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Interdiction des sachets plastiques : et si les priorités étaient ailleurs ? (Par Habib Yembering Diallo)

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Soutra

Le rétropédalage des autorités guinéennes sur l’interdiction des sachets plastiques appelle plusieurs observations. Trois d’entre elles méritent particulièrement de retenir l’attention.

La première concerne la puissance des réseaux sociaux, qui se sont une nouvelle fois révélés capables de peser sur les décisions publiques. La rapidité avec laquelle le gouvernement est revenu sur sa décision laisse penser qu’il demeure attentif aux réactions de l’opinion et sensible aux difficultés exprimées par les citoyens. C’est, en soi, un enseignement à retenir : dans une société de plus en plus connectée, les pouvoirs publics ne peuvent plus durablement ignorer la voix de ceux qu’ils gouvernent.

La deuxième observation tient à une réalité que l’on a parfois tendance à négliger : ce qui fonctionne dans un pays ne peut pas nécessairement être transposé dans un autre sans préparation ni adaptation. L’interdiction des sachets plastiques peut constituer une mesure légitime de protection de l’environnement. Encore faut-il que sa mise en œuvre tienne compte des réalités guinéennes, des habitudes de consommation et, surtout, de la disponibilité de solutions de remplacement accessibles à tous.

La troisième observation est sans doute la plus révélatrice. Les difficultés d’approvisionnement en eau auxquelles de nombreux citoyens ont été confrontés entre l’entrée en vigueur de la mesure et son rétropédalage ont mis à nu notre vulnérabilité. Nous avions l’habitude d’entendre parler de populations qui souffrent de la faim. Cette fois, nous avons découvert, à nos dépens, qu’un peuple pouvait aussi souffrir de soif.

Voilà donc pour cette crise qui aura duré environ une semaine. Un moratoire de six mois ayant été annoncé, il reste à espérer que cette période sera mise à profit pour préparer une véritable politique de lutte contre les déchets plastiques, assortie d’alternatives viables. Car il ne s’agit pas de renoncer à protéger l’environnement, mais de le faire avec méthode, discernement et sens des réalités.

Cela dit, je me demande si, dans l’immédiat, nos priorités ne devraient pas être recherchées ailleurs, notamment dans l’application effective des lois déjà en vigueur.

Le sachet plastique est omniprésent dans notre environnement. Ses conséquences sur la salubrité publique et la préservation de la nature ne sont plus à démontrer. Il faudra donc, tôt ou tard, en réduire considérablement l’usage, voire nous en débarrasser. Mais cette ambition environnementale ne doit pas nous faire perdre de vue d’autres problèmes tout aussi préoccupants, pour lesquels les textes existent déjà, mais dont l’application laisse souvent à désirer.

Le problème n’est donc pas seulement de savoir s’il faut réglementer davantage, mais aussi de déterminer comment faire respecter les règles qui existent. Car une loi, aussi pertinente soit-elle, ne vaut que par son application.

Première urgence : rétablir l’ordre et la sécurité dans le transport public

La surcharge des véhicules de transport public, particulièrement dans le transport interurbain, constitue l’une de ces préoccupations majeures. Il suffit d’observer ce qui se passe sur nos routes pour mesurer l’ampleur du problème. Des véhicules conçus pour transporter un nombre déterminé de passagers en prennent systématiquement davantage, au mépris des règles élémentaires de sécurité.

Et cette surcharge ne se limite pas à l’habitacle. En dépit des restrictions applicables au transport mixte de personnes et de marchandises, certains véhicules transportent des bagages dont le volume est parfois comparable à celui de la voiture elle-même. Comme si cela ne suffisait pas, d’autres passagers prennent place sur le porte-bagages, dans des conditions qui les exposent à des dangers manifestes.

Le plus préoccupant est que ces véhicules circulent ainsi au vu et au su de tous, y compris devant les barrages et les postes de contrôle installés le long des routes. Comment expliquer que des infractions aussi visibles puissent se répéter sans entraîner systématiquement les sanctions prévues ?

