Né au camp Boiro, Daniel Philippe de Sainte-Marie se confie : ‘’Sékou Touré, le tyran, fait partie de notre histoire’’
[dropcap]A[/dropcap]ccusée de complot, Néné Kassé a été arrêtée en 1971 par le régime Sékou Touré et emprisonné au camp Boiro. Hôtesse de l’air de profession, elle donnera naissance à Daniel Philippe de Sainte-Marie qui passera 6 ans aux côtés de sa génitrice dans les geôles.
Ce vendredi, devant la presse, il a lancé un cri de cœur aux autorités pour faire toute la lumière sur les exactions commises sous le règne de Sékou Touré. VisionGuinee vous propos des extraits de son intervention.
« Ma mère n’était pas une élite, elle avait 25 ans quand elle a été arrêtée. Je n’ai jamais compris pourquoi elle était en prison. Ça démontre un peu le côté cynique [du régime de Sékou Touré]. Elle était juste une hôtesse de l’air (…). Beaucoup veulent occulter ce qui s’est passé. On veut faire croire qu’il n’y a rien eu dans ce camp et ceux qui sont morts, qui y étaient emprisonnés, c’était de leur faute. A l’époque, il n’y avait pas de justice. On avait une justice extrajudiciaire. C’est tout. On a juste condamné des gens.
Même s’il y a des gens qui ont fait une erreur, est-ce qu’une personne mérite qu’on lui prive de nourriture, qu’on la laisse mourir de faim ou de soif ? C’est quoi cette justice ? Je ne comprends pas et je ne cherche pas à comprendre.
Ma mère s’en est sortie avec moi par la grâce de Dieu. Je ne suis pas le seul enfant qui soit passé par là, mais le seul qui soit resté là-bas. J’ai fait toute la peine de ma mère. J’ai grandi là-bas.
On a mis des gens en prison de manière arbitraire. De nos jours, il ne s’agit pas de réconciliation, mais de vérité. Je n’en veux pas à quelqu’un. Mais il y a des personnes derrière qui veulent détourner l’histoire, qui la façonne à leur manière. Ce que nous réclamons, c’est la restauration de la vérité. Sékou Touré, le tyran, fait partie de notre histoire. Il a été le premier président de la Guinée indépendante. Tous les gens qu’il a tués doivent être réhabilités. Il faut qu’on comprenne qu’il y a des gens qui ont souffert.
Beaucoup de gens ne se rappellent même pas que je suis né au camp Boiro. Aujourd’hui, le camp Boiro a été détruit. Ce sont des choses qu’il ne faut pas faire. Tout ce qui se passe aujourd’hui est le fruit de la colère de l’histoire. S’il y a de l’impunité jusqu’à présent, c’est parce qu’on ne cherche pas à régler les choses. On fait toujours des petits arrangements. Il faut que cela s’arrête ».
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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