Accusé de fraude à l’examen, le conseiller en communication du ministère de la Justice nie les faits et dénonce un piège
Le conseiller en communication du ministère de la justice et des droits de l’homme, poursuivi pour fraude à l’examen, a comparu ce mercredi 12 août 2026 au tribunal de Dixinn. Sékou Keïta, en effet accusé d’avoir tenté de faire entrer un sujet traité dans une salle d’examen lors du concours des auditeurs de justice, a eu l’opportunité de présenter ses arguments devant le juge.
Devant la barre, le conseiller en communication du ministère de la justice et des droits de l’homme a clamé son innocence et l’opportunité lui a été offerte de donner sa version des faits. VisionGuinee vous propose sa déclaration préliminaire devant le juge.
“Les conseillers sont des superviseurs de superviseurs. En cette qualité et par décision du garde des sceaux, je me trouvais au centre d’examen où tout se déroulait normalement. À 8h, je suis venu vérifier si l’organisation était en règle, car cela relève de mon rôle, et je devais sillonner toutes les salles. En sillonnant, je n’ai pas commencé par la salle 16, j’ai débuté par la première salle. J’ai constaté que dans plusieurs salles, il n’y avait pas d’eau. On ne mentionne aujourd’hui que la salle 16 parce que c’est celle qui est en cause. Je suis venu le signaler aux dames chargées de l’organisation.
Au début, on apportait des sachets d’eau. J’ai donc demandé qu’on en fournisse à certaines salles où j’avais déjà apporté de l’eau en sachet. Nous avons ainsi pallié le manque d’eau dans plusieurs salles. Je suis remonté dans d’autres salles où il y avait l’arrivée des candidats, des candidates et celle du garde des sceaux, il s’est écoulé environ trois heures.
Ceux qui me connaissaient m’ont sollicité. Ce n’est pas une infraction et il n’est nullement interdit que quelqu’un qui vous connaît dans une salle vous demande un service. Ne pouvant pas descendre chercher du café en raison du temps d’attente et des aléas, plusieurs personnes m’en ont demandé. Je suis donc descendu et j’ai apporté beaucoup de choses. Je faisais de l’animation pour que tout reste calme. Je n’avais aucune prétention particulière. Ne me reprochant rien, je pouvais agir ainsi. C’est dans ce cadre que je suis allé dans la salle 16 où se trouvaient des connaissances. Elles m’ont demandé si elles pouvaient aussi avoir du café. Je suis monté dans toutes les autres salles distribuer du café, mais n’ayant que deux mains, je ne pouvais pas tout porter d’un coup.
Monsieur le président, je me suis exécuté pour ceux qui étaient là, puis je suis sorti. Tout ce que j’ai fait s’est déroulé en présence des surveillants, d’autres superviseurs, ainsi que des gardes pénitentiaires présents le long des paliers.
Monsieur le président, le garde des sceaux est arrivé et je l’ai accueilli à 11h15. Je l’ai fait entrer dans la cour et l’ai positionné selon le protocole pour le lancement. Avant de distribuer les épreuves, les membres du jury, dont Monsieur le procureur faisait partie, sont arrivés. Je les ai installés convenablement. Ils ont choisi un sujet scellé dans une enveloppe. Le garde des sceaux m’a fait signe d’aller vers la gauche pour le lancer, la première fois s’étant faite à droite. En chemin, il m’a dit : ‘Non, je veux la dernière salle’.
Par coïncidence, c’était la salle où se trouvait Maciré Camara. Nous sommes rentrés et j’ai installé le garde des sceaux, les membres du jury et l’assistance. Le garde des sceaux a pris la parole pour prononcer le discours d’usage. Puis, dans l’ambiance qui a suivi, Maciré Camara m’a demandé : M. Keita, est-ce que vous pouvez m’apporter de l’eau ? Je dois prendre mon médicament’. D’autres candidats m’ont fait la même demande. J’ai accepté.
Dans la salle juste à côté, j’ai remis des sachets d’eau au premier surveillant présent pour qu’il les distribue aux personnes du premier rang, ce qu’il a fait. C’est pourquoi, j’ai demandé lors de mes auditions que les 22 candidats soient entendus le jour même. Ce qui n’a pas été fait. C’est là que j’ai compris le piège qu’on me tendait.
Je suis ensuite descendu préparer l’interview du garde des sceaux, qui a duré 10 à 15 minutes. Juste après, je suis parti acheter à une minute de là deux bidons d’eau glacée, placés dans un sachet plastique. Si le boutiquier met les bidons glacés dans un sachet, c’est par respect pour l’acheteur, afin d’éviter de mouiller les mains ou de salir le bidon avant de le remettre à une autre personne. En repassant le portail, le directeur général adjoint du centre, assis en face du directeur général, m’a dit : ‘M. Keita, donnez-moi un bidon d’eau’. Il m’a ainsi retiré l’un des deux bidons, toujours dans son sachet. Je l’appelle à témoigner ici. Ce premier bidon m’était initialement destiné.
