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L’ultime dignité : Quand le deuil reprend ses droits (Par Elhadj Aziz Bah)

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Soutra

Il est des instants solennels où le tumulte du monde doit céder la place au silence du respect. La mort d’une figure de premier plan impose la retenue ; elle exige de nous cette noblesse d’âme que la joute politique cherche trop souvent à confisquer.

Son Excellence Sidya Touré aura marqué la mémoire collective de toute une génération. Premier ministre déterminé, candidat aux destinées de la nation et leader influent, il incarnait une haute idée du service public. L’expropriation dramatique de son domicile privé, la douleur cuisante de l’exil forcé et son dernier souffle poussé loin des rivages guinéens demeurent une blessure nationale. Ces épreuves sont indignes de l’idéal de justice et de grandeur que notre République se doit d’incarner.

Face à cette tragédie, la décision de sa famille biologique d’organiser sa dernière demeure à Abidjan est empreinte d’une souveraine sagesse. C’est un choix de pudeur et de protection, un acte irréprochable que tout être humain guidé par l’amour des siens aurait accompli avec la même détermination. Cette volonté est sacrée ; elle ne se discute pas, elle s’honore.

« La mort d’un grand arbre dans la forêt ne doit pas être le signal pour couper les jeunes pousses, mais le moment de mesurer l’ombre qu’il projetait. » Sagesse ivoirienne

Pourtant, assister aujourd’hui à des tentatives d’instrumentalisation de cette disparition est un spectacle navrant. Vouloir confisquer la douleur, ou refuser au camp adverse le droit de s’incliner devant la dépouille, heurte de plein fouet nos traditions les plus profondes. Nos ancêtres nous ont enseigné que la mort est la frontière ultime de la fraternité. Chez nous, la piété filiale et l’hospitalité s’étendent jusque dans le deuil.

« L’homme qui combat son frère le jour doit s’asseoir à ses côtés la nuit si le malheur frappe à la porte. » Sagesse soussou

Sidya Touré fut un homme d’État convoité, admiré, mais aussi un combattant politique au centre de vives adversités. Cela fait partie du destin des grands hommes. Mais le combat républicain n’est pas une vendetta sacrilège : toute rivalité s’arrête là où la mort prend charge. Quand un géant tombe, le choc ébranle tout le village, sans distinction de clan ni de bannière.

À ceux qui s’agitent aujourd’hui dans l’arène partisane, cherchant à transformer un chagrin national en tribune politique : sachez que vous n’honorez ni la mémoire du défunt ni l’avenir de notre pays. La dignité ne se divise pas ; la compassion ne réclame aucun passeport partisan.

« On ne règle pas ses comptes sur la tombe d’un aîné. »

Chaque Guinéen, quelles que soient ses convictions actuelles, possède le droit inaliénable et le devoir moral de formuler des éloges, d’élever une prière et de saluer la mémoire de l’homme d’État. Laissons la politique aux vivants, déposons les armes du ressentiment et offrons à ce grand fils de la Guinée la sérénité et le respect que lui doit l’Histoire.

Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

Soutra
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