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Biennale de Luanda : la ministre Euphrasie Kouassi Yao défend le rôle des femmes dans la gouvernance de l’eau

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Soutra

La gouvernance de l’eau peut-elle contribuer à prévenir les conflits et à consolider la paix en Afrique ? C’est autour de cette question que s’est tenue, les 22 et 23 octobre 2026 à Luanda, la 4e Biennale de Luanda–Forum panafricain pour une culture de la paix et de la non-violence. Invitée par l’UNESCO, Euphrasie Kouassi Yao, conseillère spéciale du Premier ministre ivoirien chargée du Genre et titulaire de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), y a porté un plaidoyer en faveur d’une meilleure implication des femmes dans la gestion de l’eau.

Le rendez-vous a réuni plus de 1 000 participants venus de 62 pays sous le thème : « Renforcer la gouvernance de l’eau en Afrique comme outil de prévention, de médiation et de résolution des conflits ».

Institué par l’Union africaine et porté avec l’UNESCO, le forum s’inscrit dans l’initiative africaine « Faire taire les armes d’ici 2030 ». Pour cette édition, organisée avec le gouvernement de la République d’Angola, les organisateurs ont choisi d’aborder la paix sous l’angle de l’eau, « une ressource vitale et de plus en plus disputée ».

Lors de la cérémonie d’ouverture, Euphrasie Kouassi Yao était aux côtés de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Angola, Jean-Marie Somet. Les participants ont suivi les interventions du président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, du président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi, de l’ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf et du directeur général de l’UNESCO, Khaled El-Enany.

Au cours du panel consacré à l’eau, à la paix et à la coopération transfrontalière, la responsable ivoirienne a défendu une approche qui place les femmes au cœur des mécanismes de gestion de cette ressource.

Selon le communiqué, elle a montré « en quoi l’intégration du genre dans la gestion de l’eau est un facteur de cohésion plutôt que de tensions ».

Pour illustrer son propos, elle a raconté l’expérience de Diatokro, dans la sous-préfecture d’Aboisso. Dans cette localité, les femmes, pourtant premières utilisatrices de l’eau, étaient écartées de la gestion de la pompe hydraulique villageoise. Les pannes se multipliaient alors que leur réparation représentait une charge importante pour l’État.

Avec l’appui du PNUD, un comité de gestion de 27 personnes, dont 22 femmes, a été constitué et formé à l’entretien de la pompe. « Désormais, les pannes sont réparées sans que l’eau cesse de couler ».

Cette organisation, mise en place depuis 23 ans, a contribué au développement de la localité et au renforcement de la cohésion entre ses habitants. C’est de cette expérience qu’est née, en 2006, la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions ».

À Luanda, Euphrasie Kouassi Yao a aussi présenté les différents outils développés par la CUEFPOD pour inscrire cette approche dans la durée. Il s’agit entre autres de la stratégie Genre et Développement, de la méthode COFA (Conscientiser, Former, Agir) et du Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire (COCOFCI).

Lancé le 4 octobre 2011 à l’initiative du président Alassane Ouattara, le COCOFCI a été conçu par Euphrasie Kouassi Yao, qui en assure la coordination nationale, tandis que sa mise en œuvre est confiée à la Chaire.

Le communiqué souligne que ces différents outils ont contribué à faire de la Côte d’Ivoire la « championne d’Afrique de la lutte contre les discriminations à l’égard des femmes et des filles », selon le dernier rapport mondial SIGI 2023 publié par l’OCDE.

La paix, selon la titulaire de la Chaire, ne peut toutefois pas se limiter aux déclarations et aux engagements institutionnels, soulignant que « la paix ne se décrète pas : elle se construit au quotidien ».

C’est dans cette logique qu’elle a présenté le programme CREA-PAIX, consacré à la prévention communautaire des conflits et porté par les femmes et les jeunes. Le programme mobilise plus de 3 000 bénévoles dans 27 pays et quatre continents autour d’un principe résumé par la formule : « La paix est une activité, non une passivité ».

Les travaux de la Biennale se sont achevés le 23 octobre avec l’adoption de la Déclaration de Luanda 2026 et d’un communiqué final conjoint de l’Union africaine, de l’UNESCO et du gouvernement angolais.

Les participants ont appelé à transformer les engagements pris en mesures concrètes pour renforcer la sécurité hydrique et la paix sur le continent. Parmi les recommandations figurent l’intégration de la coopération sur les bassins transfrontaliers dans les stratégies de prévention des conflits et de consolidation de la paix, ainsi que la création d’un comité de suivi tripartite.

La mobilisation de financements innovants et le renforcement du leadership des femmes et des jeunes dans les instances de décision sur l’eau figurent également parmi les recommandations. Une orientation qui, selon le communiqué, rejoint le combat mené par la CUEFPOD depuis sa création le 11 janvier 2006.

En marge de la Biennale, Euphrasie Kouassi Yao a rencontré le directeur général de l’UNESCO, Khaled El-Enany. Elle lui a présenté les acquis de la Côte d’Ivoire en matière d’égalité des chances entre les femmes et les hommes, les filles et les garçons, ainsi que la stratégie Genre et Développement et le COCOFCI.

Elle a plaidé pour que cette stratégie puisse bénéficier à l’ensemble des pays africains.

Son séjour à Luanda s’est achevé par une rencontre avec la communauté ivoirienne d’Angola, au siège de l’ambassade de Côte d’Ivoire. La ministre y a présenté les avancées de son pays dans la lutte contre les discriminations visant les femmes et les jeunes et mis en avant le COCOFCI, qui vise notamment à « valoriser, promouvoir et rendre visibles les compétences des Ivoiriennes », y compris celles de la diaspora.

La participation de la CUEFPOD à cette Biennale intervient dans le cadre de la célébration de ses 20 ans. Cet anniversaire doit culminer avec un colloque international consacré aux femmes et au pouvoir de décision en Afrique, prévu les 7, 8 et 9 octobre 2027 à Abidjan.

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