Interdiction de loger ou d’herbeger un étranger à Kankan sans informer au préalable les chefs de quartier : des restrictions de liberté qui posent des inquiétudes
Dans un communiqué en date du 7 septembre 2026, le maire de Kankan impose aux habitants d’informer leur chef de quartier avant de loger ou d’héberger un étranger dans la cité du Nabaya, reconnue pour son accueil et son hospitalité.
Le point 1 dudit communiqué stipule : « Tout chef de famille qui reçoit un étranger venant d’une autre localité est tenu d’en informer immédiatement le chef de quartier. » Le point 2, lui, indique : « Il est formellement interdit à tout citoyen de loger un étranger sans en informer au préalable le chef de quartier. »
À la lecture de ces deux points, on remarque nettement que le terme « étranger » pose un véritable problème d’interprétation qu’il est judicieux ou important de préciser ou de clarifier. Ce terme désigne-t-il toute personne extérieure à Kankan ? Un citoyen guinéen qui se déplace d’un district ou d’une localité de la région de Kankan pour Kankan-centre est-il concerné par cette mesure ? Qu’est-ce que le point 1 appelle « localité » ? Concernant les crimes commis dans cette région, est-il réellement établi que ce sont des étrangers qui les commettent ? Des études ont-elles été faites dans ce sens ?
Au demeurant, ce communiqué du maire de Kankan pose un véritable problème de fond et de forme.
1. De forme
Un communiqué n’est pas du tout un acte réglementaire au sens juridique du terme, mais plutôt une annonce. Ce n’est pas un arrêté communal.
Pourtant, pour créer une obligation opposable aux citoyens et assortie de sanctions, la mesure devrait normalement prendre la forme d’un arrêté du maire justifié, publié et soumis au contrôle de légalité. Un simple communiqué ne saurait avoir cette force contraignante.
2. De fond
Dans ce communiqué, tout porte à penser ou à croire que le terme « étranger » employé aux points 1 et 2 ne désigne pas la même personne. Le premier désigne vraisemblablement un Guinéen qui se déplace d’une localité à une autre au sein du territoire national pour se rendre à Kankan. Le deuxième désigne un étranger venant d’un autre pays pour se rendre à Kankan.
Si l’étranger dont il est question au point 1 désigne ce Guinéen se déplaçant d’une localité à Kankan, alors cela pose un véritable problème d’interprétation, dans la mesure où, juridiquement, un Guinéen se déplaçant d’une localité à une autre au sein du territoire national ne peut, en aucune manière, être qualifié d’« étranger ».
Le terme « étranger » est en effet exclusivement réservé aux personnes n’ayant pas la nationalité guinéenne. D’ailleurs, en qualifiant à Kankan tout visiteur d’une autre localité d’« étranger », la mesure n’instaure-t-elle pas une logique de doute ou de suspicion généralisée ?
Chaque nouveau citoyen guinéen qui vient à Kankan devient a priori un risque à surveiller ou à contrôler, plutôt qu’un citoyen circulant librement sur le territoire national. Sommes-nous confrontés à des menaces sécuritaires telles qu’il faille restreindre les libertés individuelles et collectives ?
De telles mesures sont souvent prises en période exceptionnelle, comme dans le cas de l’état d’urgence, par exemple. D’ailleurs, le maire dispose-t-il d’une base légale pour édicter une telle mesure par communiqué ?
Pour le point 2, on peut tout à fait comprendre, car, pour des raisons de sécurité, il est important de contrôler le flux d’étrangers dans notre pays. On pourrait même aller jusqu’à demander au ministère de l’Hôtellerie d’exiger l’identification des pensionnaires des hôtels.
En résumé, l’idéal est certes bon, cependant, il faut faire la différence ou la distinction entre un Guinéen qui se déplace d’une localité à une autre et un étranger, au risque de créer des tensions superflues.
Sayon MARA, juriste

