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Hommage à feue Hadja N’Mahawa Bangoura, Première femme ministre des affaires étrangères de la République de Guinée

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Soutra

Hommage à feue Hadja N’Mahawa Bangoura, Première femme ministre des Affaires étrangères de la République de Guinée, ancienne Représentante permanente de la Guinée auprès des Nations unies

Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.

« Certes, nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons. »

C’est avec une profonde tristesse et une vive émotion que j’ai appris le rappel à Dieu de Hadja N’Mahawa Bangoura, ancienne représentante permanente de la République de Guinée auprès des Nations unies et première femme de l’histoire de notre pays à accéder aux prestigieuses fonctions de ministre des Affaires étrangères.

En cette douloureuse circonstance, je voudrais rendre hommage à cette grande dame de la diplomatie guinéenne, avec respect et une profonde reconnaissance.

J’ai eu le privilège de travailler à ses côtés en ma qualité de directrice des Affaires politiques et culturelles au ministère des Affaires étrangères et de l’accompagner dans de nombreuses missions officielles, tant en Afrique qu’à travers le monde. Cette étroite collaboration m’a permis d’apprécier ses remarquables qualités humaines et professionnelles, son sens élevé de l’État ainsi que sa loyauté indéfectible envers les institutions de la République.

Hadja N’Mahawa a dirigé la diplomatie guinéenne à une période difficile de notre histoire. Les guerres civiles au Liberia et en Sierra Leone avaient de lourdes conséquences sur notre pays. La Guinée devait non seulement faire face à un afflux massif de réfugiés, mais également aux attaques armées à ses frontières, qui menaçaient directement sa stabilité.

Dans cet environnement marqué par de fortes tensions, elle sut, grâce à la confiance dont elle jouissait auprès du président de la République, le général Lansana Conté, défendre avec détermination les intérêts supérieurs de la Guinée.

Infatigable messagère de paix, elle sillonna la sous-région ouest-africaine, le continent africain et le monde, portant la voix de la Guinée et transmettant les messages de paix et de dialogue du chef de l’État. Elle prit part à de nombreuses initiatives diplomatiques et à des rencontres de haut niveau consacrées à la recherche de solutions politiques durables aux conflits qui déchiraient notre sous-région.

Je garde particulièrement en mémoire un épisode révélateur de sa sérénité, de son sang-froid et de son remarquable sens de la répartie.

À l’occasion d’une rencontre au sommet organisée sous l’égide du président Olusegun Obasanjo du Nigeria, alors président en exercice de la CEDEAO, les chefs d’État devaient se réunir en présence notamment du président Lansana Conté et du président libérien Charles Ghankay Taylor, dans le cadre des efforts de règlement de la guerre au Liberia et des crises sous-régionales.

Retenu à Conakry par des impératifs de dernière minute liés à la situation sécuritaire du pays, le président Lansana Conté ne put effectuer le déplacement et chargea sa ministre des Affaires étrangères de le représenter.

Nous arrivâmes dans la salle de réunion vers 22 heures, alors que les chefs d’État nous attendaient.

Dès notre arrivée, le président Obasanjo, visiblement surpris par l’absence de son homologue guinéen, lui demanda pourquoi son frère et ami, le général Lansana Conté, n’avait pas effectué le déplacement.

Avec le calme, la sérénité et la finesse qui la caractérisaient, elle répondit, non sans une pointe d’humour :

« Excellence Monsieur le Président, la Guinée est attaquée. Le Président est au front, où il dirige personnellement les opérations sur le terrain. »

Cette réponse spontanée provoqua un éclat de rire général parmi les chefs d’État présents, contribuant ainsi à détendre une atmosphère jusque-là particulièrement tendue.

Cet épisode, parmi tant d’autres, illustre parfaitement l’art avec lequel elle savait conjuguer fermeté et courtoisie, défendre la position de la Guinée sans jamais compromettre les exigences du dialogue et faire prévaloir la dignité de notre pays dans les circonstances les plus délicates.

Elle avait également cette qualité rare de savoir traiter, avec une discrétion absolue et un sens aigu des responsabilités, les dossiers stratégiques et sensibles que lui confiait personnellement le président de la République.

Au-delà de la ministre, je voudrais également saluer la femme de cœur, profondément humaine, généreuse et attentive aux épreuves des autres.

À cet égard, je ne saurais oublier le soutien moral et l’affection dont elle m’entoura durant des moments difficiles.

Dans ces périodes particulièrement éprouvantes de ma vie, sa voix rassurante, ses paroles empreintes de tendresse maternelle et ses encouragements constants furent pour moi une source précieuse de réconfort et de courage. Elle sut trouver les mots justes pour m’aider à surmonter les épreuves, à garder espoir et à tenir bon face aux défis à relever.

Chère Hadja N’Mahawa,

Tu as été une pionnière, une femme de conviction et de devoir, qui a ouvert la voie à d’autres femmes guinéennes dans l’exercice des plus hautes responsabilités diplomatiques et politiques de notre pays.

Ton parcours demeure un exemple de courage, de compétence, de dignité et d’engagement au service de la Nation.

En tant que deuxième femme à avoir eu l’honneur de diriger la diplomatie guinéenne après toi, je mesure toute la portée historique de la voie que tu as tracée et de l’héritage que tu laisses aux générations présentes et futures.

Aujourd’hui, c’est une grande figure de notre diplomatie qui s’en va, mais son œuvre, son exemple et les valeurs qu’elle a incarnées continueront de vivre dans notre mémoire collective.

En cette douloureuse circonstance, j’adresse mes condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches, à l’ensemble de la communauté diplomatique guinéenne ainsi qu’à tous ceux qui ont eu le privilège de la connaître, de travailler à ses côtés et d’apprécier ses qualités exceptionnelles.

Puisse Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonner ses manquements, agréer ses bonnes œuvres et lui ouvrir les portes du Paradis, Al-Firdaus.

Que le Tout-Puissant accorde à sa famille la force, le courage et la patience nécessaires pour surmonter cette douloureuse séparation.

Repose en paix, chère aînée, chère Ministre. Amina Yarabi.

Sidibé Fatoumata Kaba
Ancienne ministre des Affaires étrangères de la République de Guinée
Ancienne collaboratrice de feue Hadja N’Mahawa Bangoura

 

Soutra
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