Ce lundi 29 juin, lors de la présentation de la Stratégie nationale de développement de la filière avicole, le ministre de l’élevage a dressé un constat préoccupant de la situation du secteur en Guinée, tout en affichant l’ambition des autorités de bâtir une industrie avicole nationale capable de réduire la dépendance du pays aux importations.
Selon le ministre de l’élevage, la Guinée se trouve aujourd’hui ‘’à un tournant majeur’’ en engageant simultanément la mise en œuvre de la nouvelle Stratégie nationale de développement de la filière avicole à l’horizon 2035 et la modernisation du Fonds national de développement de l’élevage destiné à soutenir les investissements dans le secteur.
Le chef du département en charge de l’élevage a rappelé que la Guinée, forte d’une population de plus de 17 millions d’habitants, dispose d’un potentiel considérable avec un cheptel aviaire estimé à près de 27 millions de têtes. La filière génère près d’un milliard de francs guinéens de revenus directs chaque année et permet à plus de 560 000 Guinéens, majoritairement des femmes et des jeunes vivant en milieu rural, de tirer leurs revenus de cette activité.
Malgré ces atouts, Félix Lamah estime que le secteur reste confronté à un blocage structurel majeur lié notamment aux difficultés d’accès au financement. ‘’L’aviculture reste une filière à haut risque et le financement de l’élevage par le secteur financier traditionnel demeure quasiment inexistant’’, a-t-il regretté, expliquant que les établissements financiers considèrent encore l’élevage comme un secteur trop risqué en raison du manque de projets jugés bancables, de garanties suffisantes et de mécanismes d’accompagnement adaptés.
Le patron du département de l’élevage s’est également interrogé sur la forte dépendance du pays aux importations de viande de volaille.
‘’Comment comprendre que 95 % de notre viande de poulet provient d’importations congelées alors que nos éleveurs croulent sous les pressions sanitaires et le coût élevé de l’alimentation animale ? La réponse est claire : le secteur financier classique perçoit encore l’élevage comme un segment trop risqué, faute de projets bancables, de garanties solides et de mécanismes d’accompagnement adaptés. Notre marché national demeure fortement dépendant des importations massives de volailles congelées. La Guinée importe aujourd’hui plus de 70 000 tonnes de volailles congelées par an en provenance notamment d’Europe, du Brésil et des États-Unis. Cela représente environ 46,7 millions de poulets importés chaque année, soit une consommation théorique de 4,8 kilogrammes par habitant et par an. À lui seul, ce volume d’importations dépasse largement les capacités actuelles de production de notre tissu industriel national. Ces produits importés arrivent sur notre marché à des prix inférieurs de 40 à 60 % au coût réel des poulets produits localement. Nous devons mesurer avec précision les conséquences de cette situation. Ces 70 000 tonnes de volailles importées déplacent une valeur économique nette estimée à plus de 3 444 milliards de francs guinéens au détriment direct de nos entreprises locales. Ce sont des pertes sèches pour nos couvoirs, nos fabriques d’aliments pour bétail, nos éleveurs, nos abattoirs ainsi que pour l’ensemble de nos réseaux nationaux de distribution’’, a-t-il déploré.
Il a surtout insisté sur l’impact de cette situation sur l’emploi, notamment celui des jeunes. ‘’Les calculs de nos experts indiquent que ces volumes importés empêchent la création d’environ 47 000 emplois directs et menacent 94 000 emplois indirects sur toute la chaîne de valeur. Ce sont près de 141 000 emplois qui sont en jeu au détriment des jeunes, des femmes et des populations rurales et périurbaines qui composent la force vive de notre pays’’, a-t-il fait savoir.
Face à cette situation, le ministre a plaidé pour une protection progressive de la filière avicole nationale, tout en rejetant l’idée d’un repli économique. ‘’La protection progressive de notre filière agricole nationale ne constitue pas une fermeture économique ou une réplique protectionniste stérile. C’est une politique agro-industrielle nationale, stratégique, légitime et indispensable’’, a-t-il affirmé.
Avant de rappeler que la plupart des pays disposant aujourd’hui d’une industrie agricole performante ont, à un moment de leur développement économique, adopté des mécanismes temporaires de protection, de régulation du marché et d’accompagnement massif de leur production nationale.
Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info
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