Depuis son indépendance, la Guinée a connu de nombreuses périodes de tensions politiques, de ruptures institutionnelles et de crises qui ont considérablement ralenti son développement. Chaque fois que notre pays semblait amorcer une nouvelle dynamique, les divisions et les affrontements sont venus interrompre cet élan. Ce cycle de recommencement permanent a coûté cher à notre Nation, tant sur le plan économique que social.
Aujourd’hui, nous avons le devoir collectif de rompre définitivement avec cette logique.
À l’occasion du départ du président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, pour ses congés annuels, certains tentent d’entretenir un climat de suspicion et d’agitation. Pourtant, prendre quelques jours de repos n’a rien d’exceptionnel. Un chef d’État est avant tout un être humain, soumis aux mêmes exigences physiques et psychologiques que tout autre responsable. Gouverner un pays est une responsabilité immense qui nécessite également des moments de récupération.
Dans les États modernes, la continuité de l’État ne repose pas uniquement sur la présence physique du président. Elle repose avant tout sur des institutions solides, une administration fonctionnelle et des mécanismes prévus pour assurer la permanence de l’action publique. C’est d’ailleurs ce qui distingue un État organisé d’un État fragile.
L’histoire récente offre plusieurs exemples de pays dont les institutions ont continué à fonctionner malgré l’absence temporaire de leur dirigeant. La Belgique, notamment, a démontré qu’un État doté d’institutions solides peut poursuivre son fonctionnement pendant de longues périodes de transition politique. Cette réalité doit nous inspirer : la force d’une Nation réside dans ses institutions, et pas uniquement dans la présence permanente de son chef.
Pendant que nous débattons de sujets qui ne contribuent ni à la croissance ni au bien-être de nos populations, d’autres pays investissent dans leurs infrastructures, modernisent leur agriculture, développent leur industrie, attirent les investisseurs et créent des emplois pour leur jeunesse.
La Guinée possède pourtant tous les atouts pour devenir l’une des principales puissances économiques de l’Afrique de l’Ouest. Notre sous-sol est parmi les plus riches du continent. Nos terres agricoles sont immenses. Notre potentiel hydroélectrique est exceptionnel. Notre jeunesse constitue une formidable richesse. Mais ces avantages ne produiront leurs effets que dans un climat de stabilité, de sécurité juridique et de paix sociale.
Aucun investisseur ne mobilise des milliards de dollars dans un pays où règnent l’incertitude politique et les tensions permanentes. Aucun développement durable n’est possible dans un environnement où chaque événement devient un prétexte à la confrontation.
Nous devons tirer les leçons de notre propre histoire. Depuis plusieurs décennies, les crises successives ont retardé notre développement et privé des générations entières d’opportunités. Il est temps d’abandonner les réflexes qui nous enferment dans un éternel recommencement.
Notre énergie doit désormais être consacrée aux véritables priorités : la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois, l’amélioration du système éducatif, le renforcement du système de santé, l’accès à l’eau et à l’électricité, le développement des infrastructures et la transformation de nos immenses ressources naturelles au profit des Guinéens.
Au-delà des divergences politiques, chaque citoyen porte une part de responsabilité dans la préservation de la paix. Les réseaux sociaux ne doivent pas devenir des espaces d’incitation à la haine ou à la désinformation. Les leaders politiques, les acteurs de la société civile, les médias et les citoyens doivent privilégier la responsabilité, le dialogue et l’intérêt supérieur de la Nation.
La stabilité n’est pas l’absence de débats. Elle est la capacité d’une Nation à exprimer ses divergences sans compromettre son avenir.
Si nous savons préserver cette stabilité, accompagner les réformes engagées et maintenir un climat favorable au développement, la Guinée peut accomplir, au cours de la prochaine décennie, une transformation économique comparable à celle observée dans plusieurs pays qui ont fait le choix de la paix, du travail et de la continuité des politiques publiques.
Notre pays mérite mieux que les crises répétitives.
Il mérite notre intelligence collective, notre sens des responsabilités et notre engagement en faveur de l’avenir.
La Guinée dispose de toutes les ressources nécessaires pour réussir. Il nous appartient désormais de créer la seule condition indispensable à leur valorisation : la stabilité.
L’avenir d’une Nation ne se construit ni dans les troubles ni dans les divisions. Il se construit dans la paix, le travail et la responsabilité.
Paris, le 6 août 2026
MANSARE Alpha Bacar
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Cadre de banque / Consultant en planification et développement économique

