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42 ans après…Dr Lansana Béavogui, symbole de la fidélité et de l’intégrité

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Soutra

Symbole de la fidélité et de la loyauté au Président Ahmed Sékou Touré, le premier Premier ministre de la République de Guinée, Monsieur ou le Camarade, pour reprendre l’appellation officielle du régime du Parti-État, Dr Lansana Béavogui est né en décembre 1923 à Macenta, d’où il est originaire.

Détenteur du record de longévité, non battu à ce jour, à ce poste (1972-1984), soit 12 ans, il a été et demeure l’une des rares exceptions qui confirment la règle que le Pouvoir ne se partage pas.

Inscrit au cours d’enseignements primaires de la localité, il poursuivra ses études à la prestigieuse École normale William Ponty de Dakar, où il retrouvera l’un de ses compatriotes et amis, Dr Elhadj Abdoulaye Touré. Le futur Premier ministre et son futur ministre des Affaires étrangères deviendront, à l’issue du cycle scolaire, médecins.

Fervent militant du PDG dès les premières heures, le très jeune Töma est élu maire de Kissidougou, au pays Kissien, avant de devenir député à l’Assemblée territoriale en janvier 1956. Après l’accession du pays à la souveraineté internationale, le 2 octobre 1958, le compagnon de l’indépendance entre au gouvernement comme ministre des Affaires économiques et de la Planification. En 1961, il change de portefeuille et occupe celui, très stratégique, des Affaires étrangères.

En 1969, Dr Lansana Béavogui redevint ministre de l’Économie, poste qu’il occupera jusqu’au 25 avril 1972, date à laquelle le Président Ahmed Sékou Touré crée et nomme Lansana Béavogui au poste de Premier ministre.

Lors d’un réaménagement gouvernemental quelques années plus tard, il devint Premier ministre chargé du Plan et de la Statistique.

Le Premier ministre Lansana Béavogui occupera cette haute fonction au sommet de l’État jusqu’à la mort du Président Ahmed Sékou Touré, le 26 mars 1984.

Cette période durant, sans tambours ni trompettes, il joue, dans l’ombre mais pleinement, un rôle de premier ordre au sommet de l’État.

Loin d’être un simple figurant, le Premier ministre qu’était Dr Lansana Béavogui a été intimement associé à l’initiation de toutes les importantes décisions du pays, à l’exercice de remaniement ou de formation de Gouvernement à chaque fois que le Président de la République a éprouvé le besoin ou la nécessité de le faire, et aux choix des cadres pour toutes les fonctions politiques, administratives et diplomatiques.

En ces années 1970 de pleine guerre froide et de brouille avec la France, de tension avec les voisins du Sénégal et de la Côte d’Ivoire où le Responsable Suprême de la Révolution semble atteint d’une certaine hodophobie, c’est bien le Premier ministre Dr Lansana Béavogui qui incarne la République de Guinée sur la scène internationale. Il représente le pays aux différents sommets des chefs d’État et de gouvernement, notamment de l’OUA, de la CEDEAO et de l’ONU, et effectue des missions d’État au nom de la Guinée.

À son actif, de nombreuses réalisations socio-économiques et, il faut particulièrement mentionner la mission de levée de fonds qu’il a conduite dans les années 1970 avec succès dans les pays du Golfe Arabique, en récoltant des dizaines de millions USD destinés au financement des unités industrielles qui ont malheureusement subi un triste sort pour le pays sous l’effet des prédateurs et véreux cadres ayant abusé de la naïveté des néophytes militaires du CMRN après le coup d’État du 03 avril 1984.

Informé, le 26 mars 1984, à partir de Cleveland par le ministre des Affaires étrangères et condisciple, Dr Elhadj Abdoulaye Touré, du décès du Président Ahmed Sékou Touré, la réaction du Premier ministre Dr Lansana Béavogui est déjà celle d’un Homme d’État conscient de son nouveau statut.

Il fixe le calendrier du rapatriement du corps pour le mercredi 28 mars et exige des autorités américaines le respect du droit absolu des officiels guinéens par rapport à l’annonce publique de la disparition physique du Responsable Suprême de la Révolution.

Ainsi, d’une voix marquée par l’émotion, le Premier ministre, tôt le mardi 27 mars, diffuse la nouvelle choc sur les antennes de la Voix de la Révolution :

«Peuple de Guinée
Peuple d’Afrique
Peuple du monde

Le Bureau Politique National du Parti Démocratique de Guinée porte à la connaissance du Peuple militant et croyant de Guinée, la nouvelle tragique ci-après :

À la suite d’une attaque cardio-vasculaire survenue dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars 1984, le Camarade Ahmed Sékou Touré, Responsable Suprême de la Révolution, Président de la République Populaire Révolutionnaire de Guinée, a été transporté immédiatement à l’hôpital de Cleveland aux États-Unis d’Amérique où ont été entrepris des examens approfondis.

Les examens ont prouvé l’existence d’une dissection étendue de l’artère aorte, toujours fatale en l’absence d’intervention chirurgicale urgente. C’est au cours de cette intervention que DIEU LE TOUT-PUISSANT a rappelé en lui, le grand révolutionnaire, le sincère croyant que fut le Président Ahmed Sékou Touré. Il était 20 heures 23 minutes, temps universel, le lundi 26 mars 1984…».

