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La pratique de la césarienne comporte-t-elle des risques ? Les précisions d’un spécialiste

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Soutra

De plus en plus fréquente dans les établissements de santé, la césarienne est une intervention qui sauve des vies, mais qui comporte aussi des risques. Le docteur Amadou Sara Camara, gynéco-obstétricien à la maternité de Coyah, revient sur les dangers liés à cette pratique.

VisionGuinee : Depuis quelques années, nous voyons que la césarienne est de plus en plus pratiquée contrairement aux années précédentes. Dites-nous pourquoi ?

Dr Amadou Sara Camara : La césarienne, d’abord, est un acte chirurgical réalisé chez les femmes enceintes lorsque l’accouchement par voie basse représente un risque pour cette femme ou pour le fœtus à naître. Dans les années précédentes, le taux de mortalité était élevé dans les pays d’Afrique de l’Ouest, précisément en Guinée. Cet acte simple sauve des vies, à savoir la maman et le bébé. Cela réduit le taux de mortalité et de morbidité lié aux complications obstétricales chez la femme enceinte. Raison pour laquelle ce taux est devenu un peu plus élevé. Mais le seuil en Guinée n’est pas encore atteint. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le seuil est compris entre 5 et 15 %.

Est-ce que la pratique de la césarienne comporte des risques ?

Comme toute intervention, la césarienne comporte des risques. Il y a des risques à court et à long terme. Pour les risques à court terme, la femme peut saigner au cours de l’intervention. Après la césarienne, les suites peuvent être marquées par une complication de type atonie utérine pouvant entraîner des saignements. Il peut également y avoir des infections. Si la prévention contre les infections n’est pas respectée et que l’environnement n’est pas adéquat, la femme peut développer une infection. Elle peut présenter des complications de type septicémie ou endométrite, et ainsi de suite. À long terme, après deux ou trois ans, la femme peut présenter des adhérences ou une désunion utérine, c’est-à-dire une rupture utérine lors d’une grossesse ultérieure si elle n’est pas bien suivie.

Quelle est la principale cause de mortalité des femmes après la césarienne ?

La première cause, c’est l’hémorragie, comme je l’ai dit. Que ce soit par voie basse ou par césarienne, la première cause de mortalité chez les femmes enceintes reste l’hémorragie. C’est à cause de cela qu’une mesure de gratuité a été instaurée dans notre pays. Quand une femme saigne et que des frais sont exigés à côté, cela contribue à retarder la prise en charge, ce qui peut entraîner sa mort. Ensuite, il y a les infections, qui peuvent se terminer par une septicémie, c’est-à-dire l’envahissement total du corps par des bactéries, nécessitant une prise en charge lourde et multiservices avec réanimation avancée. Il existe aussi un risque rare de déséquilibre lié à l’anesthésie, même si avec l’avènement de l’anesthésie moderne (péridurale ou rachianesthésie), ce risque est moindre.

Souvent, certaines femmes accouchent par voie basse pour la première naissance, mais pour la deuxième ou les suivantes, on leur recommande une césarienne. Pourquoi ?

Cela dépend de plusieurs facteurs. Une femme peut avoir quatre maternités sans problème. Mais lors de la cinquième, la position de l’enfant peut ne pas être favorable, par exemple en présentation transverse, rendant l’accouchement impossible. Ou bien elle peut développer une hypertension artérielle au cours de sa grossesse. Si le diagnostic posé est une pré-éclampsie sévère ou une éclampsie, il faut accoucher la femme rapidement. Si l’accouchement par voie basse risque de prendre trop de temps, on opte pour la césarienne.

Cela dépend aussi des pathologies sous-jacentes. Par exemple, une femme ayant eu trois maternités normales peut, par la suite, développer une maladie cardiaque. Lors d’une quatrième grossesse, elle court alors un risque d’infarctus au cours de l’accouchement. Dans ce cas, il vaut mieux programmer une césarienne.

Certains estiment que la pratique de la césarienne est parfois une manière de limiter les naissances plutôt que de sauver des vies. Que pensez-vous de cela ?

La césarienne est une intervention chirurgicale. Quand elle se passe bien, on peut aller jusqu’à sept césariennes pour une seule femme si les interventions se déroulent dans de bonnes conditions. Lors d’une deuxième césarienne, on évalue l’utérus. S’il n’y a pas d’adhérences et que l’utérus n’est pas trop fragile, on peut conseiller une nouvelle grossesse. Avec la planification familiale, on recommande à la femme de se reposer après un accouchement, afin de préserver la santé de l’utérus et de réduire les risques.

La césarienne ne limite donc pas forcément le nombre d’accouchements. Mais il faut savoir que, qu’il s’agisse d’accouchements par voie basse ou par césarienne, au-delà de 5 à 6 grossesses, la femme est plus exposée aux complications comme la rupture utérine, l’hématome rétro-placentaire, etc. C’est pourquoi, il est important de recourir à la planification familiale pour reposer l’utérus.

Il est souvent reproché à des médecins de pratiquer la césarienne alors qu’elle n’était pas nécessaire. Qu’en est-il ?

C’est possible. Comme dans tout métier, il faut bien apprendre et savoir appliquer ses connaissances. Beaucoup de femmes, aujourd’hui, n’acceptent pas la douleur de l’accouchement. Dès qu’elles arrivent, elles réclament une opération. Mais si, en tant que clinicien, vous constatez que le bassin est normal, que la présentation est bonne et que le travail peut se dérouler normalement, il faut laisser la femme accoucher par voie basse.

Le diagnostic est déterminant. Une erreur peut arriver, mais dans certains cas, même si la femme pouvait accoucher, son état clinique présente des risques qui imposent la césarienne. Par exemple, une pré-éclampsie sévère avec un score de Bishop défavorable. Si la prise en charge est retardée, une multipare peut accoucher avant d’entrer au bloc. Ce n’est pas une faute, mais il faut toujours évaluer correctement et suivre la patiente.

Merci Dr Camara.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
00224 621 85 28 75/djiwo.barry@visionguinee.info

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