Notre ami, frère et confrère Abdoulaye Top Sylla a rejoint sa dernière demeure ce vendredi 4 septembre 2026, avec les hommages unanimes de la corporation.
C’est un coup de fil, le jeudi 4 septembre 2026 à 12 heures 53, de mon frère Boubacar Sow Sow, depuis l’hôpital sino-guinéen, qui m’annonce la triste nouvelle : « Votre ami, Abdoulaye Top Sylla est décédé à l’instant. »
L’ancien ministre des transports était allé s’enquérir de l’état de santé de notre aîné Ibrahima Sory Sow, compagnon historique du président Alpha Condé, ancien ministre de la santé, évacué la veille de Mamou où il consomme sa retraite publique, quand il rencontre un de ses successeurs lointains, Aboubacar Sylla, ancien président du Groupe AGIR, fondateur du journal L’Indépendant, accompagné de son inséparable ami Kaly Bah, qui l’informent du décès de l’illustre professionnel Abdoulaye Top Sylla.
Que retenir de Top Sylla ?
Au milieu des années 1990, Aboubacar Sylla, limogé du secrétariat général du ministère de l’Information et devenu seul actionnaire du journal fondé par le groupe de cadres de l’AGIR disloquée, annonce l’arrivée de son frère au sein de L’Indépendant.
Diplômé de la prestigieuse université sénégalaise CESTI, Abdoulaye Top Sylla, aussi frais que ses idées, est plutôt bien accueilli par l’ensemble des membres de la rédaction dirigée par Ousmane Tity Faye et comprenant de belles signatures comme Aboubacar Condé, Biram Sacko, Mamadou Dian Pountchoun Diallo, Thiernodjo Diallo Bebel, Mamadi Sidibé, Daouda Tamsir Niane, Thierno Sadou Bah, Aliou Barry, avant que lui-même n’ouvre ses bras à d’autres célébrités professionnelles comme Tibou Kamara, Sékouba Savané, Bakary Gamalo Bamba, Aladji Cellou, Abdoulaye Sankara, Albassirou Diallo El Bechir, Hassan Kaba, Moussa Cissé, Louis Espérant Célestin, Saliou Samb, Mohamed Lamine Soumah, Jean Raymond Soumah, Bintou-Fodeba Dioubaté, Mandian Sidibé, Kateb Oumar Yacine Bah, Oumoul Khairy Cherif, Akoumba Diallo, Sall Sambégou Diallo, Mamadou Dian Baldé, Dayedio Barry, Mohamed Hamid Chérif, Gassimou Magassouba et bien d’autres.
Abdoulaye Top Sylla, le professionnel accompli que le monde médiatique perd aujourd’hui, était à l’origine un médecin diplômé de la Faculté de médecine Hadja Mafory Bangoura de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry.
Hématophobe, l’ablation chirurgicale d’un accidenté éloigne le jeune clinicien du bloc opératoire et met précocement fin à la carrière médicale du jeune Abdoulaye Top Sylla, stagiaire à l’hôpital régional de Labé.
Dans la foulée, il participe à un test de recrutement pour la prestigieuse université du journalisme, le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de Dakar. En ce début des années 1990, Abdoulaye Top Sylla est parmi les 20 étudiants d’Afrique francophone admis au concours d’entrée au CESTI.
Au terme d’un cycle triennal remarquablement négocié, il débarque à L’Indépendant comme secrétaire de rédaction.
Pur produit du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), Abdoulaye Top Sylla a incarné avec respect l’excellence du journalisme au secrétariat de L’Indépendant. Reconnu pour sa rigueur inflexible et sa polyvalence, il était unanimement considéré par ses collègues comme l’un des fervents défenseurs de l’orthodoxie journalistique au sein du Groupe.
« Au fil de sa carrière, commente Aboubacar Sakho, feu Abdoulaye Top Sylla s’était imposé comme l’une des meilleures plumes de sa génération. Son talent rédactionnel, sa rigueur professionnelle et son engagement dans le métier avaient contribué à faire de lui une figure respectée de la presse guinéenne. »
Comme l’a témoigné Sékouba Savané, ancien rédacteur en chef du Groupe de presse L’Indépendant-Démocrate et ancien directeur général de la RTG, à la levée du corps, ce vendredi 4 septembre au Sino-Guinéen, le sens du professionnalisme, les qualités rédactionnelles de Top Sylla, l’humilité de l’homme et sa contribution à la formation de nombreux jeunes à travers la correction des textes, ainsi que la promotion des valeurs de liberté et de démocratie, auraient conféré à notre regretté confrère le tricolore guinéen.
Quoi qu’il en soit, le nom d’Abdoulaye Top Sylla, à travers ses multiples signatures, est immortel. Moins attiré par la narration des faits, « Bah Mamadou a dit…, Alpha Condé a fait…, Siradiou Diallo promet ou Jean-Marie s’attaque… », Abdoulaye Top Sylla avait une conception très rigoureuse de la profession, l’amenant à un style porté sur l’analyse critique des événements et à la confrontation des opinions.