Le corps arrive le 28 mars et, le vendredi 30 mars 1984, entouré de nombreux chefs d’État et de gouvernement du monde de l’époque, notamment les Présidents Houphouët-Boigny, Abdou Diouf, Hosni Moubarack, Julius Nyerere, Keneth Kaunda, Samora Moïse Machel, Hissène Habré, Gnassingbé Eyadema, Denis Sassou NGuesso, Mathieu Kérékou, Samuel Doe, Seyni Kountché, Moussa Traoré, João Bernardo Vieira Nino, Dawda Kairaba Jawara, Aristides Pereira, Omar Bongo, José Eduardo dos Santos, le Prince Mohammed VI, le Prince Norodom Sihanouk, le Président de l’Autorité Palestinienne, Yasser Arafat, le vice-président américain Georges Bush (père), le Premier ministre français Pierre Mauroy, le secrétaire général de l’ONU Javier Perez de Cuellar, le secrétaire général de l’OUA Peter Onu, le secrétaire général de l’OCI Habib Chatty, etc., il coordonne les obsèques jusqu’à l’inhumation.

Face à la vacance du pouvoir, le Président de l’Assemblée populaire nationale, Damantang Camara, proclame, le 27 mars 1984, son élévation au rang de Premier ministre, Chef du Gouvernement, et assume, à ce titre et à partir de ce jour, l’intérim du Président de la République.

Contrairement à la version officielle du CMRN relative à une guerre de succession entre Ismaël Touré et Lansana Béavogui pour justifier le coup d’État du 03 avril 1984, voici un extrait des témoignages des ministres membres du BPN Hadja Jeanne Martin Cissé, Moussa Diakité et Toumany Sangaré, rapportés par El Hadj Nfanfy Sangaré :

« Le 02 avril 1984, alors que le BPN, dont nous ne sommes pas membres, était en réunion, on se promenait dans Conakry, mon ami Seydou Keïta et moi. À mon retour chez moi, je reçois un appel téléphonique de Hadja Jeanne Martin me demandant d’aller à son domicile à Donka. Arrivé, elle déclare : ‘Nfanfy, nous avons eu une très bonne réunion aujourd’hui. C’est Ismaël Touré qui a proposé de ne pas attendre la fin officielle du deuil national, de profiter de la présence à Conakry des responsables de toutes les instances et structures du Parti-État pour proclamer Lansana Béavogui, Président de la République. De nous tous, il est le mieux placé pour 2 raisons : constitutionnellement, c’est lui le successeur, et puis personne n’était proche du Président Ahmed Sékou Touré que lui. Cette proposition a été adoptée à l’unanimité du Bureau politique. L’assemblée extraordinaire élective est convoquée pour demain’.

De chez elle, je suis venu voir El Hadj Moussa Diakité qui m’a reçu dans sa chambre et m’a tenu le même discours que Hadja Jeanne Martin Cissé.

Dans la soirée, j’étais chez mon frère Toumany Sangaré qui a témoigné dans le même sens. Ces 3 témoignages, similaires à ceux que Saïdou Keïta a pu recueillir auprès d’autres membres du BPN, m’ont rendu confiant et optimiste. Donc, l’argument de mésentente au sein du BPN et notamment entre Lansana Béavogui et Ismaël Touré est fallacieux, faux sur toute la ligne. »

Cependant, le 03 avril 1984, la Guinée se réveille avec le coup d’État du CMRN barrant la route de la succession à Dr Lansana Béavogui au profit du Colonel Lansana Conté.

Détenu à partir de cette date en prison à Kindia puis transféré à Conakry, Dr Lansana Béavogui meurt des suites d’un diabète le 19 août 1984.

Son légendaire amour pour le Président Ahmed Sékou Touré était si sincère et si profond qu’il déclara, le 30 avril 1984, aux obsèques de ce dernier au stade du 28 Septembre, « préférer mourir avant le premier Président Guinéen ». On ne saurait dire mieux pour prouver la nature de ses vrais sentiments.

Le Premier ministre Lansana Béavogui laisse l’image d’un Homme d’État absolument fidèle à ses convictions, un Patriote, un honnête dirigeant, comme la grande majorité de ses compagnons et collaborateurs de l’époque, dans la gestion des affaires et biens de l’État.

Malgré un parcours si riche avec des portefeuilles ministériels qui lui accordaient d’énormes pouvoirs et faveurs, il n’a jamais été tenté par l’enrichissement personnel, ni financier ni matériel, alors qu’il avait toutes les possibilités de le faire. L’intégrité, le sens élevé de l’État et la conscience professionnelle l’ont amené à accorder un caractère sacré aux biens publics.

Difficile, sinon impossible, de montrer aujourd’hui un immobilier à Conakry appartenant au premier Premier ministre guinéen.

Le seul patrimoine personnel connu, un vaste domaine nu à Ratoma, a été racheté à sa famille, il y a plus de 30 ans, par un richissime homme d’affaires libanais.

Autres temps, autres mœurs.

VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, l’accepter dans son éternel Paradis. Amen.

Abdoulaye Condé

 

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