La Guinée est un pays né dans la douleur, mais aussi dans le courage et la dignité. En 1958, lorsqu’elle fut le seul territoire de l’Afrique française à voter « NON » au projet de Communauté française et à choisir l’indépendance immédiate, beaucoup doutaient de sa capacité à survivre seule. Le départ précipité de l’administration coloniale et le retrait de nombreux moyens matériels rendaient les premiers pas de la jeune République particulièrement difficiles.
Certains pouvaient alors se demander : comment un petit pays, avec si peu de moyens, pouvait-il tenir face à des défis aussi immenses ?
La réponse fut dans la volonté d’un peuple qui, malgré ses différences, avait compris que son destin était commun.
À ce moment décisif de notre histoire, les Guinéens ont démontré qu’ils pouvaient former non seulement un pays, mais surtout une Nation. Une Nation dans laquelle les différences régionales, culturelles et ethniques pouvaient s’effacer devant une identité supérieure : être Guinéen.
Notre diversité n’était pas une menace. Elle pouvait devenir une force au service d’une cause commune.
C’est cette capacité à regarder dans la même direction qui a permis à la Guinée de tenir debout et d’assumer son choix historique.
Mais où en sommes-nous aujourd’hui ?
Force est de constater, avec beaucoup de regret, que nous nous sommes progressivement éloignés de cet idéal d’unité et de fierté nationale.
La Guinée existe toujours. Ses régions sont là, sa richesse culturelle demeure, ses ressources naturelles sont immenses et la beauté de son territoire ne fait aucun doute. Mais l’esprit de la Nation guinéenne s’est dangereusement affaibli.
De plus en plus, nous ne regardons plus d’abord ce qu’une personne dit, mais qui elle est, d’où elle vient ou quel nom de famille elle porte.
Avant même de lire une réflexion, certains cherchent le nom de son auteur. Une idée peut être acceptée ou rejetée non pas pour sa pertinence, mais selon l’identité supposée de celui qui l’exprime.
Quelle tristesse pour une Nation !
Lorsque le nom de famille devient plus important que la valeur d’une idée, lorsque l’origine prend le dessus sur la compétence, lorsque l’appartenance devient plus importante que la justice, c’est toute la Nation qui s’affaiblit.
Pourtant, il y a une chose dont je suis profondément convaincu : ce qui nous unit est infiniment plus important que ce qui nous divise.
Et ce qui nous unit porte un nom : la Guinée.
Je reste également convaincu que, malgré nos divergences, l’immense majorité des Guinéens souhaite voir un pays prospère, juste, stable et respecté. Si nous voulons réellement atteindre cet objectif, nous devons apprendre à mettre les talents de chacun au service de la Nation.
Nous n’avons rien à gagner à affaiblir ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous avons davantage à gagner en leur donnant la possibilité de contribuer au bien commun.
La diversité des opinions n’est pas une faiblesse. Elle est une richesse lorsqu’elle est accompagnée de respect, de justice et d’un véritable esprit républicain.
Une Nation forte n’est pas celle où tout le monde pense de la même manière. C’est celle où des citoyens qui pensent différemment sont néanmoins capables de travailler ensemble pour défendre l’intérêt supérieur du pays.
C’est pourquoi, notre choix est finalement assez simple : nous unir pour construire, ou continuer à nous diviser et nous affaiblir individuellement dans un pays pourtant doté d’immenses richesses humaines et naturelles.
Je le dis avec conviction : si les Guinéens décident réellement de travailler ensemble, de valoriser les compétences, de protéger la justice et de placer l’intérêt national au-dessus des appartenances particulières, je ne vois aucune raison pour que la Guinée envie un autre pays.
Mais nous devons également avoir le courage de regarder nos réalités en face.
Un système marqué par des injustices, l’exclusion ou la marginalisation de certaines voix ne peut durablement produire l’unité dont notre pays a besoin. Lorsque des citoyens que nous estimons injustement condamnés, comme Aliou Bah, restent privés de liberté, lorsque certaines compétences sont éloignées des espaces de décision simplement parce qu’elles ne partagent pas la ligne dominante, nous nous privons nous-mêmes d’une partie des forces nécessaires à la construction nationale.
La Guinée n’a pas besoin de vainqueurs contre d’autres Guinéens. Elle a besoin de Guinéens qui gagnent ensemble.
Nous devons retrouver cet esprit de Nation qui, à un moment déterminant de notre histoire, a permis à nos devanciers de regarder au-delà de leurs différences pour défendre une cause plus grande qu’eux-mêmes.
Nous pouvons être Soussou, Peul, Malinké, Forestier ou appartenir à toute autre composante de notre riche mosaïque nationale. Nous pouvons être du pouvoir ou de l’opposition. Nous pouvons avoir des opinions profondément différentes.
Mais avant tout cela, nous devons redevenir Guinéens.
Parce qu’au bout du compte, nous avons une seule terre à protéger, un seul avenir à construire et une seule Nation à transmettre aux générations futures : la Guinée.
Elhadj Abdoulaye Amie Soumah
Vice-Président du MoDeL, Mouvement Démocratique Libéral

