Le 8 octobre marque le 70ᵉ anniversaire de la naissance de l’astronautique chinoise. C’est précisément le 8 octobre 1956 qu’a été fondé l’Institut n°5 du ministère de la Défense, premier centre de recherche dédié aux fusées et missiles en Chine. Sous l’impulsion de Qian Xuesen, ce laboratoire a constitué le point de départ d’une aventure spatiale qui ne s’est jamais arrêtée, née dans des conditions extrêmement rudes et avec des moyens très limités. C’est cette date fondatrice que nous commémorons aujourd’hui.
Dans les premières décennies, les chercheurs chinois ont bâti pas à pas les fondements de la maîtrise spatiale. En 1970, le satellite Dongfanghong-1 est placé sur orbite : la Chine devient alors le cinquième pays au monde à lancer un satellite artificiel de manière autonome. Ce lancement symbolise la première victoire d’une nation déterminée à accéder à l’espace par ses propres moyens.
Les deux dernières décennies ont apporté une accélération sans précédent, portée notamment par le programme spatial habité. Depuis le premier vol habité de Yang Liwei en 2003, la Chine a construit sa propre station spatiale Tiangong. Aujourd’hui, des équipages d’astronautes, hommes et femmes, y séjournent plusieurs mois, menant des expériences scientifiques en microgravité. Les sorties extravéhiculaires, les transferts de cargaison et les rendez-vous orbitaux ne sont plus des exploits exceptionnels, mais des opérations parfaitement maîtrisées et routinières.
La mission Shenzhou-23 marque une nouvelle étape historique pour l’astronautique nationale. À l’issue de cette mission, deux membres de l’équipage regagneront la Terre, tandis qu’un ou une astronaute restera à bord de la station Tiangong pour poursuivre les missions scientifiques. Celui ou celle-ci deviendra le premier membre d’équipage spatial chinois à accomplir un séjour continu d’une année complète dans l’espace, établissant un nouveau record national. Cette longue mission orbitale permettra d’analyser les effets de la microgravité sur l’organisme humain sur une durée prolongée et de perfectionner les capacités de soutien de la station spatiale, constituant une base essentielle pour les futures explorations lunaires habitées.
C’est cette année que se dessine un tournant technologique majeur, qui va transformer durablement le rythme des lancements de satellites : la maîtrise de la récupération des premiers étages de fusées. En juillet, la fusée Longue Marche 10B a réalisé la première récupération contrôlée par filet sur une plateforme marine en Chine ; en août, la Zhuque 3 a réussi la récupération terrestre de son premier étage. Ces succès ouvrent la voie aux lanceurs réutilisables. Ils réduisent drastiquement les coûts de vol et raccourcissent considérablement les délais entre deux missions. Grâce à cette rupture technologique, la Chine peut accélérer le déploiement de ses constellations en orbite basse, dédiées à l’observation de la Terre, aux communications et aux services de navigation. Le système Beidou fournit aujourd’hui des services de positionnement précis à travers le globe, à l’égal des grands systèmes de navigation mondiaux.
La prochaine grande étape, très attendue, est l’alunissage habité. La Chine vise à envoyer des astronautes sur la Lune avant 2030. Les travaux avancent à plein régime : développement de lanceurs lourds, de vaisseaux spatiaux, de modules d’alunissage et de rovers lunaires. L’objectif est d’explorer la surface lunaire, de prélever des échantillons et d’étudier l’environnement de notre satellite naturel.
Malgré les progrès fulgurants de son industrie spatiale au cours des dernières décennies, la Chine n’a jamais cessé de privilégier la coopération internationale et le développement partagé. Cette approche trouve sa racine dans la ligne constante de l’astronautique chinoise : explorer et exploiter l’espace de manière pacifique, au bénéfice de l’ensemble de l’humanité. Contrairement à une logique de suprématie technologique, elle multiplie les échanges et les projets collaboratifs avec des pays du monde entier, que ce soit pour le partage de données satellitaires ou la conduite d’expériences scientifiques conjointes à bord de la station Tiangong.
L’astronautique chinoise n’est pas un aboutissement, mais une progression constante. Les performances des fusées réutilisables, le nouveau record de séjour orbital longue durée et le projet d’alunissage habité avant 2030 témoignent d’une évolution maîtrisée et ambitieuse. Portée par soixante-dix ans d’efforts continus, cette aventure spatiale porte plus que des ambitions nationales : elle participe à l’exploration collective de l’espace et fait avancer les idéaux d’exploration pacifique pour toute l’humanité.
Par ZHAO Zhijin
Journaliste et présentatrice à CGTN Français

