De diplômé en mathématiques à éleveur, le pari d’Amadou Sadio Barry dans l’aviculture à Labé : ‘’Avec 10 millions GNF, tu peux commencer’’
Diplômé en mathématiques, Amadou Sadio Barry, 39 ans, a troqué les équations pour l’aviculture. Lancé en décembre 2023 à Labé, dans le quartier Safatou 1, secteur Horê Laafou, son élevage est passé de 1 200 à 2 000 poules pondeuses en deux ans, sans formation préalable. Entre apprentissage sur le terrain, passion et difficultés, cet entrepreneur appelle l’État à renforcer son accompagnement du secteur avicole.
Ce mercredi, notre rédaction s’est rendue dans sa ferme. Au cours de notre entretien, ce passionné d’aviculture est revenu sur ses motivations, ses projets et les difficultés auxquelles il est confronté.
Après plusieurs années d’aventure, Amadou Sadio Barry a décidé de rentrer au pays pour investir dans l’aviculture. Son déclic pour l’élevage est né à l’université, lorsqu’il se rendait dans des fermes pour apporter son aide.
‘’Je visitais beaucoup de fermes. C’est ce qui m’a donné envie d’exercer ce métier. Quand j’ai gagné de l’argent, je me suis dit : pourquoi ne pas me lancer dans l’élevage de volailles ? Peut-être que je pourrais maîtriser. Je me suis donc lancé. Aujourd’hui, grâce à Dieu, je m’en sors bien’’, se réjouit-il.
Il déclare avoir ‘’démarré avec 1 200 poussins avec un budget de 104 000 millions GNF. C’étaient des poules pondeuses qui viennent de Belgique ou de Hollande. Quand on achète les poussins, il y a trois phases. D’abord, l’aliment de démarrage pendant 40 jours, ensuite la croissance de 4 à 6 mois. Mais ici, dès le quatrième mois, les poules ont commencé à pondre’’.
Amadou Sadio Barry revient en détail sur les différentes étapes de l’évolution des poussins, de leur arrivée jusqu’à la ponte.
‘’Au début, il faut les nourrir pendant 40 jours, nuit et jour. On divise le hangar en trois parties. On allume le feu pour avoir une bonne température qui varie entre 36 et 40 °C, selon les recommandations du vétérinaire. Après les 40 jours, on agrandit l’espace au fur et à mesure qu’ils grandissent. Avant les deux mois, ils remplissent déjà le hangar, car leur croissance est très rapide’’, explique-t-il.
Après deux mois, poursuit-il, ‘’on passe à l’aliment “croissance”. Le matin, nous servons l’aliment avec de l’eau. Le soir, nous faisons le nettoyage et nous leur donnons à manger. À 4 mois, on voit les signes de la ponte. On change alors l’aliment. Moi, à 4 mois et 2 jours, les poules ont commencé à pondre. Pour d’autres, ça peut aller jusqu’à 5 ou 6 mois selon le type de volailles et la façon dont elles ont été nourries’’.
Originaire de Dalaba, il explique pourquoi il a choisi de s’installer à Labé. ‘’Ici, on trouve facilement des aliments de qualité et des vétérinaires. Avant de démarrer, tu dois te faire assister par un médecin vétérinaire, que d’autres appellent technicien. Quand j’ai débuté, je ne pouvais pas payer un employé, car j’avais investi tout mon argent. Donc, j’étais mon propre employé. J’avais un ami qui me donnait d’utiles conseils. Puisque je suis un passionné, j’ai facilement maîtrisé cette activité. L’élevage de volailles n’est pas très difficile, seulement, il y a des risques. Tu ne dois pas économiser les aliments, ni retarder la prise des vaccins’’, souligne-t-il.
Aujourd’hui, les principaux défis liés à l’élevage restent les maladies, l’approvisionnement en eau et la stabilisation du prix des œufs sur le marché.
