[dropcap]L[/dropcap]e procès contre Alsény Camara, Youssouf Camara, Mounir Conté et Elhadj Diassy a été ouvert mardi 26 janvier au Tribunal de première instance (TPI) de Boké. Ils sont poursuivis pour trafic d’espèces animales intégralement protégées par la loi. A peine ouvert, dans le souci de la manifestation de la vérité, le président de l’audience a renvoyé le procès au 23 février 2016.
Poursuivis pour capture, détention et commercialisation d’un bébé chimpanzé, Alseny Camara et Youssouf Camara avaient été mis aux arrêts par les services de la police régionale, l’Interpol de Conakry avec le soutien de GALF le 25 novembre 2015 au centre-ville de Boké. Les deux présumés trafiquants étaient en flagrant délit de détention illégale, capture et commercialisation d’un bébé chimpanzé qu’ils tentaient de vendre à 5.000.000 GNF. Une espèce intégralement protégée.
Lors de la rédaction du procès-verbal, Alseny Camara a dénoncé un certain Elhadj Diassy, en cavale. Ce dernier, selon lui, serait responsable de la capture du bébé chimpanzé en brousse.
Suite à cette dénonciation, un mandat d’amener a été délivré par le juge d’instruction du TPI de Boké pour entendre le prévenu. Lors des enquêtes policières pour dénicher le réseau, un troisième complice du nom de Mounir Conté alias Môkélenkô a été mis aux arrêts et entendu sur procès-verbal au commissariat central de Boké. Il sera plus tard déféré devant le parquet du TPI pour la suite de la procédure.
Ainsi, quatre accusés devraient se présenter devant le tribunal ce mardi 26 janvier 2016 pour donner leur version des faits sur ce dossier. Il s’agit notamment d’Alseny Camara, Youssouf Camara, Mounir Conté et Elhadj Diassy. Parmi les quatre, seuls Mounir Conté et Youssouf Camara ont pu comparaitre. Les deux autres à savoir Alseny Camara, pour des raisons de santé, ne s’est pas présenté au tribunal, alors qu’Elhadj Diassy est toujours en fuite.
Plaidant non coupable devant le tribunal, Mounir Conté dit ne pas reconnaitre son implication dans ce trafic faunique. L’accusé Youssouf Camara, développe-t-il, lui aurait arraché son téléphone pour récupérer le contact téléphonique d’une personne qui, selon eux, serait venu les demander un chimpanzé en vente.
Prenant la parole, Youssouf Camara, qui a reconnu les faits pour lesquels il est poursuivi, a rejeté à bloc les accusations de Mounir Conté faites à son encontre. ‘’C’est Mounir Conté qui m’a remis le numéro de téléphone du client et voilà que j’ai à faire à la loi’’, se défend-t-il. Tout au long de leur interrogatoire, chacun des accusés a tenté de charger son complice, rejetant la responsabilité sur Alseny Camara, absent dans la salle d’audience pour des raisons sanitaires
Constituant partie civile, le ministère de l’Environnement, par l’entremise de l’agent judiciaire de l’Etat, a tout d’abord débuté son intervention par une critique acerbe du fait que Youssouf Camara ait bénéficié d’une liberté provisoire sans aucun acte judiciaire. Car, demande -t-il à Youssouf Camara, ‘’de quel pouvoir t’es-tu autorisé pour venir s’habiller librement dans les locaux du tribunal en tenue pénitentiaire pour se présenter devant la barre ?’’
Il enfonce le clou par un interrogatoire afin d’amener les deux accusés à reconnaitre l’infraction commise. Car, argumente-t-il, ‘’si on ne s’y connait pas dans un quelconque domaine, on ne peut se porter candidat pour accomplir une mission donnée. La personne est venue demander à tout le monde dans un lieu public, un bar café, qu’elle veut un chimpanzé. Sachant tous que la mission est impossible, personne ne s’est manifestée sauf vous deux’’
Au regard des versions contradictoires des deux accusés, le ministère public a sollicité auprès du président de l’audience un renvoi du procès pour une date ultérieure. Ce qui permettra, renchérit-il, l’amélioration de l’état de santé d’Alseny Camara et l’arrestation éventuelle d’Elhadj Diassy afin que tous comparaissent devant le tribunal.
Se prononçant sur le dossier, le président de l’audience a entériné la demande en renvoyant le procès au 23 février 2016 afin que le droit soit prononcé conformément à la loi en vigueur.
Fait qui a attiré l’attention de plus d’un au tribunal est l’attitude de l’accusé Youssouf Camara. Contrairement à ses coaccusés qui sont arrivés sous escorte des gardes pénitentiaires, s’est présenté au tribunal dans une tenue de ville. C’est près du bureau du substitut du procureur qu’il ira se changer avant de se présenter à la barre comme si de rien n’était. Un fait dénoncé par le ministère public.
Fatou Kourouma

