage numérisée et moins dépendante de l’argent liquide. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de créer le cadre réglementaire et les incitations nécessaires pour accélérer ce mouvement.
Agir vite permettra non seulement de résoudre la crise actuelle, mais aussi de poser les bases d’un système financier plus résilient et plus moderne pour notre pays.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Mamadou Lamarana Diallo
Enseignant-chercheur et citoyen guinéen


La République de Guinée va bientôt, adhérer à l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), comme d’ailleurs, la Sierra Leone, le Liberia et la Gambie !!
Ainsi, nous lancerons à 12 pays, notre nouvelle monnaie commune, l’Afro de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui va remplacer en 2027, le nom colonial, Franc CFA XOF !!
Que nos frères guinéens prennent leur mal en patience ; cette pénurie récurrente de billets de banque et tous les problèmes d’inflation, lié au Franc guinéen, ne seront plus qu’un mauvais souvenir !!
Merci.