Certaines expériences professionnelles dépassent le simple cadre d’une mission ou d’un voyage. Elles deviennent des rencontres, des découvertes et parfois même des sources de transformation personnelle et professionnelle. Mon histoire avec la Chine s’inscrit dans cette dynamique.
Du 21 juillet au 3 août 2026, j’ai eu l’honneur de participer à un séminaire consacré à l’intégration de la culture et du tourisme dans les pays francophones d’Afrique. Cette expérience m’a permis de découvrir une Chine à la fois moderne, ambitieuse, profondément attachée à son patrimoine et résolument tournée vers l’avenir.
Pour moi, cette mission n’a pas été seulement une occasion de voyager ou de représenter la Guinée. Elle a constitué une véritable immersion dans un modèle de développement où la culture, le tourisme, la formation, la valorisation du patrimoine et la coopération internationale peuvent être pensés comme des instruments de développement durable.
Une première rencontre avec une Chine différente de l’image que l’on peut avoir
Avant mon départ, la Chine représentait pour moi une grande puissance économique, technologique et culturelle. Mais la réalité que j’ai découverte sur place était beaucoup plus riche.
J’ai découvert un pays qui a su transformer son histoire et son patrimoine en véritables leviers de développement. Les sites historiques, les musées, les espaces culturels, les infrastructures touristiques et les événements culturels participent à une même vision : faire de la culture un élément essentiel de l’identité nationale et du tourisme un moteur de développement économique et social.
Cette approche m’a particulièrement interpellée en tant que professionnelle du tourisme. Elle m’a amenée à réfléchir à une question essentielle : comment la Guinée peut-elle mieux valoriser ses richesses culturelles, naturelles et historiques afin de les transformer en véritables produits touristiques ?
Notre pays dispose d’un patrimoine exceptionnel : paysages, îles, plages, montagnes, sites historiques, traditions, artisanat, gastronomie, diversité culturelle et savoir-faire locaux. Pourtant, une partie importante de ce potentiel reste encore insuffisamment valorisée.
La Chine m’a ainsi permis de regarder autrement les richesses de mon propre pays.
Apprendre, partager et comparer nos expériences
Le séminaire sur l’intégration de la culture et du tourisme dans les pays francophones d’Afrique a été avant tout un espace de partage.
La présence de participants issus de différents pays africains francophones a permis de confronter nos expériences, nos difficultés et nos ambitions. Chaque pays possède ses particularités, mais nous partageons également des défis communs : la valorisation du patrimoine, la professionnalisation des acteurs, la formation des ressources humaines, la promotion de la destination, le développement des infrastructures et la recherche de partenariats efficaces.
La Guinée avait une représentation relativement réduite au sein de cette rencontre. Cette situation m’a cependant rappelé qu’une représentation quantitativement limitée peut avoir une voix forte lorsqu’elle porte une vision claire et des propositions concrètes.
J’ai ainsi compris que représenter son pays à l’étranger ne consiste pas uniquement à participer à des rencontres officielles. C’est aussi porter une image, défendre des intérêts, présenter des opportunités et surtout identifier les possibilités de coopération susceptibles de contribuer au développement national.
La Chine et la force de la coopération
L’un des enseignements majeurs de cette expérience est l’importance accordée par la Chine à la coopération.
La coopération ne se limite pas à la construction d’infrastructures ou aux échanges commerciaux. Elle peut également porter sur la formation, le transfert de compétences, la culture, le tourisme, l’innovation, la gestion du patrimoine et le développement des ressources humaines.
Cette approche rejoint les besoins actuels de la Guinée. Notre pays entretient déjà des relations de coopération avec la Chine dans plusieurs domaines. Dans le secteur culturel et artisanal, des cadres de coopération existent également. Toutefois, l’expérience de ce séminaire m’a permis de constater qu’il existe encore un espace considérable pour renforcer cette dynamique dans le domaine spécifique du tourisme.
Il devient donc pertinent d’envisager un cadre de coopération plus structuré entre la Guinée et la Chine dans le secteur touristique, notamment à travers un Mémorandum d’entente (MoU) consacré au tourisme.
Un tel instrument pourrait ouvrir la voie à des programmes concrets dans les domaines de la formation, de la promotion touristique, de l’échange d’expertise, de la valorisation des sites touristiques, du tourisme durable et de la digitalisation du secteur.
