Gouverner, ce n’est pas seulement prendre des décisions. C’est mesurer leurs conséquences. C’est comprendre qu’une décision administrative peut être juridiquement défendable tout en étant humainement discutable.
L’autorité véritable se mesure à sa capacité à être ferme face au crime, à la corruption, aux trafics et aux menaces qui mettent la société en danger. Mais elle se révèle surtout lorsqu’elle sait faire preuve de discernement, de tolérance et d’humanisme lorsque les circonstances l’exigent.
La fermeté est une vertu. Mais la fermeté sans compassion peut devenir une faiblesse politique.
Les opérations de déguerpissement menées dans certaines zones, notamment en pleine saison des pluies, soulèvent précisément cette question. Personne ne conteste sérieusement la nécessité de lutter contre l’occupation anarchique des espaces publics, les constructions dangereuses ou l’exposition des populations aux risques d’inondation.
Mais gouverner, c’est aussi se demander : où iront ces familles demain matin ? Comment protéger les enfants ? Quelles solutions provisoires proposer aux personnes qui perdent brutalement leur toit ou leur activité ?
Une politique publique ne devrait jamais commencer par la destruction de l’existant sans avoir préparé la reconstruction de l’avenir. C’est là que la vision politique prend tout son sens.
Un État véritablement visionnaire ne découvre pas une crise lorsqu’elle devient visible. Il l’anticipe. Il cartographie les zones à risques, planifie l’aménagement urbain, construit des logements accessibles, organise le relogement et accompagne progressivement les populations concernées.
Prévenir coûte moins cher que réparer. Et convaincre coûte souvent moins cher que contraindre.
La question n’est donc pas de choisir entre l’ordre et l’humanisme. Une société moderne a besoin des deux.
Nous avons besoin d’un État suffisamment fort pour faire respecter la loi, mais suffisamment sage pour comprendre que derrière chaque maison démolie se trouve une histoire humaine. Derrière chaque commerce détruit, une famille qui tente de survivre. Derrière chaque déplacement forcé, des enfants dont l’avenir ne devrait pas être sacrifié au nom de l’urgence.
L’autorité publique ne doit pas être jugée uniquement à la quantité de décisions qu’elle impose, mais à la qualité des solutions qu’elle apporte.
La puissance d’un État ne se mesure pas à sa capacité de déplacer les plus faibles. Elle se mesure à sa capacité de les protéger tout en transformant durablement leur environnement.
La Guinée a besoin d’ordre. Elle a besoin de discipline. Elle a besoin de villes mieux planifiées et d’une application impartiale de la loi.
Mais elle a aussi besoin d’une gouvernance qui regarde plus loin que l’urgence du jour.
Parce qu’au fond, gouverner, c’est avoir la force de décider, la sagesse d’anticiper et l’humanité de ne jamais oublier ceux qui subiront les conséquences de nos décisions.
La fermeté peut restaurer l’ordre. Mais l’humanisme, lui, restaure la confiance.
Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.