Ce lundi, à la barre, l’ex-chef de la junte a déclaré avoir été victime de complots qui ont conduit au massacre du 28 septembre 2009. Dans sa narration, le capitaine Moussa Dadis Camara a expliqué les raisons qui l’ont motivé à effectuer une visite dans la ville de Karamoko Alpha Mô Labé.
‘’J’ai pris le courage d’aller au Fouta. Je ne voulais pas y aller. Pourquoi ? Parce que lorsqu’un homme prend le pouvoir, il faut d’abord se rendre dans son village pour voir ses parents. Mais je me suis dit pour éviter de tomber dans l’ethnocentrisme, il faut y aller. Si j’avais refusé, les gens allaient dire que c’est parce que ce n’est pas notre fils. C’est ce qui m’a obligé moralement à aller à Labé. Donc l’objectif pour lequel je me suis assigné ne pouvait plus avoir lieu’’, indique l’ex-chef de l’Etat.
A Labé, poursuit-il, ‘’une réception a été organisée et j’étais très enthousiasmé. C’était une réception digne de nom. Pendant cette réception, ma délégation a pris assez de temps. Je devrais même aller saluer les sages et le commandement. Mais il était presque 19h. Je me suis excusé’’.
‘’A la station-service, qu’est-ce qui s’est passé ?’’, se demande-t-il avant de révéler : ‘’On a mis du gasoil à la place de l’essence dans le réservoir de mon véhicule. Donc, il fallait tout vider (…). Avant qu’on arrive à Conakry, il était déjà minuit. On est rentrés aux alentours de 1h du matin. A ma rentrée au salon, j’ai vu des sages assis. J’étais tellement fatigué. On a fait deux jours sans même prendre un bain. Donc je ne pouvais pas tenir moralement. Je n’ai même pas eu le temps de prendre mon bain avant de dormir’’.
A 1h du matin, dit-il, ‘’Joseph Makambo est venu taper à la porte. Quand je lui ai demandé ce qu’il y a. Il m’a dit qu’il semble que les leaders politiques veulent tenir leur marche. Je me suis dit que si j’appelais M. Sidya Touré, ça peut marcher. Alors, je l’ai appelé. Dans nos échanges, il nous a dit qu’il fait tard et qu’il n’a plus la possibilité de joindre les autres. Entre-temps, le téléphone est coupé. Je n’ai pas tenté de le rappeler’’.
‘’Entre 10h et 11h, Joseph Makambo est revenu me dire qu’il parait qu’il y a une grande manifestation au stade du 28 septembre. Peut-être que c’est ce jour que j’allais trouver la mort avant que M. Toumba Diakité ne tire sur moi. Mais Dieu n’a pas voulu. Pourquoi ? Je suis sorti de mon bureau pour dire que je dois aller sauver sa population. Mais est-ce que j’allais pourvoir le faire ? Toumba m’a obligé à revenir dans mon bureau. Je n’avais plus le choix. Je suis venu rester dans mon bureau’’, souligne Moussa Dadis Camara.
Entre temps, se souvient-il, ‘’on est venu me dire qu’il y a un groupe conduit par Toumba qui est parti au stade du 28 septembre et qu’il y a eu des morts. J’étais furieux. Dans la colère, j’ai dit tout de suite qu’il faut que je l’arrête. En toute sincérité, j’allais l’arrêter. Ce qui a fait que je ne l’ai pas arrêté, c’est parce qu’il portait un blouson où il dissimulait des grenades, comme lui-même l’a dit à la barre. Quand il est venu, je lui ai demandé et il a donné des explications’’.
Finalement, ajoute-t-il, ‘’j’ai compris que je ne pouvais pas l’arrêter avec l’arsenal qu’il a avec lui. J’ai eu des conseils, on a dit qu’on va saisir les Nations Unies sur ce qui s’est passé au stade. C’est moi qui ai pris cette décision, on ne me l’a pas imposée. C’était pour une question de transparence’’.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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