Charles Wright à Mamadi Doumbouya : ‘’Si vous voulez que la justice fonctionne, mettez les moyens à sa disposition’’
Ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Alphonse Charles Wright a révélé avoir demandé au chef de l’État de mettre les moyens nécessaires à la disposition de la justice, s’il voulait que cette institution fonctionne correctement. Plusieurs mois après avoir quitté ce département, l’ancien garde des sceaux regrette que les réformes engagées n’aient pas été suivies par ses successeurs.
‘’C’est mon mal. Honnêtement, ce n’est pas de gaieté de cœur. J’en souffre tous les jours. Quand vous dites de réformer, cela signifie s’asseoir, réfléchir, trouver le problème et apporter des solutions. Vous le faites avec les moyens et les hommes. Chaque fois, lorsqu’il était question de trouver les moyens financiers pour accompagner les juridictions, je l’ai même dit une fois au Président : ‘Si vous voulez que la justice fonctionne, mettez les moyens à sa disposition’. De façon pragmatique, comment voulez-vous qu’un citoyen, qui vienne demander à la justice aujourd’hui : ‘J’ai un contentieux domanial à tel endroit’, se voit répondre tout simplement que si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas t’offrir les services d’un avocat, et que tu n’as pas droit à la justice ? Vous pensez que c’est une bonne idée ? Elle n’est pas bonne’’, a assuré Alphonse Charles Wright à la RTG.
Parmi les réformes engagées à l’époque, figure la mise en place du fonds d’aide juridictionnelle destiné aux citoyens qui n’ont pas les moyens de s’offrir les services d’un avocat.
‘’J’ai proposé quelque chose au président de la République qu’il a vite acté. Quelle était cette réforme ? Il fallait mettre en place, au niveau de toutes les juridictions, ce qu’on appelle le fonds d’aide juridictionnelle. Vous demandez à un citoyen guinéen, c’est quoi le fonds d’aide juridictionnelle ? Quel est le montant que j’ai laissé au niveau de ce fonds ? À quoi sert ce fonds ? Ils ne sont pas informés. Ce fonds d’aide juridictionnelle a été mis à disposition, on a installé tous les bureaux. Un citoyen qui n’a pas la possibilité de s’offrir les moyens nécessaires, l’État a mis des fonds pour ne pas que vous vous priviez de ce droit d’accès à la justice, avec des critères bien définis. Parce que ce n’est pas pour tout le monde. Si tu es directeur, tu as le droit de t’offrir les services d’un avocat, mais tu ne peux pas te comparer à un citoyen lambda qui n’a même pas de quoi se nourrir’’, indique-t-il.
‘’La deuxième chose, c’est ce qu’on appelle la redevabilité. Il y a un problème qu’on n’arrive pas à comprendre dans notre pays. On dit que quand ça ne crie pas, ça veut dire que ça travaille. Non, ça ne travaille pas. Si vous trouvez le compromis du silence, vous ne boostez pas, vous ne dérangez pas, et vous avez des problèmes avec vous-même. Aujourd’hui, pourquoi le citoyen a-t-il peur ?’’, s’interroge l’ancien ministre de la Justice.
‘’Est-ce que vous savez que c’est le seul secteur où l’on ne peut pas importer les ressources humaines ? Par exemple, si les journalistes de Guinée ne sont pas bons, on peut envoyer ceux de RFI. Mais vous ne pouvez pas prendre les magistrats du Sénégal pour venir présider nos juridictions ou assurer les fonctions de parquetiers. Non ! Vous ne pouvez miser que sur cette ressource interne que vous avez. Alors, la gravité aujourd’hui, c’est qu’il faut que le département se déploie. Que chaque magistrat qui pose un acte en conformité avec la loi ne soit pas inquiété. Qu’il soit protégé dans l’exercice de ses fonctions, et qu’à son tour, lorsque les citoyens auront des griefs à relever contre lui pour des faits de corruption, que l’inspection des services judiciaires et pénitentiaires soit mise en branle pour contrôler l’information et prendre les dispositions qui s’imposent’’, suggère Alphonse Charles Wright.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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