Siguiri doit désormais disposer de son propre dépôt régional de la Pharmacie Centrale de Guinée : une nécessité stratégique pour garantir l’accès aux médicaments essentiels
La construction d’un dépôt régional de la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG SA) à Siguiri constitue aujourd’hui une impérieuse nécessité pour renforcer la disponibilité des médicaments essentiels, améliorer la performance de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique et donner un nouvel élan à la politique de couverture sanitaire universelle en Guinée.
À la suite du décret du Chef de l’État, Son Excellence le Président Mamadi Doumbouya, portant érection de la préfecture de Siguiri en région administrative, il devient indispensable d’accompagner cette nouvelle organisation territoriale par des infrastructures sanitaires adaptées aux réalités démographiques, économiques et géographiques de la zone.
Une réforme administrative ne saurait se limiter à la création de nouvelles entités territoriales et à l’installation de services déconcentrés. Elle doit également se traduire par une amélioration concrète de l’accès des populations aux services sociaux de base.
Une réalité démographique et sanitaire qui impose une nouvelle organisation logistique
Siguiri est une zone à forte activité minière qui attire des populations venues de différentes régions de la Guinée et de plusieurs pays. Cette attractivité économique entraîne une croissance démographique importante, une urbanisation progressive et une augmentation des besoins en soins de santé.
Cette évolution exerce nécessairement une pression supplémentaire sur les structures sanitaires, les officines pharmaceutiques et les circuits d’approvisionnement en médicaments.
Dans ces conditions, continuer à faire dépendre l’approvisionnement pharmaceutique de la région de Siguiri du dépôt régional de Kankan risque de maintenir des contraintes logistiques importantes, notamment en matière de transport, de délais de livraison, de disponibilité des produits et de réactivité face aux urgences sanitaires.
Il faut également tenir compte des besoins propres aux autres préfectures de la région, qui nécessitent un dispositif d’approvisionnement régulier, accessible et suffisamment décentralisé.
La proximité géographique des stocks constitue un véritable levier de performance dans la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique.
Le dépôt régional de Kankan doit pouvoir se concentrer sur les besoins de son propre territoire. Ce dépôt régional doit déjà répondre aux besoins des structures sanitaires relevant de son ressort territorial.
Dans un contexte où la disponibilité des médicaments demeure un enjeu majeur, lui faire supporter également les besoins croissants de la nouvelle région de Siguiri risque d’accentuer les difficultés de distribution.
La construction d’un dépôt régional moderne à Siguiri permettrait donc de mieux répartir les responsabilités logistiques, de rationaliser les stocks et de réduire les contraintes liées aux longues distances d’approvisionnement.
Cette décentralisation permettrait notamment :
- D’améliorer la disponibilité des médicaments essentiels dans les structures sanitaires de Siguiri et des préfectures environnantes ;
- De réduire les délais de livraison et les coûts de transport ;
- De limiter les ruptures de stock dans les centres de santé et les hôpitaux ;
- De faciliter la gestion prévisionnelle des besoins ;
- De renforcer la capacité de réponse aux urgences sanitaires ;
- De mieux assurer le suivi des produits pharmaceutiques jusqu’aux structures bénéficiaires.
Il ne s’agit donc pas de multiplier les infrastructures administratives, mais de rapprocher les médicaments des populations qui en ont besoin.
La relance de la PCG devient donc une réforme institutionnelle incontournable
Toutefois, la construction d’un dépôt régional moderne à Siguiri doit s’inscrire dans une réforme plus globale de la Pharmacie Centrale de Guinée.
Il serait en effet insuffisant de construire de nouvelles infrastructures sans s’attaquer aux difficultés structurelles qui affectent la performance de cette institution stratégique.
La PCG fait face à plusieurs défis qui nécessitent une attention particulière : difficultés financières dues aux présumés détournements, endettement auprès de ses partenaires à cause de la mauvaise gestion, accumulation de produits pharmaceutiques exposés aux risques de péremption, insuffisances dans la gestion des stocks, difficultés opérationnelles et problématiques de motivation du personnel.
