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Décès de Sidya Touré : Elie Kamono interpelle le président Doumbouya pour ‘’arrêter l’hémorragie de la division, de la confrontation et de l’adversité’’

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Soutra

Après la disparition de l’ancien Premier ministre Sidya Touré, l’artiste et homme politique Elie Kamano adresse une lettre ouverte au président de la République, Mamadi Doumbouya. Il appelle le chef de l’État à faire de cette douloureuse circonstance une occasion d’apaisement, de réconciliation et de rassemblement, au-delà des clivages politiques.


Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République de Guinée

Monsieur le Président de la République,
Général Mamadi Doumbouya,

Je viens, par la présente, vous adresser mes salutations les plus sincères et les plus cordiales.

À la suite de la disparition de notre aîné, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, j’ai décidé de vous adresser solennellement et publiquement cette lettre, avec l’espoir qu’elle puisse toucher votre cœur et susciter une réflexion profonde, dans l’unique intérêt de notre nation commune.

Monsieur le Président,

Je voudrais humblement vous demander de revenir aux fondements des engagements et des promesses que vous avez pris devant le peuple guinéen concernant notre vivre-ensemble, notre unité et la préservation du lien fraternel qui nous unit.

Sans détour, si j’ai pris l’initiative de vous écrire, c’est parce que, quoi que l’on dise et quoi que l’on fasse, vous êtes aujourd’hui le Président de tous les Guinéens, sans exception : de ceux qui vous soutiennent comme de ceux qui, à l’image de moi, ne partagent pas vos choix politiques.

Et c’est précisément là que réside, à mes yeux, la grandeur de la fonction présidentielle.

Dans la tradition religieuse, Dieu, bien qu’ayant tout pouvoir, n’a pas choisi d’écraser ceux qui ne croyaient pas en Lui. Il a envoyé des prophètes et son messager afin de transmettre, de convaincre, de rapprocher et de ramener les hommes vers le chemin de la foi.

Monsieur le Président,

Les circonstances douloureuses et profondément regrettables dans lesquelles se déroule aujourd’hui la gestion des obsèques de notre ancien Premier ministre Sidya Touré doivent nous interpeller collectivement. Elles nous rappellent que, quelque part, nous avons tous échoué.

Nous avons échoué le jour où la haine a commencé à prendre la place du vivre-ensemble.

Nous avons échoué lorsque l’adversité politique s’est transformée en hostilité personnelle, lorsque le désaccord politique a cessé d’être une différence d’opinion pour devenir une confrontation qui menace le tissu social.

Notre échec économique n’est pas irréversible : une économie peut se reconstruire.

Nos difficultés religieuses et communautaires peuvent être surmontées : le dialogue, la tolérance et la fraternité peuvent toujours reprendre leurs droits.

Mais si nous venons à rompre le cordon social et le contrat fraternel qui nous unissent en tant que Guinéens, alors nous aurons perdu une richesse qu’aucune mine de fer, pas même tout le potentiel de Simandou, ne pourra jamais nous restituer. Car une nation ne se mesure pas uniquement à ses ressources naturelles.

Elle se mesure aussi à sa capacité à respecter ses morts, à honorer ses anciens, à pardonner à ses adversaires et à préserver la dignité de chacun de ses fils et de chacune de ses filles.

Monsieur le Président,

La disparition de l’ancien Premier ministre Sydia Touré devrait être, pour chacun d’entre nous, un moment d’introspection, d’apaisement et d’expiation.

Un moment où, au-delà de nos appartenances politiques, nous devrions pouvoir parler de la Guinée sans exclusion, de la Guinée qui rassemble plutôt que de celle qui divise.

Je refuse de croire que des hommes et des femmes qui ont consacré une partie de leur vie à cette nation puissent, au soir de leur existence, être définitivement exclus de la mémoire collective de leur propre pays au seul motif qu’ils ont été politiquement opposés à un régime ou à un autre.

Monsieur le Président, l’Histoire retiendra moins les querelles qui nous ont opposés que la manière dont nous aurons choisi de les dépasser.

Je vous demande donc, humblement mais solennellement, de faire de cette douloureuse circonstance un moment de grandeur républicaine. Que la mort de Monsieur Sydia Touré ne soit pas une nouvelle occasion de division, mais une occasion de réconciliation.

Que sa disparition puisse devenir un moment où la Guinée se regarde dans le miroir de son histoire, reconnaisse ses blessures et décide enfin de panser ses plaies.

Vous avez aujourd’hui l’occasion de poser un acte qui dépasse les hommes, les partis et les régimes. Vous avez l’occasion de laisser à la postérité le souvenir d’un Président qui, au moment où la division semblait prendre le dessus, a choisi de rassembler.

La Guinée appartient à tous les Guinéens. À ceux qui gouvernent. À ceux qui s’opposent. À ceux qui soutiennent. À ceux qui contestent. À ceux qui sont présents aujourd’hui comme à ceux qui viendront demain.

Et lorsque viendra le temps pour chacun de nous de quitter cette terre, nous ne devrions laisser derrière nous ni haine, ni exclusion, ni vengeance, mais une nation plus fraternelle que celle que nous avons trouvée.

Aucun Guinéen, quel que soit son statut social ou politique, ne mérite un tel traitement de son vivant et après sa mort, encore moins une personnalité de la stature de Sidya Touré.

Monsieur le Président,

Au nom de notre histoire commune, au nom de notre fraternité et au nom de la Guinée qui demeure notre dénominateur commun, je vous invite à faire prévaloir, en cette circonstance particulière, l’apaisement, la dignité, la réconciliation et la grandeur de la République.

Tendre la main à ses concitoyens, lorsque l’on est leur Premier Magistrat, n’a jamais été un signe de faiblesse ni une quelconque bassesse. C’est, au contraire, la marque d’une véritable grandeur d’esprit, d’une hauteur de vue et d’un sens élevé de la responsabilité.

L’Histoire retiendra davantage celui qui aura su rassembler que celui qui aura choisi de diviser. Pourtant, certains de ceux qui vous entourent semblent encore vous pousser vers la confrontation, vous enfermant dans une adversité stérile et frivole où, au bout du compte, il n’y aura ni véritable vainqueur ni véritable vaincu, seulement une nation qui aura payé le prix de ses divisions, tel que nous le constatons aujourd’hui après la disparition de l’ancien Premier ministre Sidya Touré.

Monsieur le Président, saisissez cette occasion pour arrêter l’hémorragie de la division, de la confrontation et de l’adversité. Car votre grandeur se mesurera moins à ceux que vous aurez vaincus qu’à ceux que vous aurez réussi à réunir.

Puisse Dieu bénir la Guinée et préserver son peuple.

La Guinée avant tout. La Guinée pour tous. La Guinée au-dessus de nous tous.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Méditations, introspections.

Paix à l’âme de nos illustres disparus, et paix à l’âme de Monsieur Sidya Touré.

Elie Kamano, EK10.

Soutra
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