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Appel au président de la République : péril en la demeure-Guinée

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Monsieur le Président, vous êtes aujourd’hui le premier magistrat de notre pays, avec toutes les responsabilités que vous confère cette auguste fonction. Le destin de tout un peuple pourrait basculer très rapidement, si vous ne prenez pas toutes vos responsabilités pour rétablir la concorde et la paix sociale par un dialogue inclusif, direct, franc, sincère avec l’opposition républicaine et les forces vives de la nation.

Monsieur le Président, la question des élections législatives ne constitue plus le véritable enjeu ; c’est désormais la survie de notre nation qui est en cause. En effet, depuis 1958 la Guinée n’a jamais été aussi proche d’une déflagration sociale qui pourrait lui être fatale.

C’est l’occasion de rappeler aux Guinéens que les élections, quelles qu’elles soient, ne sont jamais synonymes ni de démocratie, ni de paix sociale ou progrès socio-économique. Toutes les dictatures du monde ont toujours organisé des élections. Les régimes défunts de la première et deuxième République organisaient des élections, cela ne nous a jamais apporté ni la démocratie, ni la paix encore moins le développement socio-économique.

Nous avons organisé l’élection présidentielle en 2010, dans un climat politique de haine et de violence avec la plus grande confusion. Nous voyons aujourd’hui les résultats.

Monsieur le Président, vous avez déclaré lors de votre investiture en décembre 2010 que « vous avez hérité d’un pays, non d’un Etat. »

Le fait est que vous avez surtout hérité d’une dictature prédatrice, corrompue violente et inhumaine qui doit être désormais balayée par une refondation de l’Etat guinéen lors d’une conférence nationale. « L’enjeu de ce débat dépasse largement le destin d’un homme et d’un régime pour concerner le présent et l’avenir de tout un pays et ses habitants » avait déclaré le Pr Alfa I. Sow.

Dans le pays aujourd’hui, tout le monde fait une fixation sur la tenue des élections législatives, en se disant qu’après ces élections le pays pourra trouver la voie du changement. Vous avez déclaré que les investisseurs attendent dernière la porte pour venir déverser des milliards en Guinée. Cela n’est possible que s’il y a la paix sociale, la Justice dans notre pays, ce qui est loin d’être le cas actuellement. Il nous faut, avant toute élection, mettre à plat les causes profondes du blocage politique actuel par un dialogue national inclusif, sincère, c’est un préalable incontournable !

Monsieur le président de la République, la nation guinéenne sera ou ne sera plus ! Cela passe obligatoirement par une réconciliation inter-guinéenne.

Monsieur le Président, aucun parti seul, aucune ethnie seule, aucune région seule, aucune coalition d’intérêts partisans seule, ne pourra sortir aujourd’hui notre pays de l’ornière.

Il nous faut un grand sursaut national pour faire un dialogue ouvert et tolérant n’excluant personne, afin que nous puissions amorcer un réel redressement national.

Monsieur le Président, aucun de nous, vous en premier, n’a intérêt à ce que notre pays flambe et se consume dans un incendie social, mais si nous ne prenons garde la Guinée est au bord d’une guerre civile qui risque de l’emporter! La seule issue pour sauver la Guinée d’un embrasement reste la conférence nationale pour une réconciliation.

Monsieur le président de la République, pour lever l’hypothèque politique de la Guinée, admettez désormais qu’il devient nécessaire de procéder à une vraie réconciliation nationale, qui passe par un dialogue direct (sans intermédiaire) franc et sincère avec l’opposition républicaine et l’ensemble du pays. Aujourd’hui le terme de réconciliation est totalement et sciemment galvaudé dans notre pays dans le seul et unique but de noyer le poisson! En effet tout le monde parle de réconciliation dans les séminaires, dans les mosquées, dans les associations de jeunesse, dans la société civile, dans l’armée, dans les partis politiques….

La réconciliation est devenue le talisman des religieux et le gri-gri de la mouvance présidentielle. La réconciliation nationale ne se fera pas par de simples incantations ou par des conciliabules en catimini !

