Alpha Blondy que j’ai bien aimé dans ma tendre enfance disait ceci dans une de ses chansons: ‘’le pouvoir absolu corrompt absolument’’. En Afrique au Sud du Sahara, la conception du pouvoir est qu’il ne se partage pas. Il ne se donne pas. Il n’est surtout pas à rendre. Il s’arrache et s’exerce. C’est la seule loi, le seul principe et la seule valeur.
Sous nos tropiques, devenir Président est synonyme d’omnipotence, d’omniscience et d’omniprésence. Le chef devient subitement un dieu sur terre, avec tous les moyens matériels, humains et financiers à sa disposition et à sa guise. Il est dieu sur terre en ce sens qu’aucune loi ne s’applique désormais à lui. Il en est le détenteur et le seul à en connaitre les secrets. Il est au-dessus de tout, sauf de la mêlée. Détenteur et distributeur exclusif de décrets, de faveurs et de grâces, les chefs ou les patrons, c’est selon, goûtent à la chose et découvrent l’autre planète terre. Celle du pouvoir absolu où les plus grandes folies sont permises.
La loi est faite pour être violée par tous ceux qui tournent autour du chef. Il suffit de bénéficier de certaines de ces faveurs pour franchir la marche de la planète des hommes pour celles des dieux. La saveur des privilèges aveugle les plus lucides et les plus vertueux. La raison fait place aux fantasmes les plus impensables. L’on oublie vite que toute chose a une fin et on se laisse aller dans les délices et les délires. Désormais, tous les interdits sont permis et les diseurs de vérité et autres conseillers deviennent subitement des ennemis à écarter, par tous les moyens possibles. Les chanteurs de louanges et diseurs de bonnes aventures reprennent la place de ces derniers.
Certaines parties des lois fondamentales, jadis chères à nos nouveaux riches deviennent encombrantes, illégitimes et contre l’intérêt supérieur du peuple au nom duquel toutes les absurdités et les atrocités sont commises. Il faut alors trouver les meilleurs moyens de les contourner, les tripatouiller et les changer.
Les spécialistes en la matière ne manquent jamais d’astuces, de subterfuges et de farfelues justifications pour tordre le coup à la loi et imposer ce qui arrange les tout puissants maitres des lieux. Les dictateurs, sanguinaires et absolutistes d’hier deviennent les références au point que leurs règnes sont ressuscités, réhabilités et passés au peigne fin pour en tirer les meilleures leçons de confiscation, de malversations et de cover-ups.
Il n’est pas très aisé de voir de très haut. Les raisonnements lucides d’antan, les analyses logiques, les sentiments humains et autres promesses disparaissent peu à peu. Ils ont souvent remplacés par les chants des thuriféraires qui excellent dans la fabrication des réalisations et des avancées notables dans tous les domaines et visibles par tous excepté les supposés bénéficiaires. De sa planète, le chef ne voit plus qu’à travers les lunettes de ceux qui ne voient que leurs sordides intérêts personnels.
Peu à peu, il apprend que tout le monde savait qu’il était prédestiné à la royauté. Les savants avaient décelé les signes depuis la naissance. De légendes utopiques à prédications fantaisistes, on finit par faire croire au malheureux qu’il est irremplaçable. C’est ainsi que les dictateurs sont fabriqués dans nos très démocratiques républiques.
Le temps qui reste, le pouvoir, les moyens, les suppôts sont alors consacrés à assurer la survie du royaume. Les hantises et autres ennemis réels ou imaginaires, les théories de complot et les sabotages organisés transforment le magistère en un long et hideux cauchemar qui navigue à contre-courant, jusqu’au réveil, souvent brutal. Et la vie continue…
Boubacar DIENG