Il fut un temps où les peuples d’Afrique plaçaient en la CEDEAO et l’Union africaine un espoir immense : celui d’un bouclier contre l’arbitraire, d’une force morale au service de la démocratie, d’un levier de souveraineté collective face aux puissances extérieures. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette noble ambition ? Peu, très peu. Voire rien.
Le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025 en Guinée aurait pu — aurait dû — être un test de crédibilité pour ces institutions. Il offrait une opportunité historique d’incarner les principes que ces organisations brandissent dans leurs chartes : transparence électorale, respect de la souveraineté populaire, rejet des fraudes et des simulacres. Au lieu de cela, nous avons eu droit à un silence complaisant, parfois rompu par des déclarations timides, voire gênantes, qui confinent à la complicité.
Quand 981 bureaux de vote sont ignorés dans les décomptes officiels, comment peut-on parler d’un scrutin « globalement satisfaisant » ?
Quand l’opposition politique dénonce, preuves à l’appui, des irrégularités massives, et que la société civile indépendante est muselée, où est la CEDEAO ? Où est l’UA ?
Ce silence n’est pas neutre. Il est coupable. Il participe à la banalisation du déni démocratique. Il envoie un message désastreux aux peuples africains : celui selon lequel les principes sont négociables, et que les institutions africaines peuvent détourner le regard quand la démocratie vacille, pour peu que cela serve une stabilité de façade ou les intérêts de quelques dirigeants en place.
Ce n’est pas seulement une trahison des peuples, c’est une trahison de l’histoire.
Aimé Césaire disait : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. » Il est temps que les peuples africains reprennent la parole, car visiblement, ceux qui prétendent les représenter dans les hautes sphères du continent ont perdu la leur — ou l’ont vendue.
Nous exigeons des institutions continentales qu’elles cessent d’être des chambres d’enregistrement pour régimes installés. Nous attendons d’elles du courage, de la rigueur et de la redevabilité.
Tant que la CEDEAO et l’UA ne rompront pas avec ce laxisme complice, elles resteront des coquilles vides, incapables de résister à la colère froide de peuples trahis.
Et à ceux qui pensent que les peuples oublieront, nous disons : l’Histoire a de la mémoire. Et elle ne pardonne pas les silences qui coûtent la démocratie.
Boubacar Dieng
Un citoyen libre, lucide, et profondément africain

