Qu’est-ce qui fait plus mal qu’après avoir fini de manger dans un restaurant, le gérant te dit : « Il n’y a aucune goutte d’eau. Soit vous prenez un jus, soit vous attendez d’être à la maison » ?
Qu’est-ce qui est plus embarrassant ou inquiétant que de se voir proposer par la vendeuse de haricot ou de Lafidi du quartier une eau recyclée dans une bouteille dont vous ignorez l’origine ?
Parcourir de si longues distances pour avoir de l’eau, manger dans un quartier et boire dans un autre, est une vraie souffrance. C’est actuellement la vie que mènent beaucoup de Conakrykas.
Depuis l’interdiction de l’importation, de la vente et de la commercialisation des plastiques à usage unique, le 20 septembre 2026 en Guinée, l’eau est devenue un luxe dans le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Les ministères qui ont pris cette décision, qu’ont-ils proposé de concret aux Guinéens avant l’entrée en vigueur de cette mesure ?
Comment nos élèves vont-ils faire, eux qui avaient l’habitude d’acheter de l’atticéké, du Lafidi et autres mets pendant la récréation, accompagnés d’un sachet d’eau ? Auront-ils tous les moyens de se procurer des bouteilles à 3 000, 4 000 ou 5 000 francs guinéens pour se désaltérer ? Ou bien attendront-ils le retour à la maison pour s’abreuver ? Ou encore, vont-ils boire l’eau qu’on leur propose, peu importe la qualité ?
Tout être conscient des dangers que représentent les sachets plastiques non dégradables pour l’environnement devrait applaudir cette mesure.
Mais nos ministres ont malheureusement joué aux mauvais tailleurs. Le mauvais tailleur est celui qui coupe le tissu avant de mesurer le client.
L’interdiction est intervenue sans alternatives concrètes ni réelles pour la population. Si des mesures palliatives avaient été mises en place, la décision aurait suscité moins d’indignation dans le pays.
Alors que de nombreux concitoyens n’ont déjà pas d’eau au robinet, voilà qu’une grande partie des Guinéens se trouve confrontée au manque d’eau, pourtant la source même de la vie.
Babanou CAMARA

