L’ex-député Ben Youssouf Keita à la barre : ‘’Nous avions confiance en Dadis, il était comme un idole’’
Cadre de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) au moment des faits, Ben Youssouf Keita confirme sa présence au stade le 28 septembre 2009. Cet ancien député du parti de Cellou Dalein Diallo explique ce qui a poussé les forces vives d’alors à appeler à cette manifestation contre une éventuelle candidature de Dadis Camara à l’élection présidentielle. Lisez son témoignage…
« Permettez moi de rendre hommage aux victimes qui ont été blessées dont ma propre femme, des femmes violées dont j’ai eu à soigner en tant que médecin après le 28 septembre. Je suis un homme politique et aujourd’hui, je suis président d’un parti politique qui s’appelle Alliance pour le changement et le progrès (ACP). Mais il y a 13 ans, j’étais dans un autre parti qui s’appelle UFDG.
Monsieur le président, aujourd’hui, on se posera la question de savoir pourquoi après 13 ans, c’est aujourd’hui que je me présente et de manière spontanée à la barre. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première, je ne me plants pas de mon sort. Parce que le 28 septembre, quand j’ai décidé de quitter ma maison pour aller au stade, j’y suis allé en connaissance de cause en sachant des risques que je courais. Comme on le dit, qui ne risque rien n’a rien. Mon sort, je me suis accommodé. Cependant, mon épouse qui a souffert le martyr, a comparu devant Human Rights Watch. Cela m’a soulagé parce que quelque par,t elle représentait les victimes. Chez moi, j’ai reçu Mme Asmaou Bah de AVIPA. C’est dans ma maison qu’elle a été confirmée présidente de cette association. Pour nous, c’était déjà largement suffisant pour que nous ayons de personnes dignes de confiance qui peuvent porter la voix de toutes les victimes.
Monsieur le président, étant responsable d’un parti qui est un des plus grands partis en Guinée l’UFDG, nous avons apprécié l’arrivée au pouvoir du CNDD après la mort du Général Lansana Conté. Ça a été une liesse parce que le président qui a pris le pouvoir, était apprécié de tous les guinéens sans exception. Il portait un espoir. Nous avions confiance en lui. Il était comme un idole. Nous avons observé un vent de liberté dans tous les sens qui planait sur la Guinée. Son équipe, durant les premiers mois, a fait un beau travail, mais le plus important pour un homme, c’est sa parole.
Si nous avons apprécié le travail de l’équipe dirigée par le chef de l’Etat d’alors, le capitaine Moussa Dadis Camara, que je respecte, s’est engagé comme aujourd’hui le CNRD s’engage à lutter contre la gabegie, le détournement de deniers publics, à lutter farouchement contre la drogue et à s’intéresser aux activités sociales, c’est-à-dire l’eau, le courant.
A l’arrivée du Capitaine Dadis, il n’y a pas un quartier qui n’a pas connu de bitume. Il n’y avait pas un café de Conakry où il n’y avait pas eu forage. Et nous, en tant patriotes, nous étions fiers de cela. Mais en politique, nous savions qu’un régime militaire est toujours un régime militaire. Les militaires sont faits pour les casernes, pour défendre la nation, pour assurer la sécurité de l’Etat, du pays et tout ce qui est dans le pays. La politique, c’est pour les civils.
Le président du CNDD l’avait bien compris quand il a pris le pouvoir en déclarant librement qu’il n’était pas venu pour se pérenniser au pouvoir. Donc, nous avons tous adhéré à cela.
Malheureusement, nous ne savons pas par quel sort nous avons vu des signaux qui nous indiquaient clairement que l’homme allait renier à ses engagements promises. Ce qui naturellement attira l’attention des forces vives. Je veux parler du syndicat, des partis politiques, des organisations de la société civile. Nous avons fait des pieds et mains pour que les organisations qui avaient commencé à pousser par-ci par-là pour pousser l’homme à renier à ses engagements disparaissent et que comme promis, que notre sauveur à l’époque le capitaine Dadis retire sa parole quitte à aller aux élections plus tard comme ATT l’a fait au Mali. Malheureusement, les sirènes ont continué à résonner. Et nous avons décidé donc de nous faire attendre mais de manière pacifique ».

