Procès pour fraude au concours des auditeurs de justice : le procureur requiert 2 ans de prison ferme contre Sékou Keita et Maciré Camara
Alors que les débats tirent à leur fin devant le tribunal de première instance de Dixinn, le procureur Sidiki Camara a livré un réquisitoire sévère contre le conseiller en communication du ministère de la justice, Sékou Keïta, et la candidate Maciré Camara. Dénonçant une entreprise de fraude orchestrée au cœur même de l’appareil judiciaire, le ministère public a requis une peine d’emprisonnement de deux ans ferme et deux millions de francs guinéens d’amende contre chacun des prévenus.
Au terme d’une journée d’audience chargée et marquée par des débats particulièrement tendus, le ministère public a abattu ses cartes devant le tribunal de première instance de Dixinn.
Prenant la parole après la clôture des auditions des témoins, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, Sidiki Camara, s’est appliqué à démonter le système de défense bâti par les prévenus, qualifiant leurs dénégations de vains montages destinés à ‘’détourner la conviction du tribunal’’.
Revenant en détail sur le déroulement des faits survenus lors du lancement officiel des épreuves du récent concours de recrutement des auditeurs de justice, le procureur a retracé le parcours du conseiller en communication.
Selon l’accusation, Sékou Keïta est arrivé sur les lieux bien avant le garde des sceaux pour observer l’organisation, avant de suivre avec attention la procédure du tirage au sort de l’épreuve portant sur l’organisation judiciaire.
C’est après ce tirage, selon le magistrat, que le prévenu s’est éclipsé du centre d’examen pour aller traiter le sujet à l’extérieur. Il est ensuite revenu dans l’enceinte de l’établissement avec la composition résolue, soigneusement dissimulée dans un sac en plastique contenant une bouteille d’eau de marque Coyah, avant de s’introduire directement dans la salle N°16 où était la candidate Maciré Camara.
‘’Il est allé traiter le sujet, il est revenu avec dans un sac plastique. Lorsqu’il est arrivé, il ne savait pas que son mouvement était suivi. Dans les conditions normales, lorsqu’on dit concours au niveau de la justice, le doute n’est pas permis. Et qui s’est mis dans cette attitude de frauder ? C’est bien le conseiller chargé de la communication’’, explique-t-il.
Le chef du parquet a souligné la réaction de l’un des surveillants dont la vigilance a permis d’intercepter la bouteille d’eau et de découvrir le document litigieux retenu au fond du sachet.
Malgré les supplications répétées de Sékou Keïta auprès des surveillants et des autorités du Centre de formation des magistrats pour étouffer l’affaire, l’incident a immédiatement été transmis à la police de Kaloum.
Pour le représentant du ministère public, les faits reprochés ne sauraient souffrir d’aucune ambiguïté quant à leur qualification juridique et à la responsabilité des deux prévenus.
S’appuyant sur les textes de loi, le procureur a qualifié Maciré Camara d’auteure principale du délit de fraude au concours public, conformément aux dispositions de l’article 686 du Code pénal guinéen.
Sékou Keïta est quant à lui poursuivi pour complicité de fraude par fourniture de moyens, en vertu des articles 19 et 686 du même code. Le parquet rappelle que la fourniture de moyens pour concourir à la réalisation d’un délit rend le complice passible des mêmes peines que l’auteur principal.
C’est pourquoi, le procureur Sidiki Camara a requis une peine de deux ans de prison ferme et une amende de deux millions de francs guinéens à l’encontre de chacun des deux accusés.
Face au juge, il a insisté sur la portée morale et institutionnelle de ce dossier. ‘’Ce monsieur doit être extirpé des rangs du département de la justice. Ce qu’il a fait est pitoyable. C’est un concours de recrutement de magistrats, de gens qui viendront demain pour juger des hommes et des femmes. Si le conseiller est le premier à empêcher l’aboutissement d’un tel objectif, le ministère public ne va pas pardonner. Nous avons opté pour la fermeté et la rigueur’’, indique le procureur.
En concluant ses réquisitions, il a invité le président du tribunal à rendre une décision exemplaire afin de préserver l’intégrité de l’institution judiciaire et d’assainir de manière définitive le processus de recrutement des magistrats dans notre pays.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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