Lors d’une conférence de presse qu’il a animée au siège de son parti à la Minière ce jeudi 17 février, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, visé par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), est revenu sur l’opération de vente de la compagnie Air Guinée.
Cellou Dalein Diallo dénonce un acharnement contre sa personne et accuse ces détracteurs de passer par tous les moyens pour ternir son image. Extraits.
Il y a des mains noires derrière. Parce que vous devez vous interroger pourquoi Air Guinée, il y a 20 ans que ce dossier de privatisation a été réalisé, j’allais dire même achevé. Il est important de rappeler aux jeunes avant 1985, nous étions dans un régime socialiste. Toutes les activités de production, commercialisation étaient mené par l’Etat à travers des entreprises publiques.
Après le discours du général Lansana Conté de décembre 1985 optant pour le libéralisme économique et politique, on a décidé de désengager l’Etat des activités de production et de commerce.
La décision a été prise de privatiser toutes les entreprises publiques, de laisser le soin au secteur privé d’assurer l’approvisionnement et la distribution des biens à l’intérieur du pays et la production également, le développement d’un tissu social même si le gouvernement peut apporter par des mécanismes transparent son soutien aux investisseurs dans le secteur. C’est ainsi que presque toutes les entreprises ont été fermées ou privatiser.
Parmi les premières cibles des institutions de Bretton Woods, il y avait Air Guinée, l’Huilerie de Dabola, ENTAG, la scierie de Niandan, l’usine de Kenkéla, la scierie de Nzérékoré, la CIPAR se Labé, l’usine de petits outillages de Mamou, la conserverie de Mamou, la briqueterie de Kankan, l’usine de granite de Manéah, le complexe textile de Sanoyah. Il y avait un portefeuille d’entreprise qui gérait toute l’économie. On a dit qu’il faut privatiser ou fermer et cette politique était assumée par le gouvernement.
Le président Sékou Touré venait d’acquérir trois Boeing sortis d’usine en 1981. Il y avait un Boeing 707, 727 et 737. Ils ont dit que les compagnies aériennes dans toute l’Afrique avaient des difficultés. Il y avait Air Nigeria, Air Zaïre, Air Sénégal N°1, Air Ivoire N°1, après il y a eu numéro 1 et 3 parce qu’il y a eu beaucoup qui ont étés liquidés et on a créé d’autres entreprises mais qui n’ont jamais prospéré. Donc ils ont commencé cette liquidation par la vente de deux avions.
Ce monsieur Babacar Ndiaye qui était le ministre des Transports, le 707 et le 727, il y a eu des investisseurs nigérians qui sont venus acheter. J’étais loin d’être ministre dans le gouvernement, c’était en 1987. Ils ont dit il faut laisser un avion pour le président de la République qui voyage. On lui a laissé le 737 mais on n’a pas achevé la liquidation de Air Guinée. Air Guinée se retrouve avec un avion qui est à la fois l’avion du commandement du président et le seul avion de Air Guinée. Le président voyageait beaucoup à l’époque, s’il va pour une semaine, il n’y a pas de transport.
En 2000, le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale sont revenus sur la charge qu’il faut achever cette privatisation. En 1992, on a pris un décret pour faire de Air Guinée une entreprise à participation publique pour ouvrir son capital à des repreneurs éventuelles. On n’a pas eu de repreneurs, moi-même j’ai essayé de négocier avec Royal Air Maroc qui a dit que le marché guinéen était trop petit, puisque l’aéroport de Conakry a environ 300 mille passagers, lorsque les aéroports de Sénégal et Côte d’Ivoire étaient à plus d’un million de passagers.
Finalement, le FMI et la Banque mondiale sont revenus à la charge. Un dossier a été présenté au conseil des ministres qui approuvé la privatisation de Air Guinée. C’est dans la mise en œuvre de cette privatisation puisque la Banque mondiale a envoyé un expert pour aider à la rédaction d’un cahier de charges et d’un dossier d’appel d’offres. L’expert était en Guinée lorsque le président m’a appelé, je l’ai trouvé avec Mamadou Sylla. Il m’a dit ‘vous êtes en train de vendre mon avion’. Je dis oui président, le conseil des ministres a décidé. On a demandé à la Banque mondiale de nous envoyer expert qui est en train de nous aider. Il a dit ‘non il ne faut pas faire ça, on a vendu les deux premiers avions à des étrangers. Mamadou Sylla veut acheter, il faut le lui vendre’. Je me suis opposé tout de suite devant Mamadou Sylla qui a témoigné. Je ne vais pas répéter tout ce que j’ai dit au point que le président s’est fâché parce qu’il y avait des conflits connus entre Mamadou Sylla et moi. Le président a pensé que c’est parce qu’il y avait des conflits entre nous, que je m’opposais à sa décision. Mais en réalité, c’est parce que je connaissais la complexité du transport aérien. Je lui ai dit devant le président ‘si tu prends Air Guinée, tu perdras ton argent et Air Guinée risque de disparaitre, c’est trop compliqué’.
Le président a dit ‘s’il veut acheter, on ne vendra pas l’avion à un étranger, on le lui vendra’. J’ai répondu que je ne suis pas chargé de la privatisation. Je suis sorti informer Cheick Camara qui a tenté de convaincre le président, il a dit ‘c’est mon avion de commandement, je le vends à Mamadou Sylla’. Il a pris un décret, il a signé. La mise en œuvre de privatisation, c’est du domaine des Finances. (…) C’est moi en tant que ministre en charge de l’aviation civile qui gère les droits de trafic. Il fallait transférer à Air Guinée Express les droits de trafic. J’ai signé, mais avant, j’ai vérifié que les prix étaient bons. Puisqu’on ne pouvait pas me soupçonner de complaisance avec Mamadou Sylla compte tenu, je ne dirai pas de l’animosité mais des contradictions qui nous opposaient. Donc j’ai signé la convention, mais l’opération de liquidation Air Guinée, tout s’est passé au ministère des Finances, c’est lui qui a fixé les prix et c’est lui qui devait encaisser l’argent.
Je pense que l’avion était déjà en Israël en révision ou en réparation. Il est important d’abord de situer l’opération dans le cadre d’une politique générale de désengagement de l’Etat de la privatisation des entreprises publiques ou de fermeture. Je ne vais pas me défendre, j’explique simplement parce que j’étais acteur, avant d’être ministre, j’étais membre de la cellule d’appui au comité de coordination économique et financière, je sais comment les choses se sont passées.
Pourquoi on est remonté jusqu’en 2002, pourquoi pas en 1987 ? Pourquoi dans le cadre des opérations de lutte contre la corruption, on va jusqu’en 2002? Il faut vous poser la question. Parce qu’il y a des dossiers récents avec des témoins. Et lorsqu’on a fait tomber un régime, on a bien envie de démontrer qu’on a bien fait, en mettant en évidence la corruption et la délinquance financière qui prévalaient. Pourquoi moi ? Cet harcèlement politico-judiciaire, il faut s’interroger.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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