Je suis remonté avec le second bidon. Par respect pour les surveillants, je m’adresse à celui qui était dans l’alignement : ‘Monsieur le surveillant, permettez-moi de déposer ce bidon d’eau pour l’étudiant qui travaille’. Il m’a fait un signe d’assentiment. J’ai déposé le bidon sur la table juste à côté du candidat, sans gâcher le travail en cours. À la sortie, j’ai croisé M. Doukouré. En se croisant, le candidat lui a indiqué que le bidon lui était destiné et qu’il l’avait demandé. M. Doukouré a pris le bidon dans son sachet, devant tout le monde, sans que cela ne suscite le moindre problème. Il m’a suivi dehors et est parti de son côté pendant que je descendais poursuivre mon travail.
Monsieur le président, ce n’est qu’une heure après cet événement que j’ai appris la rumeur selon laquelle le conseiller en communication aurait transmis un sujet traité dans la salle 16. M. le procureur, alors membre du jury, était présent. En l’apprenant, je me suis approché des responsables du centre pour demander que le garde des sceaux soit immédiatement informé sur place. Je précise que l’initiative de cette démarche ne venait ni du centre, ni du cabinet, ni de M. le procureur. C’est moi-même qui ai exigé cette transparence pour préserver mon image, ma dignité et mon honneur.
Le garde des sceaux a répondu : ‘Réglez ça entre vous’. Dès qu’il a dit cela, j’ai proposé de mener des enquêtes sur-le-champ. Le conseiller principal ayant affirmé que personne au centre n’était habilité à m’auditionner vu mon statut, j’ai déclaré me mettre à la disposition de la gendarmerie ou de la police, tout en demandant que des officiers de police judiciaire soient envoyés simultanément pour enquêter sur les surveillants, sur M. Doukouré et sur les 22 candidats. Ils ont prétendu accepter, mais le piège s’est refermé.
Avant même mon arrivée au commissariat, ils avaient déjà transmis de fausses informations aux médias. J’ai les preuves que des membres du jury ou du centre ont affirmé à un blogueur que j’avais été interpellé par des pickups et conduit à la gendarmerie de Kaloum, alors que j’étais simplement dans ma voiture avec mon chauffeur. Devant l’officier de police judiciaire, celui-ci m’a demandé la raison de ma venue et où se trouvait le document incriminé. J’ai répondu que je n’avais aucun document. L’officier a alors envoyé mon chauffeur et le commandant au centre pour chercher ce prétendu document.
Monsieur le président, il a fallu trois heures, de 13h à 16h, pour faire parvenir au poste un document pourtant censé avoir été saisi sur-le-champ. Le commandant m’a lui-même demandé pourquoi il fallait autant de temps pour fabriquer une pièce qui n’existait pas. Il y avait une rivalité de crédibilité entre le centre et le cabinet : il leur fallait une tête d’affiche proche du ministre pour justifier leurs accusations de corruption.
Bien qu’aucune preuve ni aucun témoin n’aient été retenus contre moi après l’audition du samedi, le procureur a donné l’instruction de me maintenir en garde à vue. Pendant quatre jours (samedi, dimanche, lundi et mardi), des enquêtes minutieuses ont été menées. Des spécialistes ont scanné l’intégralité de mon téléphone sans y trouver le moindre élément lié au concours, à l’exception d’un échange banal avec ma cousine qui me demandait de passer la prendre à la Cimenterie à 6h du matin, ce à quoi j’avais répondu que j’étais déjà chez mon père.
Personne ne s’est porté partie civile contre moi, ni le parquet, ni le centre, ni le cabinet. C’est moi qui me suis constitué poursuivant pour laver mon honneur. Et pourtant, lorsque je me suis présenté, on a ordonné mon arrestation au lieu de mener l’enquête à chaud sur place avec les surveillants et les superviseurs présents.
Quatre versions contradictoires ont été fabriquées pour énerver le ministre de la justice. Ils ont d’abord prétendu qu’ils avaient saisi le document directement dans ma main. Ils ont ensuite affirmé avoir pris le document dans la main de la candidate. Ils ont alors prétendu que le document se trouvait dans le sachet d’eau. Enfin, ils ont soutenu qu’un surveillant avait ramassé le document pour le mettre directement dans sa poche, sans jamais l’exhiber ni le faire constater.
Après ces quatre jours d’enquêtes, nous avons été présentés au procureur. Ce dernier a pris le dossier, nous a fait attendre, puis nous a posé une ou deux questions sommaires avant de nous faire ressortir, sans même parcourir les pièces et les procès-verbaux transmis.
Monsieur le président, que fait-on du principe selon lequel la liberté est la règle et la détention l’exception ? Cela fait 12 ans que je suis conseiller et porte-parole du ministère de la justice, et j’ai organisé 4 à 5 concours. Ma moralité est connue. Était-il nécessaire de me placer sous mandat de dépôt alors que je ne présentais aucun risque de fuite, de pression sur les témoins ou de dissimulation de preuves ? Je remplis toutes les conditions légales pour comparaître libre. Je n’ai ni tué, ni violé, ni volé. On me place en détention sur de simples présomptions de fraude orchestrées dans le cadre d’un procès d’intention”.
Propos transcris par Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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