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L’affaire Bella Bah : entre responsabilité, droit et sagesse

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Soutra

Bella Bah est un jeune activiste dont les propos à l’endroit du premier imam de Guinée sont, à mes yeux, regrettables. Le traiter de « malhonnête » et de « corrompu », ou l’accuser d’être la caution morale de toutes les injustices commises en Guinée, dépasse le cadre d’une critique responsable.

Je peux comprendre que la frustration, lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, conduise parfois à des excès. Mais comprendre l’origine d’une réaction ne signifie pas l’approuver. La liberté de parole n’exclut ni la responsabilité, ni le respect, ni la retenue.

Toutefois, les propos de Bella Bah, aussi condamnables puissent-ils paraître, ne sauraient justifier une quelconque violation de ses droits. Deux torts ne produisent pas un droit. Notre pays dispose de lois et de procédures encadrant notamment les interpellations et les arrestations. Ces règles doivent être respectées en toutes circonstances, y compris lorsque la personne concernée a tenu des propos qui nous choquent ou nous offensent. C’est précisément dans les moments difficiles que notre attachement au droit doit se vérifier.

Je suis également préoccupé de voir certains transformer cette affaire individuelle en attaque contre une communauté. Il faut nous ressaisir. La faute d’un individu n’est jamais celle de son ethnie. Nous sommes une nation et devons apprendre à traiter les actes d’une personne comme relevant de sa responsabilité personnelle.

Le premier imam, qui était directement visé par ces propos, a choisi de pardonner et a appelé les autres à en faire autant. Je salue cette attitude de responsabilité et de grandeur. Lorsqu’une personne offensée choisit l’apaisement, nous devons éviter de transformer son offense en prétexte pour créer de nouvelles divisions.

À nos jeunes, je voudrais également adresser un message : osez parler, osez questionner, osez critiquer, mais apprenez à le faire sans outrage ni offense. Le courage ne se mesure pas à la violence des mots. On peut être ferme sans être insultant, contester sans humilier et défendre ses convictions sans manquer de respect à ceux avec lesquels on n’est pas d’accord.

Cela est particulièrement important lorsqu’il s’agit de nos aînés et de nos autorités religieuses. Nous devons aussi comprendre que tous les problèmes ne se gèrent pas de la même manière. Une autorité religieuse n’est pas obligée de rendre publiques toutes les démarches qu’elle entreprend. La sagesse peut parfois commander de conseiller les dirigeants en privé plutôt que de rechercher l’approbation populaire par des déclarations publiques.

Le fait qu’un imam ne dise pas publiquement ce que certains souhaitent entendre ne signifie donc pas nécessairement qu’il reste silencieux devant les responsables du pays. Il peut conseiller, interpeller ou transmettre des préoccupations loin des caméras, sans pour autant être toujours écouté. Nous devons aussi apprendre à lire les silences, les contextes et les non-dits.

J’entends également certaines comparaisons entre la prise de parole publique des prêtres et celle des imams. Il faut être prudent avec ces rapprochements. Leur organisation institutionnelle, leur formation, leurs rapports respectifs avec l’autorité publique et les contraintes auxquelles ils peuvent être soumis ne sont pas nécessairement identiques. Il est donc difficile de tirer des conclusions simplement en comparant leurs déclarations publiques.

Un responsable religieux doit mesurer le poids de sa parole. Celle-ci peut apaiser comme elle peut enflammer, rapprocher comme elle peut diviser. Sa responsabilité lui impose donc parfois une retenue que l’opinion publique peut mal comprendre.

Enfin, j’invite particulièrement les jeunes à faire attention à ce qu’ils disent et à ce qu’ils écrivent. Avant de publier sous le coup de la colère, donnons-nous quelques instants pour nous demander : Est-ce vrai ? Est-ce nécessaire ? Est-ce responsable ? Quelles peuvent être les conséquences de mes paroles sur une personne, une communauté ou sur le vivre-ensemble ?

Les réseaux sociaux donnent parfois l’impression que les applaudissements du moment valent approbation. Pourtant, ceux qui vous encouragent dans l’excès ne seront pas nécessairement à vos côtés lorsque viendra le temps d’en assumer les conséquences.

Notre pays a besoin d’une jeunesse courageuse, mais aussi responsable ; d’une jeunesse qui ose, mais qui réfléchit ; d’une jeunesse capable de dénoncer l’injustice sans en créer une autre.

C’est ainsi que nous construirons une Guinée où la liberté, le respect du droit, la responsabilité et le vivre-ensemble peuvent avancer ensemble.

Elhadj Abdoulaye Amie Soumah

 

Soutra
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