Africa Forward : 23 milliards d’euros pour ouvrir une nouvelle ère du partenariat entre l’Afrique et la France
Nairobi a accueilli, du 11 au 12 mai, un sommet aux ambitions inédites. Organisé conjointement par la France et le Kenya, le sommet Africa Forward a débouché sur des annonces d’investissements estimées à 23 milliards d’euros, esquissant les contours d’une relation économique renouvelée entre Paris et le continent africain.
Pendant deux jours, chefs d’État, dirigeants d’entreprises, représentants de la société civile, membres de la diaspora et jeunes leaders africains se sont retrouvés dans la capitale kényane avec l’ambition de transformer en actions concrètes le partenariat entre l’Afrique et la France.
Au total, les engagements annoncés lors du sommet représentent environ 250 000 emplois directs en France et sur le continent africain, auxquels pourraient s’ajouter plusieurs centaines de milliers d’emplois indirects. Sur cette enveloppe globale, 14 milliards d’euros correspondent à des investissements français en Afrique, portés aussi bien par des groupes privés que par des opérateurs publics de développement comme l’Agence française de développement (AFD) et Proparco.
Au cœur de cette nouvelle dynamique de coopération figurent sept secteurs stratégiques, chacun structuré autour de projets d’envergure et de financements ciblés.
En tête des priorités se trouve la transition énergétique, avec 4,3 milliards d’euros mobilisés. Des groupes comme EDF, TotalEnergies, Méridiam, Voltalia ou encore HDF Energy déploient des projets solaires, éoliens, hydroélectriques et liés à l’hydrogène vert du Kenya au Bénin, en passant par le Mozambique et l’Afrique du Sud.
Parallèlement, l’économie numérique et l’intelligence artificielle concentrent 3,76 milliards d’euros d’investissements. Canal+ y réalise l’une des opérations majeures du sommet avec l’acquisition de la plateforme MultiChoice pour 3 milliards d’euros. Dans le même temps, Orange prévoit l’ouverture de cinquante nouveaux Digital Centres sur cinq ans ainsi que la formation d’un million d’africains à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité. À cela s’ajoutent les projets portés par Thales Alenia Space, Eutelsat et Infranum, qui traduisent l’ambition d’une Afrique davantage connectée et souveraine sur le plan numérique.
Dans le domaine de l’économie bleue, les investissements atteignent 3,3 milliards d’euros. Le groupe CMA CGM y joue un rôle central avec 1,7 milliard d’euros destinés à des infrastructures portuaires à Mombasa, Lagos, Pointe-Noire, Alexandrie et au Maroc. En complément, Orange prévoit un câble sous-marin estimé à 950 millions d’euros reliant la France, le Portugal et la façade atlantique africaine d’ici 2030.
D’autres secteurs stratégiques bénéficient également d’engagements importants, notamment l’agriculture et la sécurité alimentaire (1 milliard d’euros), la santé (942 millions d’euros), l’industrie (300 millions d’euros) ainsi que le secteur bancaire et financier (250 millions d’euros).
Dans le domaine sanitaire, plusieurs projets illustrent cette volonté de renforcer le capital humain africain. C’est notamment le cas du partenariat entre Eiffage et AP-HP International pour la construction de quatre hôpitaux régionaux en Guinée, ou encore du programme panafricain porté par Ellipse Projects, estimé à 600 millions d’euros et couvrant le Kenya, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine.
Le sommet Africa Forward s’inscrit dans le prolongement du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial organisé en 2023. Désormais, l’approche mise en avant ne repose plus uniquement sur l’aide au développement, mais sur des investissements durables et structurants, mobilisant davantage les capitaux privés au service de la souveraineté économique des pays africains.
Les projets annoncés répondent ainsi à des critères d’impact économique, social et environnemental. Ils visent à structurer des filières locales, renforcer les chaînes de valeur africaines, développer les compétences et accélérer l’intégration du continent dans l’économie mondiale. Plusieurs accords ont d’ailleurs été signés dès le 11 mai, à l’occasion du forum d’affaires organisé à Nairobi.
Ce sommet apparait comme une étape préparatoire au prochain Choose France 2026, qui devrait être consacré aux investissements africains en France.
L’Afrique dispose aujourd’hui d’atouts majeurs grâce à une jeunesse dynamique, des ressources naturelles considérables et un potentiel de croissance parmi les plus prometteurs au monde. De son côté, la France apporte une expertise technologique reconnue, des capacités de financement et des réseaux économiques susceptibles d’accompagner cette transformation.
A Nairobi, Africa Forward a surtout révélé une volonté commune de construire une relation plus équilibrée, davantage tournée vers l’investissement, l’innovation et la co-construction. Dans un contexte de recomposition des équilibres mondiaux, l’Afrique entend désormais jouer un rôle central dans l’économie de demain.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.info
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