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Des occupants d’immeubles aux alentours de l’aéroport de Conakry et la base militaire sommés de quitter : “C’est pour la sécurité d’État”

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Soutra

Ce lundi 14 septembre 2026, une opération de démolition a débuté à Gbessia, avec le décoiffage des toitures de plusieurs immeubles situés dans les environs de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré et de la base militaire de Yimbaya. Les propriétaires et occupants concernés affirment avoir été informés que cette mesure répond à des impératifs de sécurité d’État et plaident pour un délai leur permettant de se reloger ainsi qu’une indemnisation rapide.

Après les démolitions intervenues près de la décharge de Dar-es-Salam, le gouvernement engage une opération similaire dans la zone de Gbessia. Les immeubles surplombant l’aéroport international Ahmed Sékou Touré et la base militaire de Yimbaya sont concernés.

Sur place, les premières opérations ont commencé ce lundi avec le décoiffage des toitures. Des propriétaires et locataires disent avoir été informés de la mesure dans un délai très court.

Amadou Camara, qui affirme avoir acheté sa propriété depuis 1972, déclare avoir reçu la visite des autorités dimanche. Selon lui, la justification avancée est liée à la sécurité de l’État.

“J’ai acheté ici depuis 1972. Ils sont venus nous trouver ici hier dimanche. Ils nous ont instruit de démanteler notre immeuble. Nous avons demandé pourquoi ? Ils nous ont dit que c’est pour la sécurité d’État. Nous étions stupéfaits. Mais bon, nous avons décidé de rester derrière les autorités. Ce matin, les agents de sécurité sont venus dégager la coiffure des immeubles. Bref, on nous a rassurés ici que c’est seulement l’immeuble qui surplombe qui est concerné. En tout cas, chez nous ici”, a-t-il expliqué.

Le propriétaire dit ne pas s’opposer à la décision, tout en demandant une prise en charge des personnes affectées.

“Les autorités nous disent que c’est à cause de la sécurité d’État. Nous, nous ne nous opposerons pas à cela, parce que certainement, notre sécurité en dépend aussi. Cependant, nous plaidons pour une indemnisation rapide. Parce que la dépense devient de trop après ce déguerpissement”, a-t-il ajouté.

Du côté des locataires, les inquiétudes portent sur les conditions et le délai de départ. Maître Soumah, habitant du quartier Tanènè Mosquée, explique avoir rencontré une équipe composée notamment d’agents de la gendarmerie et de l’habitat.

“Ils ont demandé à tous les locataires qui sont là de les assurer de quitter le même jour. Ceux qui sont à 3e étage, de quitter le même jour. Parce que le lundi, ils vont commencer les travaux. Ils vont tailler la dalle jusqu’au niveau du premier. C’est ce qu’on m’a dit. Je leur ai dit que je suis un locataire, mais je crois que ce n’est pas évident de venir déloger les gens en plein hivernage. Nous sommes dans un bâtiment privé”, a-t-il souligné.

Selon lui, aucune mesure d’accompagnement n’a été annoncée pour l’heure et les occupants auraient été invités à libérer les lieux dans les 48 heures.

“Donc, si vous venez comme ça, est-ce qu’il y a des mesures d’accompagnement ? Il dit non, qu’il ne peut pas répondre à cette question-là. Tout ce qu’il peut nous dire, c’est d’arranger les effets et de libérer dans les 48 heures qui suivent. Parce qu’ils vont commencer les travaux aujourd’hui. C’est ce qui a fait que notre voisin, lui-même, le même jour, les gens qui étaient logés, ils ont commencé à faire descendre leurs effets”, a-t-il déploré.

Maître Soumah estime que la situation est particulièrement difficile pour les locataires, en raison des dépenses liées à la recherche d’un nouveau logement.

“Notre inquiétude est très grande. Parce que, imaginez, en pleine saison hivernale, ce que nous appelons trêve hivernale, même ici, on n’est pas en mesure de faire sortir. Comme l’État est fort, c’est la puissance publique qui vient vers nous pour nous déloger. Maintenant, dans les bâtiments privés, nous sommes très inquiets. Très, très inquiets. Parce que là, d’abord, il faut trouver un bâtiment, il faut trouver les moyens pour se déplacer. Donc, ce n’est pas évident. Il faut chercher la maison, il faut chercher les moyens aussi financiers, pour pouvoir trouver notre appartement”, a précisé notre interlocuteur.

Il précise que les travaux annoncés ne concerneraient pas l’ensemble des immeubles, mais certains niveaux.

“Ils ont dit qu’ils vont diminuer jusqu’au niveau du premier. C’est-à-dire troisième et deuxième. Le premier niveau va rester. Mais imaginez, moi, j’habite au premier. Est-ce qu’on peut déloger, on peut tailler ça, qu’il soit à l’intérieur ? Ce sont des risques. Donc, même ceux qui sont au rez-de-chaussée, ils ne vont pas rester. Il faut aller chercher notre appartement”, a-t-il fait remarquer.

Dans la zone de la base militaire, Fanta Conté affirme avoir été informée d’une demande de libération des maisons dans un délai de 24 heures. Elle dit ne pas avoir obtenu davantage d’informations auprès des autorités locales.

“C’est le samedi matin que j’ai été informée par les mécaniciens qui sont là, dire qu’il y a les militaires qui sont venus pocher la maison, dire de libérer dans les 24 heures qui suivent. Ils sont venus, ils ont cherché à rentrer en contact avec personne. Depuis ce jour-là, on est en train de traîner, on est parti chez le chef de quartier, im m’a dit qu’il n’est pas au courant. La mairie dit qu’elle n’est pas au courant aussi. Donc, on est là, on attend. Depuis ce jour-là, ils ont quitté, ils ne sont pas venus. On est là, on attend, on ne sait pas quoi faire. On n’a pas là où aller”, a-t-elle avancé.

Elle demande aux autorités de laisser davantage de temps aux occupants pour quitter les lieux.

“Ils n’ont qu’à nous donner le temps, on va quitter. Dire qu’on va libérer dans les 24 heures, ça, on ne sait pas quoi faire. On ne sait vraiment pas quoi faire. Depuis le matin, tout le monde est là, personne n’est sorti », a-t-elle ajouté.

Face à cette situation, Fanta Conté souhaite une concertation avec les habitants avant toute évacuation. “Le mieux est de venir nous voir et s’asseoir avec nous, nous donner un délai. Mais ils n’ont pas fait ça, ils ont juste dit 24 heures. Comment on va faire dans les 24 heures ?”, se demande-t-elle, déboussolée.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info

00224 662 78 58 57 / salimbalde91@gmail.com

 

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