Le gouvernement lance la digitalisation des cadres organiques et le Référentiel des métiers pour moderniser la fonction publique

Réunis ce mercredi 28 octobre 2026 aux Chapiteaux du Palais du peuple à Conakry, les cadres de l’administration guinéenne ont pris part à un atelier de restitution consacré à la digitalisation des textes et cadres organiques, couplée à la présentation du tout nouveau Référentiel des métiers et des compétences (RMC). Portée par le ministre de la modernisation de l’administration et de la fonction publique, Faya François Bourouno, cette réforme entend tourner définitivement la page des dysfonctionnements historiques pour bâtir une administration efficace, alignée sur les objectifs stratégiques de la vision Simandou 2040.

C’est un tournant majeur pour l’appareil administratif guinéen. Ce mercredi 28 octobre 2026, les Chapiteaux du Palais du Peuple ont servi de cadre à un atelier de restitution de grande envergure, réunissant plusieurs invités de marque, dont des membres du gouvernement, à l’image du ministre de l’énergie, Laye Sékou Camara, ainsi que de nombreux secrétaires généraux, chefs de cabinet et directeurs des ressources humaines.

Sous l’égide du ministre de la modernisation de l’administration et de la fonction publique, Faya François Bourouno, cette rencontre vise à présenter les résultats concrets des travaux portant sur la digitalisation des textes et cadres organiques, ainsi que le tout nouveau Référentiel des métiers et des compétences.

Ouvrant le bal des interventions, le directeur national de la modernisation, de la transformation administrative et de la simplification des procédures, Alhassane Bangoura, a tenu à clarifier la trajectoire entreprise en précisant que ‘’cette présentation va être articulée autour de 5 points’’, allant de la genèse des textes jusqu’à la présentation ‘’des outils et des usages pour la gestion des ressources humaines’’.

Il a rappelé l’urgence d’abandonner le référentiel datant de 1965 pour doter enfin l’État d’un socle moderne et adapté aux réalités contemporaines.

Prenant le relais pour détailler l’ampleur de l’assainissement engagé, le directeur général de la fonction publique, Karamba Guirassy, a dressé un tableau sans concession des dérives passées en rappelant qu’hier, ‘’l’État payait des agents qui n’existaient pas’’.

Il a dénoncé les pratiques d’un autre âge qui caractérisaient l’appareil étatique, évoquant une époque ‘’où, à la fin de chaque mois, des sacs d’argent fusaient de partout pour la paye des agents’’ ou encore ‘’où une seule personne pouvait toucher le salaire de 10 à 50 matricules’’.

Il a salué la mise en place de la biométrie composite faciale et vis-empreinte, qui a permis d’écarter 64 000 matricules fictifs et de stabiliser l’effectif réel à 128 000 fonctionnaires et contractuels, générant ainsi ‘’643 milliards d’économies réalisées entre 2024 et 2026’’.

Malgré ces avancées budgétaires saluées par l’assistance, le constat d’un manque de pilotage de proximité sur le terrain demeurait criant. Karamba Guirassy a interrogé la capacité de l’État à gérer ses effectifs en rappelant qu’il ‘’n’y avait pas de texte organique, pas de cadre organique, donc pas de poste’’.

Cette absence de visibilité a longtemps bloqué les avancements et les formations, car ‘’c’est lorsque nous avons les textes et cadres organiques digitalisés que nous pouvons savoir qui relève de qui et comment évaluer’’.

Prenant la parole, le ministre Faya François Bourouno a commencé son allocution en invitant l’assistance à mesurer le quotidien des usagers du service public. ‘On on a des usagers qui viennent dans nos départements, ils rencontrent les cadres, mais parfois, ils savent pas qui fait quoi’’, a-t-il fait remarquer.

Il a ensuite souligné l’ampleur des effectifs concentrés dans certains départements clés en précisant que ‘’l’éducation a aujourd’hui environ 49 000 agents’’ et que, réunis avec la sécurité et la santé, ces trois secteurs représentent ‘’à peu près 70 à 75 % de l’effectif global de notre fonction publique’’.

Le ministre Bourouno a inscrit cette réorganisation dans les grandes orientations nationales, rappelant que ‘’le chef de l’État, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a fixé un cap à travers la vision Simandou 2040’’.

Selon Faya François Bourouno, l’exploitation des richesses naturelles ne prendra sens que grâce à la force des hommes et des femmes qui composent l’administration. Il souligne que ‘’le fer Simandou qui dormait dans les montagnes, ce qui le transforme en emploi, en école, en route, en dignité, ce sont des femmes et des hommes formés, organisés, motivés et placés là où leurs compétences servent le mieux’’.

Il a ajouté que ‘’la refondation de l’administration n’est pas un chantier parallèle au programme Simandou mais qu’elle en est une condition essentielle, voire existentielle’’.

Sur la méthodologie adoptée, il a expliqué la complémentarité des chantiers techniques menés par son département, qualifiant le nouveau Référentiel des métiers et des compétences de ‘’grammaire commune de nos ressources humaines’’.

Il a fait observer que ‘’de la rencontre de ces deux outils sont nés les fiches de postes’’, précisant la formule selon laquelle ‘’on retrouve d’un côté la structure, de l’autre la compétence et entre les deux le poste’’.

Projetant l’administration vers les prochaines échéances, Faya François Bourouno a annoncé un virage décisif dans le mode de gouvernance. Il indique qu’à partir de l’année prochaine, ‘’nous comptons lancer le chantier de l’évaluation de la performance des agents’’.

Il a émis le souhait qu’en début d’année, ‘’chaque ministre assigne un contrat de performance à son secrétaire général’’ et que la chaîne de responsabilité s’impose à tous les niveaux.

Le ministre reste convaincu que cette démarche marquera un changement de paradigme, car l’administration passe progressivement ‘’d’une gestion des agents à une gestion des emplois et des compétences ainsi que d’une logique de moyens où l’on mesure ce que l’on dépense à une logique de résultats où l’on mesure ce que l’on obtient’’.

Il a également précisé que ce chantier nourrira directement la réforme sur la création de l’École nationale d’administration et des autres centres de formation sectoriels.

Faya François Bourouno a interpellé la conscience individuelle de chaque serviteur de l’État en martelant qu’une ‘’fiche de poste n’est pas un papier que l’on range dans un tiroir. C’est un engagement’’.

Il a rappelé ‘’qu’être cadre, ce n’est pas seulement signer et contrôler’’, mais que c’est avant tout ‘’répartir le travail avec équité, expliquer, fixer des objectifs réalistes et agir en manager public qui fait grandir ses équipes’’.

Il a appelé les responsables des ressources humaines à jouer pleinement leur rôle dans la modernisation de l’administration, en les invitant à dépasser la simple gestion des dossiers pour devenir de véritables ‘’architectes du capital humain’’ de la Guinée de demain.

En franchissant ce cap décisif vers une gestion axée sur les compétences et les résultats, l’État guinéen pose les bases indispensables au succès du programme Simandou 2040.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.info

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