De la découverte à la réflexion professionnelle
L’un des aspects les plus importants de cette mission est qu’elle m’a permis de revenir avec davantage de questions que de réponses.
Comment mieux organiser notre offre touristique ? Comment transformer nos richesses naturelles en produits touristiques compétitifs ? Comment faire de notre patrimoine culturel un véritable facteur d’attractivité ? Comment professionnaliser davantage les acteurs du tourisme ?
Comment renforcer la formation des jeunes et des cadres du secteur ? Comment attirer davantage de touristes chinois en Guinée ? Et surtout, comment faire en sorte que le tourisme bénéficie directement aux communautés locales ?
Ces interrogations trouvent un écho particulier dans le contexte actuel de la Guinée, notamment avec les ambitions nationales de développement et la dynamique du Programme Simandou 2040.
Le développement du tourisme ne doit pas être considéré comme une activité secondaire. Il peut contribuer à la création d’emplois, à la diversification de l’économie, à la promotion de l’image du pays et au développement des territoires.
Une expérience humaine au-delà de l’expérience professionnelle
Cette mission a été, à la fois, une expérience professionnelle riche en enseignements et une véritable expérience humaine. La découverte de la culture chinoise, la rencontre avec des professionnels, les échanges avec les autres délégations africaines et l’accueil réservé aux participants ont contribué à créer des liens qui dépassent le cadre du séminaire.
J’ai également compris que les différences culturelles ne constituent pas nécessairement des barrières. Elles peuvent devenir des opportunités d’apprentissage lorsque nous prenons le temps d’écouter, d’observer et de comprendre l’autre.
La Chine m’a appris que la modernité ne signifie pas nécessairement abandonner ses traditions. Au contraire, un pays peut s’appuyer sur son histoire et sa culture pour construire son avenir.
La Chine, un miroir pour la Guinée
En quittant la Chine, je suis repartie avec une conviction que la Guinée n’a pas besoin de copier la Chine. Elle peut s’inspirer de certaines de ses expériences pour construire son propre modèle.
Notre pays possède des atouts considérables. Il nous appartient désormais de mieux les structurer, les protéger, les promouvoir et les transformer en opportunités économiques.
La Guinée peut apprendre de l’expérience chinoise en matière de valorisation du patrimoine, de développement des infrastructures, de formation, de promotion touristique et d’intégration de la culture dans les stratégies de développement. Mais notre identité doit rester au cœur de cette démarche.
Le tourisme guinéen doit raconter notre propre histoire, mettre en valeur nos propres traditions et faire découvrir au monde notre propre diversité.
Une responsabilité professionnelle renouvelée
Cette expérience en Chine a renforcé ma conviction que les cadres du secteur public ont un rôle important à jouer dans la transformation de notre économie touristique.
Participer à un séminaire international ne doit pas être une fin en soi. La véritable valeur d’une mission réside dans ce que nous sommes capables de ramener, de partager et de transformer en actions concrètes.
Je considère donc cette expérience comme un engagement supplémentaire à contribuer, à mon niveau, au développement du tourisme guinéen.
Elle m’a également confortée dans l’idée que la coopération internationale doit être orientée vers des résultats concrets : des formations, des échanges d’expertise, des projets, des investissements, des programmes d’application et des partenariats durables.
De la Chine à la Guinée, une histoire qui continue
Mon histoire avec la Chine ne s’arrête pas au dernier jour du séminaire. Elle se poursuit dans les réflexions, les projets et les perspectives que cette expérience a fait naître.
Je suis partie en Chine pour apprendre. J’en suis revenue avec une nouvelle manière de regarder mon métier, mon secteur et mon pays.
J’ai découvert une Chine qui a compris que la culture peut être un puissant outil d’identité et que le tourisme peut devenir un véritable instrument de développement.
J’ai également compris que la coopération entre la Chine et les pays africains francophones peut aller encore plus loin, notamment dans le domaine du tourisme.
Pour la Guinée, cette expérience peut constituer un point de départ vers une coopération touristique plus structurée avec la Chine.
Mon histoire avec la Chine est donc une histoire de découverte, d’apprentissage, de partage et d’espoir. Une histoire qui commence en Chine, mais dont l’ambition véritable est de contribuer, à mon retour, à écrire une nouvelle page du tourisme guinéen.
Aissatou Bailo BAH
Cheffe de division relations et partenariats
Direction nationale du Tourisme et de l’Hôtellerie
Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat