Pendant plus de deux décennies, prononcer les noms de Kaporo-Rails, Kipé 2 ou Dimesse, dans la commune de Ratoma, à Conakry, c’était évoquer une plaie béante au cœur de notre pays. C’était raviver le souvenir de matins effroyables où le rugissement mécanique des bulldozers venait broyer, sous la poussière, le fruit de toute une vie de labeur, de sacrifices et d’espérance.
Derrière les décombres, les tas de pierres et les murs effondrés, nous gardons en mémoire des trajectoires humaines brisées, des dignités piétinées et des cœurs profondément meurtris. Pour mesurer la portée de la justice d’aujourd’hui, il faut avoir le courage d’affronter l’âpreté des ombres d’hier. Les populations de ces quartiers ont subi deux vagues successives d’évictions forcées et de destructions massives d’une violence inouïe.
En février-mars 1998, une brutale opération de déguerpissement jette hors de chez eux plus de 20 000 citoyens, entraînant une dizaine de morts, des blessés et des arrestations politiques.
Vingt et un ans plus tard, l’histoire se répète. Entre février et mars 2019, une nouvelle campagne de démolition ravage Conakry. Le paroxysme est atteint le 25 février 2019, laissant plus de 2 500 bâtiments réduits en poussière.
Derrière ces chiffres froids se cachent des drames humains insoutenables que les rapports d’organisations internationales et les témoignages des victimes ont immortalisés. Des enfants en pleurs ont vu leurs écoles rasées et leur scolarité interrompue. Des femmes enceintes et des personnes âgées se sont retrouvées du jour au lendemain sans toit, exposées aux intempéries et à l’insécurité.
Des pères et des mères de famille, qui avaient investi chaque centime gagné à la sueur de leur front dans un lopin de terre ou un petit commerce de proximité, ont sombré dans la déchéance.
L’impuissance et le sentiment d’abandon institutionnel sont devenus le lot quotidien de nos concitoyens, trahis par notre État.
Après des décennies de combats judiciaires épuisants, de pétitions restées lettres mortes et de promesses électorales déçues, le dossier de Kaporo-Rails, Kipé 2 et Dimesse a enfin trouvé une issue juste. Le président Mamadi Doumbouya refuse de perpétuer l’indifférence des régimes précédents. Il fait le choix du courage moral, de l’empathie républicaine et de la réparation historique.
Désormais, notre État a compris que la vraie puissance d’une nation réside dans sa capacité à reconnaître les fautes du passé et à consoler ses citoyens lésés.
Les journées marquantes du 14 septembre 2024, dédiée au recasement à Wonkifong, et du 27 novembre 2025, consacrée à la remise de 600 titres fonciers, ont rendu leur dignité de citoyens aux victimes.
Pour le bien de tous et le vivre-ensemble, on ne doit plus jamais resservir à un peuple le plat amer de l’arbitraire. L’État a enfin pansé les plaies du passé. Le chef de l’État a réparé ce préjudice. Son geste consolateur restera gravé comme un pilier de notre réconciliation avec notre histoire récente.
Par Alpha Abdoulaye Diallo, in Le Populaire du 2 novembre 2026