La pratique communément appelée « lever de barrage », qui consiste à verser de l’argent pour faciliter le passage, est régulièrement dénoncée par les usagers. Lorsqu’elle se substitue au contrôle réglementaire, elle vide les dispositifs de sécurité de leur raison d’être et nourrit le sentiment que la loi peut être contournée moyennant quelques billets de banque.

Un contrôle routier qui laisse passer une infraction manifeste sans la sanctionner ne remplit pas pleinement sa mission. Les forces de sécurité sont là pour faire respecter les textes, protéger les personnes et prévenir les accidents. Elles doivent donc exercer leurs responsabilités avec rigueur et intégrité, sans se laisser détourner de leur mission.

À l’heure où la Guinée accueille des visiteurs, des investisseurs et des ressortissants de nombreux pays, certaines pratiques contribuent également à ternir l’image que nous renvoyons de notre Nation. La sécurité routière ne saurait être sacrifiée au profit de la facilité, de l’indifférence ou de pratiques contraires à l’éthique.

Le sens interdit : une règle devenue facultative ?

À Conakry comme dans d’autres grandes villes du pays, le non-respect du sens interdit est devenu une scène familière. Certains conducteurs préfèrent emprunter un raccourci, même lorsque la circulation est clairement interdite dans cette direction. Ils gagnent peut-être quelques minutes, mais imposent aux autres usagers des risques supplémentaires d’accident, de collision et de perturbation de la circulation.

Dans certains quartiers de la capitale, notamment à Koloma II, les accidents liés à ces comportements sont récurrents. Pourtant, une question demeure : à quoi sert une interdiction si chacun se croit libre de l’ignorer ? À quoi servent les règles de circulation si leur respect dépend de la volonté du conducteur, de la présence d’un agent ou de la probabilité d’être sanctionné ?

Le sens interdit n’est pas une simple indication décorative. Il répond à une nécessité de sécurité collective. Le respecter n’est donc pas une faveur faite aux autorités, mais une obligation envers les autres usagers de la route.

C’est précisément là que se pose la question du civisme. Une société ne peut fonctionner durablement si chacun s’autorise à transgresser les règles dès lors qu’il estime pouvoir en tirer un avantage personnel. Le gain de quelques minutes ne saurait justifier la mise en danger de la vie d’autrui.

La loi doit s’appliquer à tous, sans exception

Nous avons parfois tendance à réclamer avec vigueur l’application des lois lorsque celles-ci concernent les autres, tout en nous montrant moins exigeants lorsqu’elles contrarient nos propres habitudes. Nous dénonçons les désordres dont nous sommes victimes, mais nous oublions parfois que nous pouvons aussi en être les auteurs.

Le conducteur qui surcharge son véhicule pour augmenter ses recettes, celui qui emprunte un sens interdit pour gagner du temps, celui qui verse de l’argent pour échapper à un contrôle et celui qui accepte cet argent participent, chacun à son niveau, à l’affaiblissement de l’autorité de la loi.

L’application des textes ne doit être ni sélective, ni négociable, ni conditionnée par la capacité de chacun à payer pour y échapper. Elle doit être constante, équitable et proportionnée, quel que soit le statut social de l’auteur d’une infraction.

Mais cette exigence ne saurait reposer sur les seuls citoyens. L’État a lui aussi le devoir de montrer l’exemple, de garantir des contrôles crédibles, de veiller à l’intégrité des agents chargés de faire respecter les règles et de sanctionner les manquements.

L’État ne peut cependant pas tout faire à la place des citoyens. Le civisme commence par des gestes simples : respecter les panneaux de signalisation, refuser, lorsque cela est possible, de monter dans un véhicule manifestement surchargé, ne pas encourager les pratiques de corruption et accepter que la sécurité collective impose parfois des contraintes individuelles.

Il ne suffit donc pas de multiplier les textes et les interdictions. Encore faut-il les faire respecter avec constance et équité. Car une société ne se construit ni sur l’accumulation des lois ni sur la multiplication des interdits, mais sur la volonté collective de les respecter.

Habib Yembering Diallo

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