Fistule obstétricale, un problème de santé publique en Guinée : ‘’De nombreuses femmes en souffrent’’, selon Dr Ben Youssouf Keita
En Guinée, de nombreuses femmes continuent de subir de graves complications pendant l’accouchement, entraînant la fistule obstétricale, et ce, malgré les efforts fournis par les pouvoirs publics pour l’accès aux soins de qualité. Selon le docteur Ben Youssouf Keita, ces complications sont souvent liées à l’absence de suivi régulier de la femme enceinte par un spécialiste ou aux mariages précoces des jeunes filles.
Dans un entretien accordé à notre rédaction ce jeudi, ce médecin est largement revenu sur les causes et conséquences de cette maladie qui engendre, chez certaines patientes, des problèmes psychologiques. Elles sont parfois victimes de rejet social et confrontées à la stérilité.
VisionGuinee : Qu’est-ce qu’une fistule obstétricale ?
Dr Ben Youssouf Keita : Une fistule, d’abord, c’est la communication entre deux organes, qu’ils soient pleins ou vides. La fistule obstétricale, c’est la communication entre le vagin et la vessie, entre le vagin et le rectum, ou encore entre la vessie et le rectum. On l’appelle fistule obstétricale chez la femme, car elle survient généralement pendant l’accouchement, notamment en cas de difficultés. Lorsqu’il y a une dystocie fœto-maternelle et que la femme n’est pas prise en charge rapidement au bloc opératoire, cela peut se produire, surtout si aucune sage-femme ne s’occupe correctement de la parturiente.
Lorsque les efforts de poussée ne suffisent pas et que la tête ou le corps de l’enfant restent bloqués au niveau du bassin, cela comprime la vessie. Comme celle-ci est fragile, il peut en résulter une nécrose, provoquant une communication, appelée fistule, entre la vessie et le vagin. L’urine s’écoule alors par le vagin sans contrôle. C’est la fistule vésico-vaginale, la plus fréquente.
Dans le cas d’une fistule recto-vaginale, plus rare, les selles peuvent s’écouler par le vagin. Quant à la fistule vésico-rectale, elle permet aux urines de s’écouler par la voie rectale.
Une femme suivie régulièrement par un gynécologue peut-elle être touchée ?
C’est précisément pour éviter ce genre de complications qu’existe la consultation prénatale. La sage-femme suit l’évolution de la grossesse, le poids du bébé par rapport au bassin de la mère, et parfois l’échographie permet de connaître la position du fœtus. Avant les 36 semaines, le personnel médical peut déterminer si l’accouchement se fera par voie basse ou par césarienne.
Si le suivi n’est pas effectué correctement, si les rendez-vous ne sont pas respectés ou si la femme choisit d’accoucher hors des structures appropriées, elle risque de se retrouver entre les mains de matrones. En cas de disproportion fœto-maternelle, c’est-à-dire quand le bébé est trop gros pour le bassin, l’accouchement sera difficile et prolongé, et les pressions exercées peuvent provoquer une fistule.
D’autres causes incluent les mariages précoces, qui exposent des jeunes filles dont les organes ne sont pas encore matures, ainsi que la malnutrition qui fragilise l’organisme. Dans tous les cas, l’absence de prise en charge rapide par césarienne accroît le risque, surtout pour la fistule vésico-vaginale.
Quels sont les risques pour ces femmes ?
La fistule vésico-vaginale provoque une incontinence urinaire permanente. L’odeur d’urine engendre une gêne importante, altère la vie conjugale et entraîne souvent un rejet social. Pour les fistules vésico-rectales ou recto-vaginales, les selles peuvent passer par le vagin, entraînant infections et odeurs, avec un fort impact psychologique.
Sur le plan reproductif, l’incontinence et la présence d’urine contenant de l’ammoniaque peuvent nuire à la fertilité en détruisant les spermatozoïdes, même si la femme ovule normalement.
La fistule obstétricale, un problème de santé publique ?
Oui. Il s’agit bien d’un problème de santé publique, car de nombreuses femmes en souffrent. Avant le déploiement massif des sages-femmes dans les préfectures et sous-préfectures, les cas étaient nombreux. La décentralisation et l’augmentation des structures équipées ont permis de réduire l’incidence, mais le problème persiste.
Existe-t-il un traitement adapté ?
Oui. Le traitement est exclusivement chirurgical. Il s’agit de réparer la malformation anatomique par intervention médicale.
Quels conseils donneriez-vous aux femmes ?
Il faut respecter scrupuleusement les rendez-vous prénatals, consulter régulièrement une sage-femme ou un médecin accoucheur, et accoucher uniquement dans des structures adaptées, notamment les centres de santé, hôpitaux préfectoraux ou régionaux, CHU, ou cliniques privées équipées ; éviter à tout prix les accouchements à domicile ou chez les matrones.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.info
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