Un témoin raconte le film de l’enlèvement de Néné Oussou Diallo, militante de l’UFDG : ‘’Elle savait qu’elle était recherchée…’’
Néné Oussou Diallo a été enlevée par des hommes en uniforme, cagoulés et armés. Acceptant de s’exprimer sous le sceau de l’anonymat, un témoin de la scène est revenu sur le déroulement de l’enlèvement de cette militante de l’UFDG. Lisez son témoignage…
« Ce n’est pas hier nuit, c’est aujourd’hui [vendredi 9 janvier], aux environs de 9h. Trois Land cruisers 4×4 de couleur blanche et une voiture de couleur bleue, sont arrivés dans le quartier en trombe. Ils se sont arrêtés dehors et ont foncé.
Nené Oussou était assise sur sa terrasse avec une fille soi-disant venue pour faire une décoration pour une cérémonie. Mais selon certains témoins, cette dernière était l’indic des autres. Elle était en train de prendre son déjeuner et était prête pour un mariage.
C’est à ce moment-là que ces hommes ont pris d’assaut la concession. Ils sont rentrés et l’ont capturée. Elle a crié en langue pular : ‘Aidez-moi, on m’a kidnappée’. Mais le temps pour nous de réagir, ils l’avaient déjà mise dans une voiture et l’ont envoyée vers une destination inconnue.
Nous n’avons aucune information concernant sa destination. Nous avons tenté de la joindre par téléphone, mais sans succès pour le moment.
Avant les élections, elle m’avait dit qu’elle était recherchée par les éléments du pouvoir. Mais peut-être pensait-elle que c’était lié aux élections. Après les élections, elle pensait qu’elle ne serait pas arrêtée. C’est aujourd’hui, à notre grande surprise, qu’elle a été kidnappée pour une destination inconnue. Elle savait qu’elle était recherchée. J’ai même suivi des blogueurs depuis les États-Unis qui ont dit qu’elle était recherchée et que des gens voulaient l’arrêter. Et c’était imminent.
Les 4×4 qui sont venus ici ne sont même pas immatriculés. Les personnes qui sont venues étaient cagoulées. Et c’est à nous que revenait le rôle de fournir des informations. Nous ne savons pas ce que nous pourrions dire à la police. Parce que quand on se dirige vers la police ou vers le quartier, c’est pour leur donner des informations en vue d’une enquête, alors que nous n’avions aucune information à ce sujet. C’est pour cela que nous n’avons pas essayé de chercher des indices ou autres.
Ce sont des hommes cagoulés qui sont venus. Et ils étaient en tenue militaire. Si là où nous allons pour déposer une plainte, des gens qui sont censés nous défendre viennent pour nous arrêter, vers qui devons-nous aller ? C’est pour cela que nous ne sommes allés nulle part.
Ils n’ont rien cassé. Lorsqu’ils l’ont prise, elle a voulu se débattre. Trois militaires sont intervenus. L’un l’a prise par la gorge, l’autre par les hanches, et le troisième par les pieds. Ils l’ont emmenée brusquement pour la mettre dans le véhicule.
C’est très difficile de lancer un appel aujourd’hui. Ce que nous voulons, c’est qu’on nous aide à la retrouver. Parce que nous estimons que c’est une citoyenne de ce pays. Elle a le droit de s’opposer. Elle a le droit de parler. C’est le droit le plus basique, je crois.
Depuis quelques années, vous voyez des personnalités éminentes de ce pays, enlevées sans que rien n’en sorte, qu’est-ce que vous diriez pour un citoyen lambda, une personne ordinaire ?
C’est pour cela que nous ne sommes allés nulle part pour voir si nous pouvons faire quelque chose pour nous ».
Par Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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