Ces difficultés, dont l’ampleur doit être établie par un audit indépendant et actualisé, appellent une véritable politique de redressement institutionnel.
Il devient ainsi nécessaire d’engager :
- Un audit organisationnel, financier, comptable et opérationnel ;
- Une évaluation des compétences et des performances des responsables à tous les niveaux ;
- Une rationalisation des dépenses et une meilleure maîtrise de l’endettement ;
- Une digitalisation intégrale de la gestion des stocks et des approvisionnements ;
- La mise en place d’un système rigoureux de suivi des dates de péremption ;
- Une politique de motivation, de responsabilisation et d’évaluation du personnel ;
- Un mécanisme de contrôle interne et de redevabilité fondé sur des indicateurs de performance.
La modernisation de la PCG exige également une gouvernance axée sur les résultats, la transparence, la compétence et l’obligation de rendre compte.
La souveraineté pharmaceutique ne se décrète pas : elle se construit à travers des institutions performantes, une gouvernance rigoureuse et une chaîne d’approvisionnement maîtrisée.
Mes propositions pour rendre opérationnel le futur dépôt régional de Siguiri
Premièrement : construire un dépôt régional moderne et fonctionnel.
Cette infrastructure devra répondre aux normes de bonnes pratiques de stockage et de distribution des produits pharmaceutiques, avec des espaces adaptés aux différentes catégories de médicaments, des équipements de conservation et une alimentation électrique sécurisée.
Deuxièmement : renforcer la gestion informatisée des stocks.
Chaque mouvement de produits devra être traçable, depuis la réception jusqu’à la livraison. Un système numérique permettra d’anticiper les ruptures, de prévenir les péremptions et d’améliorer la planification des commandes.
Troisièmement : instaurer une politique d’approvisionnement fondée sur les besoins réels.
Les commandes devront tenir compte de la population, de la fréquentation des structures sanitaires, des profils épidémiologiques et de la consommation historique des médicaments.
Quatrièmement : mettre en place un dispositif régulier de desserte.
Le dépôt devra disposer d’un plan de desserte régulier couvrant les structures sanitaires publiques et les autres établissements éligibles, avec des mécanismes de suivi des livraisons.
Cinquièmement : privilégier les compétences dans la gestion.
La direction du dépôt devra être confiée à une équipe qualifiée, recrutée sur la base de critères objectifs, avec des contrats de performance et des évaluations périodiques.
Sixièmement : renforcer les partenariats avec les autorités locales et les acteurs sanitaires.
Les autorités administratives, les collectivités, les directions préfectorales et régionales de la santé ainsi que les professionnels du secteur pharmaceutique devront être associés à la planification et au suivi du dispositif.
Au-delà de sa dimension pharmaceutique, la construction d’un dépôt régional à Siguiri représente également une opportunité économique et sociale.
Elle permettra de créer des emplois directs et indirects dans les domaines de la pharmacie, de la logistique, de la gestion des stocks, du transport, de la maintenance et de l’administration.
Mais son principal bénéfice restera sanitaire : rapprocher les médicaments des populations, réduire les délais d’accès aux traitements et contribuer à sauver des vies.
La création d’un dépôt régional de la Pharmacie Centrale de Guinée à Siguiri doit désormais être envisagée comme une priorité dans la planification sanitaire de cette nouvelle région administrative.
Ce projet doit être accompagné d’une véritable réforme de la PCG, car une infrastructure moderne ne peut produire des résultats durables sans une gouvernance efficace, des ressources humaines compétentes et une gestion financière maîtrisée.
Dr Karamo KABA
Spécialiste en Gestion des hôpitaux et Services de Santé | MBA en Management des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques | Auteur | Enseignant.
Tatakaba66@gmail.com

