Quand le passé garantit une immunité politique à vie : Elhadj Aziz Bah et la défense d’Ousmane Gaoual Diallo
Ah, Ousmane Gaoual Diallo…martyr d’hier, ministre d’aujourd’hui, et peut-être demain saint-patron de la loyauté à géométrie variable. À en croire Elhadj Aziz Bah dans sa tribune intitulée « Ousmane Gaoual Diallo : quand la loyauté devient un fardeau », nous devrions tous nous lever pour applaudir un homme qui aurait troqué la dissidence contre un micro gouvernemental, au nom d’un noble sacrifice : servir la République. Rien que ça.
Mais attention, ne vous y trompez pas. Si vous osez critiquer ce parcours sinueux, c’est que vous êtes prisonnier de vos émotions, victime d’un mal guinéen tenace : la confusion entre l’homme et la fonction. Car voyez-vous, en Guinée, on ne juge pas les actes, mais les intentions supposées. Et surtout, on oublie que la loyauté, quand elle devient une stratégie de carrière, n’est plus une vertu : c’est un reniement maquillé. Et notre « martyr », à force de jouer les fidèles, finit par ressembler à un opportuniste bien déguisé.
- Bah Aziz, nous dit qu’Ousmane Gaoual a souffert, qu’il a été persécuté, emprisonné. C’est vrai. Mais depuis quand le passé garantit-il une immunité politique à vie ?
À ce rythme, chaque ancien opposant africain en général et guinéen en particulier devrait recevoir un totem d’immunité et un poste ministériel en prime. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas absoudre l’ancien président Alpha Condé de toutes ses erreurs (un euphémisme) y compris celles qu’il a lui-même reconnues à demi-mot ?
La nouvelle doctrine selon M. Bah Aziz : plus tu as été victime d’un pouvoir, plus tu peux devenir acteur sans jamais être coupable.
Quant à ceux qui osent pointer les contradictions, ils sont accusés de nourrir le système. Ironique, non ? Car pendant que M. Bah Aziz nous sermonne dans sa tribune susdite sur la nécessité de combattre les causes et non les hommes, il nous demande de sanctifier un homme au nom de ses choix…personnels.
Alors oui, trop c’est trop. Trop de victimisation sélective, trop de morale à sens unique, trop de tribunes déguisées en plaidoyers pour justifier l’injustifiable. La Guinée mérite mieux qu’un théâtre d’ombres où chaque acteur joue tour à tour le résistant, le ministre, puis l’incompris.
Quand on confond loyauté et opportunisme, il ne faut pas s’étonner que le peuple confonde admiration et indignation.
Et puisque vous y êtes, M. Bah Aziz Elhadj, une question s’impose : le général Mamadi Doumbouya ne serait-il pas, lui aussi, victime du même système ? Car, comme chacun sait, le système n’a pas de visage. Mais il a ses favoris.
M. Bah Aziz Elhadj, nouveau “spin doctor” ou doreur d’image auto désigné ou encore nouveau façonneur de récit au service du président Cellou Dalein Diallo, se découvre soudain une vocation inattendue : défendre un homme politique dont l’aversion déclarée pour ce même président est de notoriété publique. Cherchez l’erreur. À moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse simplement de jouer sur tous les plateaux à la fois.
Taliby Diané

