Comme l’écrivait si bien Victor Hugo : « Vous avez bien peu de largeur d’esprit si vous croyez qu’on peut changer d’avis et qu’on ne peut pas changer de cœur. » Alhousseiny Makanera Kaké, lui, a réussi le tour de force d’inverser le principe : il change d’avis au gré du vent, sans jamais faire preuve de la moindre grandeur de cœur, tout en nourrissant une obsession maladive pour ce qu’il ne sera jamais.
En vérité, l’homme semble être le seul à ignorer l’étendue de ses propres limites. Prisonnier de la politique du ventre et du déni, il s’enfonce chaque jour davantage dans l’inconstance et le ridicule. À force de tout renier pour grappiller les miettes du moment, il s’offre un spectacle pour le moins comique : tenter de se donner une stature qu’il n’a pas, tout en s’échinant à salir ceux dont il ne pourrait même pas nettoyer les souliers.
Au sommet de ses vertiges trône El Hadj Cellou Dalein Diallo. La seule évocation du président de l’UFDG semble suffire à faire évaporer le peu de lucidité qui lui reste. Devenu le véritable cauchemar des maîtres du moment, Cellou Dalein est la hantise de Makanera. Dès qu’il s’invite sur un plateau de télévision ou plutôt dès qu’il s’y donne en spectacle pour plaire à son nouveau bienfaiteur, il déverse son fiel sur l’homme qu’il adulait hier encore, lorsqu’après avoir été jeté à la rue par Alpha Condé, il venait pleurnicher et trouver refuge auprès de ce même Cellou Dalein. Mais les girouettes ont la mémoire courte. Courtisan invétéré, Makanera n’hésitera pas, dès la prochaine éclaircie de la météo politique, à retourner sa veste une fois de plus. Il est d’une fidélité exemplaire… à son rôle de bouffon du roi.
Pourtant, le temps n’est pas au vaudeville. Le peuple de Guinée est en deuil. Le bilan provisoire de la catastrophe de la décharge de Dar-es-Salam est lourd : au moins 30 de nos compatriotes ont perdu la vie, de nombreux blessés graves sont à déplorer et des victimes se trouvent encore sous les décombres. Ce drame exigeait un moment de recueillement et d’unité nationale. Malgré les éléments accablants révélant les défaillances de l’État dans la gestion de ce dépotoir, déjà meurtrier en 2017, les acteurs de l’UFDG et de l’ANAD ont fait le choix de la retenue, refusant d’instrumentaliser la douleur des familles endeuillées.
Mais hélas, pendant que les familles pleurent, le politicien du hasard s’en prend à nouveau à sa bête noire. On nous répète sur tous les tons que Cellou Dalein Diallo appartiendrait « au passé », mais cette prétendue « ombre » suffit manifestement à leur donner des insomnies. Sa dernière sortie médiatique a dépassé le million de vues en moins de 24 heures : un rappel brutal de la réalité des chiffres face aux chimères de notre histrion. Dans un pays meurtri par les faux complots, il est irresponsable de raviver des cicatrices encore à vif. On ne combat pas l’ethnocentrisme en inventant des accusations fantaisistes ; on le combat en promouvant les compétences, l’inclusion et la méritocratie.
Ceux que Makanera flatte aujourd’hui avec un zèle suspect devraient s’en inquiéter : l’opinion publique semble l’avoir depuis longtemps relégué au rang de curiosité folklorique. Quelle importance accorder à un soi-disant leader dont le principal soutien semble être sa propre ombre, et qui ose se comparer à des figures bénéficiant d’une légitimité populaire autrement plus établie ? Comme le dit la fable : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. » Tant pis pour ceux qui continuent de le nourrir, au sens propre comme au sens figuré.
Réduit à animer de minuscules clubs de soutien en faveur de causes perdues, Makanera divague. Face à Cellou Dalein Diallo, il n’y a pas de match : d’un côté, un homme d’État à la carrière administrative et politique établie ; de l’autre, un exécutant rongé par ses propres complexes. Les attaques de Makanera glissent sur Cellou Dalein comme l’eau sur les plumes d’un canard. Et, d’ici là, s’il est toujours possible de tenter de cacher le soleil avec la main, personne ne pourra éteindre l’étoile d’un destin en marche.
Souleymane Souza KONATÉ