Très imaginatif, il s’était notamment illustré dans la création et l’animation de quelques rubriques telles que « Rebuts de presse », « Bévues de presse », « Jusqu’à preuve du contraire », « Top regard », etc., dans lesquelles le professionnel, avec pédagogie, savait étaler l’étendue de sa grande culture sous des noms de signatures comme Aïcha Marguerite, Ngah Bountou, « Il ne faut pas draguer », etc.
Esprit libre, il le faisait savoir à chaque fois que la situation le lui imposait. Ainsi, pour marquer son désaccord éditorial avec son frère, Aboubacar Sylla, Abdoulaye Top Sylla a plusieurs fois quitté la rédaction de L’Indépendant.
En 1996, après un départ, il crée son propre journal, « Sud Infos ».
Dans l’une des premières parutions de ce nouveau titre, non moins dissident, Tibou Kamara, l’un de ses successeurs au secrétariat de L’Indépendant et collaborateur circonstanciel, signe un éditorial : « Sidya Touré vers la démission ».
Au cours d’une visite, quelques jours plus tard, au ministre du Budget et de la Restructuration du secteur parapublic du gouvernement d’ouverture, je présente Tibou Kamara en mentionnant cet article qui semble amuser et enchanter Ibrahima Kassory Fofana. Entre le jeune journaliste et le tout-puissant ministre, c’est le début d’une idylle dont chacun aura mesuré l’étendue et la portée. Mais ça, c’est une autre histoire.
Pour revenir à notre regretté Abdoulaye Top Sylla, il faut dire que sa carrière a été également une histoire de complicité intellectuelle avec Tibou Kamara. À vrai dire, les deux ont des points de ressemblance. Secrétaires de rédaction de L’Indépendant-Démocrate, tous les deux ont dit NON et quitté le Groupe pour manifester leur opposition à toute forme d’ingérence ou d’orientation du patron.
Après une réconciliation autour de notre ami et frère Sekou Condé « Ping-pong », à la suite d’une brouille aux accents rédactionnels assez violents en 1997-1998, Tibou Kamara et Abdoulaye Top Sylla cultivent une relation et une collaboration si solides que l’un s’est totalement effacé pour le second. Pour le ministre Tibou Kamara, j’imagine que ce brutal décès est un véritable choc, un effondrement pour nous tous.
Personnellement, Abdoulaye Top Sylla était un sincère ami avec lequel je partageais de nombreux principes et vertus de la profession et de la vie. Simple, sociable, avec une grande humilité, il n’a jamais été porté sur l’argent. Pour lui, l’éthique et la déontologie ne s’achètent pas et la richesse du journaliste était sa crédibilité.
Il évitait ainsi, autant que possible, les rencontres avec les puissances politiques ou financières.
Les rares fois, avant la longue aventure avec Tibou Kamara, où il a accepté d’aller sur le terrain et de réaliser des interviews ou de recueillir des éléments de réplique à un article, nous avons été ensemble.
Alors que sa formation, ses diplômes et ses connaissances lui donnaient également l’opportunité de postuler aux grands emplois, il a préféré sa liberté.
Abdoulaye Top Sylla, comme quelqu’un qui avait profondément intégré le caractère passager et éphémère de la vie, se contentait de son assiette et de son verre.
Le 14 août 2026, en visite chez moi, Aboubacar Sakho a évoqué son nom. Joint aussitôt sur le portable, nous nous sommes enquis de son état de santé et avons promis de passer le même jour ou samedi. Cette promesse, malheureusement, n’a pas été tenue.
Contrairement à son frère, Alkaly Sylla, qui a tenu à me dire « adieu » à la veille de son rappel à DIEU, NOTRE CRÉATEUR, par une visite très fraternelle à mon bureau à la 6e avenue de Sandervalia, Abdoulaye Top Sylla a préféré nous éviter l’effet d’une désagréable surprise.
Sa disparition, après celle du doyen Souleymane Diallo, Abdoulaye Sankara Abou Maco, Albassirou Diallo El Bechir, en cette année particulièrement terrible de 2026, amplifie le vide au sein de la grande famille de la presse guinéenne, qui perd en lui un repère moral et un professionnel d’exception.
Les hommages de personnalités politiques, artistiques et médiatiques comme Kiridi Bangoura, Justin Morel Junior, Yaya Sow, Issa Condé, Jean-Baptiste Williams, Fodé Tass Sylla « Tabouna Sylla », Amadou Diouldé Diallo, Ibrahima Sory Traoré, Mohamed Kanta Soumah, Ibrahima Diallo, Abdoulaye Madiariou Barry, Talibé Barry, Drizo Yansane, Ibrahima Bangoura Rizo et tant d’autres témoignent de la dimension humaine de l’illustre professionnel.
En cette circonstance douloureuse, j’ai une pensée émue pour sa brave épouse, Mama Baldé, son frère Aboubacar Sylla, ses sœurs Aïcha et Aminata Sylla.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR, accepter l’âme de Top Sylla Abdoulaye dans son éternel Paradis. Amen.
Abdoulaye Condé

