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Coup d’Etat en Guinée : Clap de fin pour un opposant historique devenu président dictateur

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[dropcap]Q[/dropcap]uelle mouche a bien pu piquer Alpha Condé pour qu’il décide, à son retour de vacances, de sceller le sort du puissant commandant du Groupement des forces spéciales, le colonel Mamady Doumbouya ? Difficile à dire ou à savoir pour l’instant.

Mais une chose est sûre, mal lui en a pris, puisque les éléments de l’unité d’élite sont passés à l’action très tôt le 5 septembre dernier matin pour laver l’affront, en déclenchant des tirs nourris d’armes de tous calibres en direction du camp Makambo qui abrite la garde présidentielle, et de plusieurs endroits de la presqu’île de Kaloum où se trouve notamment le palais Sekoutouréyah, la résidence officielle du président Alpha Condé.

Résultats des courses, ou plutôt des tirs : une escouade de militaires en gilets pare-balles et lourdement armés a fondu sur le palais présidentiel comme un aigle sur sa proie, et a procédé à l’arrestation du très clivant Alpha Condé qui apparaîtra plus tard dans une vidéo d’une très grande viralité qui a tourné en boucle sur les réseaux sociaux, assis au milieu de ses « ravisseurs », le regard fuyant et la chemise à moitié boutonnée.

Ce qui était présenté au départ comme un coup de sang de soldats ulcérés par la tentative d’arrestation ou de dégommage de leur chef s’est finalement mué en coup d’Etat, concluant ainsi le pouvoir autocratique d’un homme qui avait pourtant suscité beaucoup d’espoirs quand il était arrivé au pouvoir en 2010, après un second tour mémorable à l’issue duquel il avait coiffé au poteau le favori du scrutin, Cellou Dalein Diallo.

La contestation de son régime et de sa dérive dictatoriale a pris corps dès 2011 avec la première tentative de coup d’Etat menée par le commandant Alpha Omar Diallo. Echec et mat du commandant-instructeur, mais la vague de réprobation a continué à grossir comme un fleuve en crue, à cause des mesures et manœuvres anti-démocratiques du professeur-président, sur fond de haine et de condescendance dont lui seul a le secret.

Alpha Condé quitte le pouvoir comme il y était arrivé, à la surprise générale

Le Rubicond de la maladresse politique a été allègrement franchi en octobre dernier, quand le professeur Alpha Condé comme on l’appelle, a, dans une démarche révisionniste, brigué, à 82 ans,  un troisième mandat illégitime aux yeux de nombreux Guinéens et d’observateurs et en est sorti facilement vainqueur, après une vague de répression qui a entrainé des dizaines de morts parmi les militants de l’opposition.

Bien que les amis et partenaires de la Guinée aient attiré son attention sur les risques que pourraient entraîner les relations épisodiquement caniculaires entre lui et son opposition politique, l’octogénaire président a continué à faire de l’esbroufe jusqu’à cette date fatidique du 5 septembre 2021, où il a fallu seulement quelques heures aux putschistes pour mettre fin à une décennie de règne dont les Guinéens ne garderont pas forcément un souvenir impérissable.

C’est vrai que depuis quelques mois, et bien qu’il multipliait les gesticulations et les pas de danse sur les estrades à chaque rassemblement public, on sentait une certaine fébrilité et un manque de sérénité chez l’homme. Mais jamais, on aurait pu imaginer que les choses pouvaient aller si vite à Conakry, d’autant que le système sécuritaire qui le protégeait et qui s’est révélé lacunaire sur le coup, était considéré comme l’un des plus efficaces de la sous-région.

Mais comme toute chose a une fin, Alpha Condé quitte le pouvoir comme il y était arrivé, à la surprise générale, et l’on craint déjà la suite des événements dans ce pays chroniquement en crise. Car, si c’est un dictateur de moins pour la Guinée, cela pourrait être aussi un problème de plus si les nouveaux maitres ne font pas preuve de discernement, et ne remettent pas le pouvoir à un président démocratiquement élu dans un délai raisonnable.

Et c’est peut-être pour éviter une éventuelle et dangereuse récupération de leur coup de force par des politiciens opportunistes, qu’ils auraient procédé à l’arrestation de certains leaders politiques dont le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo. On espère, si cela est confirmé, qu’il ne s’agit pas d’un prélude à la mise en place d’une dictature militaire, et que la bande à Mamady Doumbouya n’est pas venue pour nettoyer les écuries… d’Alpha dans le seul but d’établir durablement ses pénates au palais Sékoutoureyah, comme l’avait fait le Général Lansana Conté au lendemain de la mort du président Ahmed Sékou Touré.

Pour le moment, ils auront le bénéfice du doute, surtout qu’en dehors des condamnations de principe et des sanctions aux effets limités de la CEDEAO, il n’y aura quasiment personne pour exiger le retour au pouvoir de l’enfant de Boké. Vive le président ! A bas le président, a chanté la star œcuménique du reggae ivoirien, Alpha Blondy.

Son homonyme et désormais ancien président de la Guinée-Conakry est en train d’expérimenter depuis hier et du fond de sa cellule, cette triste réalité du pouvoir, surtout quand il verra ces images de foule en liesse dans de nombreux quartiers de Conakry, apportant leur soutien indéfectible aux putschistes.

Il n’y a pas de doute que certains chefs d’Etat africains qui s’accrochent au pouvoir envers et contre tous, ont passé une nuit blanche du 5 au 6 septembre 2021 en se rappelant les paroles plus que jamais d’actualité de l’Ecclésiaste, qui pointent du doigt la nature transitoire et évanescente de l’homme et du pouvoir politique.

Hamadou GADIAGA, in Le Pays

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