Ce que je vais dire à l’heure actuelle, ce ne sont que des redites, mais cela s’impose, car la situation sociopolitique du pays l’exige.

Comme je l’avais dit par ailleurs les élections seules ne résoudront pas les problèmes du pays. Souvenons-nous des risques encourus par le pays entre les deux tours. Nous voyons tous aujourd’hui que l’élection présidentielle de 2010 au lieu de régler la situation politique du pays, l’a plutôt compliquée ! Aujourd’hui force est de constater que cette élection de 2010 n’a pas levé l’hypothèque politique du pays, car le dialogue entre pouvoir et opposition est désespérément dans l’impasse.

Nous savons tous qu’il n’y aura jamais de réconciliation sans la volonté politique du chef de l’Etat d’organiser un vrai dialogue direct, sincère, inclusif national pour apaiser le climat social afin de sortir de cette impasse. Sans cette réconciliation, il n’y aura pas de paix sociale, et sans paix il n’y pas d’investissements étrangers dans notre pays. Comme vous l’avez si bien dit « l’argent a peur du bruit ».

Chers compatriotes, je suis comme la majorité d’entre vous, en ce sens que je ne sais plus comment exprimer mes sentiments de colère et d’écœurement devant le spectacle affligeant que la Guinée offre aujourd’hui à l’Afrique et au reste du monde sous la conduite du Pr Alpha Condé !

Le Pr Alfa Ibrahima Sow (paix à son âme) doit certainement se retourner dans sa tombe devant l’image que le pays de ses ancêtres donne au monde. Le président-fondateur de l’UFD, en fin politique visionnaire, présentait tellement le chaos actuel qu’il a écrit en avril 1992 : « S’il y a un pays où la conférence nationale souveraine s’impose après tant d’années de pouvoir autoritaire, d’anomalies meurtrières et de manquements graves à la dignité de la personne et au droit des gens, c’est certainement la Guinée humaine ».

La Guinée d’aujourd’hui, plus que jamais divisée est devenue une société sans repère, violente et déboussolée ; un véritable océan de haine, de misère de tout genre et de souffrance. Tout Guinéen conscient et honnête est inquiet devant cette situation de ni guerre ni paix.

L’état de délabrement du tissu social de notre pays se passe de commentaire. La Guinée est devenue une terre d’insécurité et de violences. Depuis l’élection présidentielle de 2010, notre pays est plongé dans un cycle infernal de violences, les patriotes n’ont qu’une envie : c’est de crier haut et fort pour dire : nous en avons marre. Cela suffit, ça suffit, ça suffit, et ça suffit, d’assassiner la jeunesse guinéenne. Le coût humain devient trop lourd et carrément inadmissible.

Combien d’assassinats impunis ; un colonel tué en plein jour, la directrice du Trésor public à Conakry, sans compter les tueries de Zogota et toutes ces dizaines de jeunes fauchés dans la fleur de l’âge par les balles des forces de l’insécurité et du désordre ! Tous ces crimes sont perpétrés dans une impunité absolue !

Il est grand temps que le président de la République prenne la juste mesure de la gravité et de l’urgence de la situation réelle du pays. Ce ne sont ni les prières, ni les multiples lectures du Saint Coran dans les différentes mosquées du pays qui apporteront le changement politique tant attendu et espéré par nos populations.

Dans un environnement social marqué par une division ethnique et régionale exacerbée sans précédent dans l’histoire de la Guinée indépendante, avec un climat politique où pouvoir et opposition se regardent en permanence en chiens de faïence, organiser des élections serait suicidaire pour le pays. « Quand brûle la maison de leur père, les enfants de la grande famille ne se battent pas pour savoir lequel d’entre eux pourra s’asseoir, disposer du lit, du fauteuil, de la chaise, de l’escabeau ou de la natte. Cette attitude-là serait stupide et dérisoire. Ils seraient mieux inspirés d’éteindre le feu et de refaire la maison avant de recommencer leur lutte habituelle pour la préséance » disait le Pr Alfa I. Sow.

Vive la Guinée unie. Vive la paix.
Dr B. Diakité

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