Conakry étouffe. Et ce n’est pas seulement sous le poids de la densité humaine ou de l’urbanisation anarchique. Chaque jour, la capitale guinéenne vit sous la menace silencieuse mais constante des camions et gros porteurs qui sillonnent ses artères, souvent au mépris des règles élémentaires de sécurité et de coexistence urbaine.
Dans une ville aux routes étroites, mal entretenues et saturées, la circulation de véhicules conçus pour le transport interurbain ou industriel constitue un risque majeur pour les usagers ordinaires : piétons, motards, chauffeurs de taxis, élèves, commerçants et riverains. Les accidents impliquant des poids lourds sont rarement bénins. Ils laissent derrière eux des vies brisées, des familles endeuillées et un sentiment d’impuissance collective.
Le danger ne réside pas uniquement dans la taille de ces engins, mais dans l’absence de régulation efficace. À Conakry, les camions circulent à toute heure, traversent des zones densément peuplées, stationnent anarchiquement et partagent la chaussée avec des motos et des piétons sans protection. Cette cohabitation forcée est une aberration urbaine.
Les causes sont connues : manque de voies de contournement, inexistence d’horaires stricts de circulation pour les poids lourds, faiblesse du contrôle routier, laxisme institutionnel et parfois complaisance coupable. À cela s’ajoute l’état dégradé du parc automobile, avec des camions vétustes, mal entretenus, souvent conduits dans des conditions de fatigue extrême.
Les conséquences dépassent le simple cadre de la sécurité routière. Les vibrations incessantes endommagent les habitations riveraines, accélèrent la dégradation des routes, aggravent la pollution sonore et atmosphérique, et participent à la déshumanisation de l’espace urbain. Une ville où l’on a peur de traverser la rue est une ville qui abdique sa vocation première : être un lieu de vie.
Alerter sur cette situation n’est ni un acte de stigmatisation ni un plaidoyer contre le transport économique. C’est un appel à la responsabilité publique. Les autorités doivent impérativement définir des corridors dédiés, imposer des plages horaires strictes, renforcer les contrôles techniques et routiers, et surtout replacer la vie humaine au cœur des politiques de mobilité.
Conakry ne peut continuer à grandir dans le désordre et l’indifférence. Chaque accident évitable est un échec collectif. Gouverner, c’est prévoir. Et prévenir, ici, devient une urgence morale. Boubacar Dieng

