Bano Barry : ‘’la priorité des priorités en Guinée, c’est la réforme de l’État et de son administration publique’’
Après l’élection présidentielle du 28 décembre dernier, qui a vu Mamadi Doumbouya se faire élire président de la République, des observateurs de la scène publique s’interrogent sur les priorités du nouveau gouvernement. Interrogé à ce sujet, le professeur Alpha Amadou Bano Barry souligne que, bien que tout soit prioritaire dans le pays, il est essentiel de privilégier la réforme de l’administration publique guinéenne.
‘’Nous avons des atouts qu’il faut prioriser. D’abord, l’agriculture. La Guinée dispose de 13,7 millions d’hectares de terres arables. Le pays compte 23 bassins fluviaux, 400 milliards de mètres cubes d’eau de surface et 13 milliards de mètres cubes d’eau souterraine. On pourrait donc affirmer qu’en temps normal, l’agriculture devrait être notre priorité. Cependant, ces atouts existent depuis toujours, bien avant l’indépendance’’, explique le professeur Alpha Amadou Bano Barry, invité sur le plateau de la télévision nationale.
Il ajoute que ‘’l’agriculture ne représente que 30% du PIB. Si l’on compare avec le secteur tertiaire, qui génère environ 40% du PIB, on se rend compte qu’en dépit des années d’indépendance, et même si notre niveau de production agricole a diminué dans certains domaines, notamment les produits d’exportation, nous n’avons jamais réussi à transformer ces atouts en richesse nationale. Toutes les études menées et les documents consultés indiquent clairement que le problème réside dans la politique publique agricole. Et lorsqu’on parle de politique publique, on parle de l’administration publique’’.
Malgré les nombreux efforts des autorités publiques pour améliorer la production agricole et l’exploitation des ressources minières, le professeur Bano Barry constate que la Guinée peine à obtenir les résultats escomptés dans ces secteurs.
‘’Pendant la première République, le gouvernement a importé des milliers de tracteurs pour mécaniser l’agriculture, mais cela n’a pas donné les résultats attendus. Sous la deuxième République, de lourds financements ont été mobilisés pour l’agriculture. Pour ceux qui s’en souviennent, lorsque le ministère de l’agriculture rassemblait tous ses engins et véhicules, on avait l’impression que toute la Guinée appartenait à ce ministère. Pourtant, nous n’avons pas obtenu les résultats escomptés’’, déplore-t-il.
Le professeur Barry se penche également sur le secteur des mines. ‘’Le second secteur clé, c’est celui des mines. On dit souvent que la Guinée est un scandale géologique, et c’est vrai. Il y a deux pays en Afrique qui sont réputés pour avoir été bénis par Dieu en matière de ressources minières : la Guinée et la République Démocratique du Congo. La Guinée détient deux tiers des réserves mondiales de bauxite, 10 à 12 milliards de tonnes de réserves de fer prouvées, 20 à 35 millions de carats de diamants et une réserve d’or estimée à 1000 tonnes. Cependant, les mines ne représentent que 85% des exportations guinéennes et seulement 20% des recettes. Ce potentiel reste mal exploité, et une fois de plus, cela se résume à un problème de politique publique’’, analyse l’ancien ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation.
En tant que citoyen, sur la base des études qu’il dit avoir mené et de sa connaissance de l’administration publique, il assure que ‘’si le président me posait la question, je lui répondrais que la priorité des priorités en Guinée, c’est la réforme de l’État et de son administration publique. Encore une fois, ce n’est pas le sol ou le sous-sol qui enrichit un pays. Ce sont les hommes et les femmes, et leur capacité à transformer la nature en richesse nationale’’.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
00224 621 85 28 75/djiwobarry@visionguinee.info


Maadjou Diallo
La priorité des priorités est le développement de l’agriculture accompagné par la construction des barrages électriques
Sans énergie pas de développement