Le procès d’Aboubacar Sylla, accusé d’avoir tué Abdoulaye Diallo, s’est poursuivi ce mercredi 22 avril. Dès l’entame, le juge Morlaye Soumah a rejeté la demande de requalification des faits de meurtre en homicide involontaire formulée par les avocats de l’accusé. Il a invité Elhadj Mamadou Telly Diallo, petit frère du défunt, à apporter son témoignage sur les circonstances du décès de son frère.
Selon Elhadj Telly Diallo, ‘’ce jour, c’est son épouse qui nous a informés la nuit qu’elle n’a pas vu son mari. Elle nous a dit qu’ils sont allés à sa recherche, mais ils ne l’ont pas retrouvé. Le lendemain, nous sommes allés sur la montagne, nous avons longuement cherché quand les jeunes ont découvert l’endroit où il a été tué et abandonné avec des pierres encerclées autour de lui. On peut se cacher des gens mais pas de Dieu. C’est un de ses pieds que les jeunes ont aperçu. Je leur ai dit de ne pas toucher le corps jusqu’à l’arrivée des autorités’’.
Et de poursuivre : ‘’La gendarmerie de Coyah et Kouriah sont venues constater les faits. Selon ceux qui ont vu son corps, il a reçu un coup de machette au niveau de la tête. Après, les services de sécurité ont pris le corps pour l’envoyer à l’hôpital. Le lendemain, on nous l’a restitué et nous avons procédé à son inhumation’’.
La famille de la victime a réclamé 3 milliards GNF à l’accusé à titre de préjudice subi.
Lors de ses réquisitions, le procureur a dénoncé les circonstances du décès d’Abdoulaye Diallo. ‘’Il est décédé d’une mort atroce, horrible et inhumaine. Personne ne mérite cela. C’est Dieu qui donne la vie, il est le seul habilité à ôter la vie. Monsieur le président, il est incontestable qu’Aboubacar Sylla s’est rendu coupable de crime de meurtre sur la personne d’Abdoulaye Diallo’’.
En conséquence, le procureur a requis 20 ans de réclusion criminelle contre le prévenu : ‘’Monsieur le président, qu’il vous plaise de retenir Aboubacar Sylla dans les liens de la culpabilité, le déclarer convaincu et coupable du crime de meurtre en application des dispositions de l’article 206 du code pénal. Pour la répression, vous le condamnerez à la réclusion criminelle de 20 ans. Et cette peine sera assortie d’une période de sûreté de moins de 15 ans, pour rétablir l’ordre public que celui-ci a troublé en commettant un tel crime, pour rétablir cette famille dans ses droits’’.
En ce qui concerne les intérêts civils, Moustapha Mariama Diallo a souligné que ‘’je ne vois pas 3 milliards de trop. Lorsqu’on t’arrache ton père, ton mari, ton frère, un membre de ta famille, on peut demander plus. C’est parce qu’il faut comprendre, comme vous l’avez dit, ils ne s’y connaissent pas, tout est calqué à la pratique de l’islam. Ils méritent mieux. Rien ne peut remplacer l’affection d’un père, l’attention d’un mari. C’est pourquoi, en la forme, vous en donnerez 3 à la demande de la partie civile. Au fond, vous la ramènerez à des proportions que vous considérez raisonnables’’.
En prenant une telle décision, le procureur assure que ‘’vous aurez, non seulement, averti des éventuels candidats à de tels comportements, mais ce sont des choses qui ne resteront pas impunies. Si tu veux te créer des problèmes, te priver de ta liberté, mettre ta famille dans le chagrin, tu vas te mettre à tuer les gens comme ça, banalement. Et également, vous lancerez un message clair à ce public et à cet accusé’’.
Pour sa plaidoirie, Maître Abdoulaye Keita a plaidé coupable pour son client tout en demandant au tribunal de lui accorder des circonstances atténuantes.
‘’Il a donné la mort à Abdoulaye Diallo involontairement. Mais 20 ans, c’est trop. Parce qu’il sera aussi condamné par la justice de Dieu. La partie civile demande 3 milliards, c’est trop. S’ils demandaient 30 millions, c’était raisonnable. Comment un charbonnier peut avoir ça ? C’est grave. Je vous demande, M. le président, d’appliquer l’article 116 pour les circonstances atténuantes. Si vous devez le condamner à 10 ans, condamnez-le à 5 ans. Pour les 3 milliards, condamnez-le à 50 millions, qu’il vous plaise, M. le président. Parce qu’il est doublement condamné’’, affirme-t-il.
Prenant la parole pour assurer sa défense, Aboubacar Sylla a demandé la clémence du tribunal : ‘’Pardonnez-moi, je n’ai pas fait volontairement’’.
Après les débats contradictoires à l’audience, le tribunal a rendu sa décision finale. Aboubacar Sylla a été reconnu coupable des faits de meurtre sur la personne de feu Abdoulaye Diallo. Il a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle et au paiement d’une somme de 50 millions GNF.
‘’Statuant publiquement, contradictoirement en matière criminelle et en premier ressort, après en avoir délibéré sur l’action publique, déclare Aboubacar Sylla coupable de crime de meurtre dont il est accusé. Pour la répression, lui faisant application des dispositions des articles 116, 206 du code pénal, 441 et 497 du code de procédure pénale, le condamne à 15 ans de réclusion criminelle’’, déclare Morlaye Soumah.
Sur l’action civile, en tenant compte de la prétention de la partie civile, le tribunal condamne l’accusé ‘’au paiement de la somme de 50 millions GNF à la famille de feu Abdoulaye Diallo à titre de réparation de toutes causes de préjudice confondues, le tout en application des dispositions des articles 116 et 206 du code pénal et 441, 490, 497 et 548 du code de procédure pénale’’.
Il a 15 jours pour relever appel s’il n’est pas d’accord avec cette décision.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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