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Servir la Guinée ne devrait pas être un crime (Par Kossa Camara)

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Soutra

Les débats sur notre société guinéenne, sur l’avenir que nous voulons et sur le présent que nous construisons sont devenus difficiles.

Pourtant, de nombreuses politiques publiques sont engagées, et le programme Simandou en est la parfaite illustration. Des fils et filles compétents de ce pays travaillent chaque jour à l’émergence de la Guinée. Ce sont souvent des personnes que l’on ne voit pas sur Facebook, que l’on n’entend pas et qui œuvrent dans l’ombre des politiques publiques. Ces artisans de la transformation sont des patriotes au sens le plus pur : ils portent un amour sincère pour leur pays et une volonté inébranlable d’obtenir des résultats.

Or, force est de constater que, trop souvent aujourd’hui, des femmes et des hommes sont considérés comme des traîtres pour la seule raison qu’ils travaillent au sein du gouvernement ou des services publics. Servir son pays est devenu un calvaire numérique : dès qu’une de ces personnes s’exprime, la meute s’abat sur elle. Perçue comme un simple prolongement du président de la République, elle subit, de fait, un harcèlement numérique qui mérite qu’on s’y attarde.

Dans un pays, il y a des dirigeants, leurs soutiens et leurs détracteurs. Il y a aussi les intellectuels, dont le rôle est d’apporter de la lumière et de la réflexion là où elles font défaut. Il y a enfin les journalistes, censés informer et alerter.

Aujourd’hui, pour une meute de cyberharceleurs, tout cela se confond. Ces différences existent pourtant bel et bien, mais la confusion, elle, est totale. Ce qui est dangereux, c’est ce glissement vers la haine.

Sur un tout autre registre

Lorsque des Guinéens, après des années d’études et de pratique professionnelle en Guinée ou à l’étranger, expriment leur volonté de servir leur pays, de rejoindre le gouvernement ou d’occuper une responsabilité importante, cela est aussitôt perçu comme un crime.

Il n’est plus possible de dire publiquement sa volonté de bénéficier de la confiance du chef de l’État, d’obtenir un décret, un arrêté ou une décision de nomination, même lorsqu’on en a la compétence. À ma connaissance, ce débat n’existe nulle part ailleurs qu’en Guinée.

On s’étonne alors de la fuite des cerveaux. On s’étonne de notre retard dans certains domaines. Mais si les Guinéens ne peuvent ni aspirer à des postes de responsabilité, ni l’exprimer clairement et publiquement, qui voulez-vous voir diriger notre pays ? Les cabinets de conseil ? Les lobbys internationaux ? Les grandes entreprises étrangères ? Qui, alors ?

Depuis notre indépendance en 1958, nous avons combattu nos intellectuels. Aujourd’hui, ce sont des jeunes politisés jusqu’aux dents qui s’en prennent, en toute impunité et parfois avec une violence et une virulence inouïes, à ces hommes et ces femmes qui ont consacré leur vie à se former et à acquérir des compétences dont notre pays a le plus grand besoin.

L’exemple le plus récent est celui de l’attaque dont Moh Sieur fait l’objet depuis qu’il a exprimé son souhait de devenir ministre de la République. Moh est un Guinéen comme un autre. Il a le droit absolu d’aspirer à une fonction de cadre ou de haut cadre de l’État.

Il aurait été autrement plus intéressant de débattre de ses compétences et de son parcours que de sa seule volonté de servir dans la haute administration publique.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup se permettent une impolitesse qu’ils n’oseraient jamais afficher face à ces mêmes personnes dans la vraie vie. On y insulte tout le monde, on y manque de respect envers nos aînés.

Je reconnais, et je comprends parfois, la méfiance d’une partie de notre jeunesse. Nous observons les transformations en cours dans d’autres pays, l’évolution de la jeunesse ailleurs, le droit de rêver dont jouissent d’autres jeunesses africaines.

Beaucoup sont déçus par des exclusions vraies ou supposées, par le choix des cadres, par les nominations, par cette question centrale de la culture du mérite face à celle du clientélisme. Ce sont là de véritables fléaux, qu’il faut combattre, mais pas à coups d’insultes anonymes.

Nous pouvons interpeller nos dirigeants par des tribunes et des pétitions, soutenir une presse indépendante qui enquête plutôt qu’une meute qui accuse, réclamer plus de transparence sur les nominations, reconnaître et encourager les réformes lorsqu’elles existent, porter la contradiction dans le respect et la bienveillance, esquisser des propositions et apporter une analyse.

Les outils pour se faire entendre sont nombreux ; encore faut-il vouloir s’en servir.

Jeunes Guinéennes, jeunes Guinéens

Nous avons le droit, et même le devoir, de contester, de critiquer, d’exiger des comptes. Mais critiquer une politique n’est pas insulter une personne, et exiger la transparence n’est pas exiger le silence de celles et ceux qui veulent servir leur pays.

Et vous, dirigeants

Sachez entendre la part de vérité qu’il y a dans cette colère. Elle vient souvent d’une jeunesse qui doute, qui attend des preuves et qui mérite d’être écoutée avec la même exigence de respect qu’elle vous doit.

Aux jeunes

Demandez à être nommés. C’est votre droit le plus absolu. Soutenez qui vous voulez : c’est également votre droit. Et critiquez, parce que c’est la démocratie.

Kossa CAMARA

Soutra
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