Aboubacar Soumah répond à ses détracteurs : “Je suis vieux, mais en syndicalisme, il n’y a pas de retraite”
Alors que l’intersyndicale FSPE-SNE menace de déclencher une grève dans le secteur éducatif à partir du 20 avril, la décision du secrétaire général du SLECG, Aboubacar Soumah, de ne pas s’y associer suscite de vives critiques. Accusé d’être dépassé et appelé à céder sa place aux jeunes, le syndicaliste a tenu à répondre sans détour lors d’un entretien accordé à notre rédaction.
Depuis l’annonce de ccette éventuelle grève, les critiques fusent contre Aboubacar Soumah. Certains n’hésitent pas à le qualifier de “vieux” ou à estimer qu’il devrait laisser la place à une nouvelle génération. Des attaques auxquelles il répond avec fermeté. “En syndicalisme, il n’y a pas de retraite”, tranche-t-il d’entrée.
Interrogé sur sa décision de ne pas s’associer à l’appel à la grève de l’intersyndicale FSPE-SNE, celui qui affirme avoir toujours défendu les enseignants guinéens dénonce une mauvaise compréhension du rôle syndical par certains acteurs.
“Il y a certains agitateurs qui sont dans le mouvement syndical ou parmi les enseignants. Il y en a qui veulent toujours abandonner les cours pour aller en grève. Pour eux, le syndicalisme, c’est celui qui déclenche la grève. Pour eux, c’est ça”, regrette-t-il.
Pour Aboubacar Soumah, la grève ne doit pas être un réflexe systématique, mais une action mûrement réfléchie, fondée sur des raisons précises.
“Il y a des raisons pour déclencher la grève. Il n’y a pas de raisons aujourd’hui qui peuvent m’amener, moi, en tant que syndicaliste aguerri, à déclencher une grève. Je ne déclenche pas la grève pour la déclencher. Non, je déclenche la grève lorsqu’il faut la déclencher, parce qu’il y a des conditions”, explique-t-il.
Il insiste sur l’importance du dialogue avec les autorités, estimant que le contexte actuel ne justifie pas un bras de fer. “Lorsque vous êtes sur la table des négociations, lorsque vous avez un gouvernement qui est attentif à vos préoccupations, qui vous invite à discuter de vos problèmes, vous n’avez pas à déclencher une grève contre celui-ci”, soutient-il, rejetant par ailleurs toute accusation de compromission.
“Ce n’est pas une corruption. On nous a corrompus par quoi ? On a quelque chose qu’on n’a pas proposé par le passé ?”, se demande-t-il.
Face aux critiques liées à son âge, le secrétaire général du SLECG revendique son expérience comme un atout majeur. “Moi, les jeunes disent que je suis vieux. Mais en syndicalisme, il n’y a pas de retraite. Tant qu’on te fait confiance, tu travailles », affirme-t-il, avant d’ajouter : “Quand on est vieux, on a de l’expérience. Moi, je suis vieux, je suis lucide et respectueux des principes et des règles de fonctionnement des syndicats”.
S’appuyant sur des exemples internationaux, il souligne que les anciens jouent un rôle important dans le mouvement syndical. “Au BIT et à l’OIT, ce sont souvent des syndicalistes retraités qui travaillent parce qu’ils n’ont pas de pression, ils n’ont pas peur d’être licenciés. Ils peuvent prendre des décisions sans peur, dans le respect de la loi”, indique-t-il.
Aboubacar Soumah critique l’attitude de certains syndicalistes qu’il accuse de privilégier la visibilité médiatique au détriment de l’efficacité. “Ces jeunes-là ne veulent pas apprendre auprès de nous. Ils veulent se faire voir pour dire qu’eux aussi sont des syndicalistes. Ce n’est pas comme ça qu’on devient un syndicaliste en criant à la grève”, martèle-t-il.
Et de conclure avec une mise en garde contre l’activisme de façade : “Un syndicaliste sur les réseaux sociaux, ce n’est pas en criant ou en se photographiant qu’on devient crédible. Ce n’est pas toi qui dois faire ta promotion, ce sont tes actes. Ce sont les actes posés de façon légale qui font la valeur d’un syndicaliste”.
Salimatou Baldé, pour VisionGuinee.Info
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