Crise de liquidités : Ousmane Gaoual accuse ‘’les grosses fortunes et grandes entreprises’’ de thésauriser l’argent
Depuis plusieurs mois, les guinéens sont confrontés à un manque criant de circulation des billets de banque sur le marché. Alors que la crise de cash persiste, le ministre porte-parole du gouvernement pointe un doigt accusateur sur de grandes entreprises, qui, selon lui, préfèrent garder leurs revenus par-devers eux au lieu de les déposer dans les banques.
‘’Une des raisons qui fait que les gens qui ont de l’argent, parce que ça, ce n’est pas les fonctionnaires, ce n’est pas vous et moi qui faisons une thésaurisation. Un fonctionnaire, un citoyen moyen, n’a pas de revenus à stocker, il a des revenus à faire vivre. Donc si les revenus sont stockés, qui les stocke ? C’est les grosses fortunes, les grandes entreprises. Mais pourquoi le font-elles ? Certains ont dit, maintenant avec tous les systèmes informatiques qui sont liés à nos comptes, lorsqu’on doit quelque chose à l’État, on ne nous informe même pas, l’État prend son dû. Et les entreprises ne veulent pas de ça. C’est l’une des explications’’, indique Ousmane Gaoual Diallo dans l’émission Grand Angle de la RTG.
L’autre aspect, poursuit-il, ‘’c’est qu’il y a des gens qui ont intérêt à ne pas changer le fait que l’économie soit cash. Quand vous voyez des gens qui sont dans les affaires d’or et de diamants, qui sortent de l’argent à la banque, vous avez peur. C’est 20 à 50 milliards de cash qui sortent pour aller dans les mines. On trouve ça normal ? Non. Même si c’est dans les habitudes, ce n’est pas normal’’.
Le ministre des transports affirme qu’il essaye de ‘’comprendre ce qui justifie qu’un acteur économique se mette en danger ou mette ses ressources en danger en ne mettant pas son argent en sécurité, qui est la banque. Donc, il a peur qu’on lui prélève de l’argent, même s’il le doit à l’État. C’est lui qui veut décider à quel moment il paye l’État. Or, ce n’est pas comme ça que marche l’économie. L’État ne marche pas comme ça. L’État prend son dû. Mais, si tu veux toi-même décider si tu paies ou tu ne paies pas, ça, c’est autre chose. C’est une évolution qu’il faut comprendre’’.
Ousmane Gaoual Diallo justifie le choix de certains opérateurs économiques à ne pas recourir aux services de la banque par les multiples formulaires à remplir.
‘’Il y a la justification des ressources. Il y en a qui ont dit que quand ils envoient l’argent à la banque, on leur pose tellement de questions sur l’origine de l’argent qu’ils préfèrent garder l’argent à la maison. Qu’est-ce qu’on veut ? Est-ce qu’en Guinée, on a le choix de laisser tout l’argent venir comme il vient sans poser de questions ? Est-ce que la crédibilité de notre État peut permettre ça ?’’, se demande-t-il.
‘’Moi, je suis ministre depuis quelque temps. Quand j’amène de l’argent sur mon compte à la Société Générale, j’avais une activité de vente agricole, mais si les gens me payent par hasard aujourd’hui en espèces, même 20 millions, je ne peux pas les mettre dans mon compte sans passer par un formulaire avec 40 questions. Imaginez quelqu’un qui a des chiffres d’affaires de 1 à 2 milliards, qui vient à la banque, il va faire comment ? Donc, il y a cette difficulté-là à justifier l’origine de l’argent. Et donc, comme ça, on considère que c’est normal. C’est ce qui retient aussi les acteurs qui gardent le cash’’, souligne Ousmane Gaoual Diallo.
Pour une sortie de crise, le porte-parole du gouvernement préconise la fabrication de billets de banque, qui risque de provoquer une inflation, ou le recours à la digitalisation.
‘’Quand il y a une crise de cash, il y a deux solutions. La première, l’État continue à fabriquer des billets qui vont alimenter nos marchés. La conséquence, c’est d’appauvrir les gens. Ou on digitalise. Il n’y a pas d’autres mécanismes. On encourage les gens à utiliser des moyens de paiement alternatifs, souvent électroniques. C’est ce que l’État est en train de faire. Bien sûr, on n’élimine pas l’idée de fabriquer des billets, mais on ne va pas injecter des billets de banque au point d’appauvrir nos compatriotes. Mais nous voulons faire les deux. C’est pour ça que nous encourageons les gens à utiliser des paiements digitaux, à faire des transferts bancaires, des virements, à utiliser des chèques de paiement pour réduire l’impact du cash dans les échanges que nous faisons’’.
‘’Ceux qui gardent l’argent, ce sont des gens qui ont de l’argent massivement et qui ne veulent pas justifier l’origine. Mais ça, c’est compliqué. Si vous dites à quelqu’un d’aller déposer de l’argent à la banque, et quand il arrive à la banque, la banque lui dit : comment tu es arrivé là, comment tu as fait ? Mais quand est-ce que cet argent va revenir ?’’, analyse-t-il.
Le porte-parole du gouvernement promet que tout sera mis en œuvre pour venir à bout de cette crise afin d’alléger la souffrance des guinéens.
‘’On a une responsabilité étatique pour crédibiliser notre pays. L’argent ne peut pas venir de partout. C’est très compliqué. Dans certains États, même si c’est votre propre argent, et c’est la règle aujourd’hui, pour sortir votre argent, vous allez répondre à tellement de questions que vous avez l’impression que ce n’est pas votre argent. Parce qu’avec l’argent, on crée tous les problèmes du monde, et partout. Donc, il faut que les compatriotes comprennent que c’est une mesure qui est là, et que l’État travaille pour atténuer les souffrances des uns et des autres. Mais notre rôle, c’est de préserver le pays et de redonner de la crédibilité à notre système financier’’, rassure Ousmane Gaoual Diallo.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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