‘’Dans toute activité, on rencontre des difficultés. Au début, on était confrontés au manque de certains aliments, mais aujourd’hui, ce problème est résolu. Parfois, la vente des œufs se perturbe. Nous produisons beaucoup, mais nous ne trouvons pas de clients. Mais cette période est aussi passée. Il y a aussi les maladies. L’État fait des efforts, car certains de nos prédécesseurs ont connu d’énormes pertes. Mais les poules meurent souvent. Dans le mois, on peut avoir 1 à 2 % de pertes’’, indique-t-il.
‘’Nous avons des difficultés d’approvisionnement en eau. Ici, il n’y a pas de forages. Dans ma deuxième ferme, j’ai amélioré un puits. Mais je n’ai pas de moyens, car le puits est trop distant. Le propriétaire m’a promis de construire un autre poulailler avant de régler le problème d’eau’’, ajoute-t-il.
Il affirme que ‘’pour pratiquer cette activité, il faut forcément avoir le montant nécessaire. Certains font un projet de 120 millions GNF, mais n’ont que 50 millions. Ils débutent en espérant combler après. Or, si tu dois nourrir les volailles avec deux sacs d’aliments, tu dois le faire obligatoirement. Tu ne peux pas dire : comme je n’ai pas d’argent, je dois attendre 2 à 3 jours. Rien ne doit manquer. Ni les aliments, ni les vaccins, ni l’eau’’.
Pour l’écoulement de sa production, Amadou Sadio Barry s’appuie sur un partenariat avec des grossistes. ‘’Quand nous produisons, nous avons des acheteurs en gros qui acheminent vers Kankan, Siguiri et Conakry. Mais des particuliers viennent aussi acheter 1 à 2 alvéoles. C’est insignifiant. Nous produisons 25 à 30 alvéoles par jour, soit 250 en 10 jours. Si nous comptons sur nos voisins, ça ne va pas nous arranger’’, estime-t-il.
À ceux qui souhaitent se lancer dans cette activité, il conseille la patience et la rigueur. ‘’Au début, difficilement, nous arrivons à couvrir toutes les dépenses à cause de la ponte qui est faible. Mais s’ils arrivent à leur pic, c’est-à-dire quand les poules commencent à pondre normalement, là, ils peuvent couvrir toutes les dépenses. C’est en ce moment que tu dois faire une bonne gestion pour éviter de tomber dans du gaspillage’’, affirme-t-il.
‘’J’ai fait beaucoup d’activités en Guinée et ailleurs, mais ce qui donne une liberté financière comme l’élevage de volailles, il n’y en a pas beaucoup. L’élevage de volailles n’exige pas de force mais un suivi. J’encourage les jeunes à se lancer. Mais il faut d’abord être un passionné. Ne pas se précipiter pour devenir riche. Au début, il faut jouer le rôle de l’employé pour apprendre’’, renchérit le fermier.
‘’Au début, les gens me trouvaient ici en train de puiser de l’eau et me disaient : ‘Cherche-toi un employé. Le travail est pénible’. Ils essayaient par tous les moyens de me décourager. Mais moi, je savais que c’était juste pour un temps. Parce que dans toute activité, le début n’est pas facile’’, confie Amadou Sadio Barry.
Amadou Sadio Barry ambitionne d’agrandir sa ferme, de pratiquer l’agriculture et d’élargir son élevage à d’autres espèces animales. ‘’Je suis en location. Mon projet à long terme, c’est de chercher un hectare pour construire un poulailler. Je veux faire de l’élevage, de l’agriculture et employer des membres de ma famille. C’est une entreprise familiale que je veux bâtir. Mon rêve à court terme, aujourd’hui, je suis à 2 000 poules. Je veux augmenter 3 000 pour avoir 5 000’’, dévoile-t-il.
Pour concrétiser ces projets, ce jeune entrepreneur sollicite l’accompagnement des autorités en charge du secteur. ‘’Nous demandons l’accompagnement de l’État. Il faut qu’il vienne sur le terrain voir ce dont les éleveurs ont besoin. Qu’il veille sur la disponibilité des vaccins, baisse le prix des aliments, stabilise le prix et facilite les formations’’, lance-t-il.
Il encourage la jeunesse à se tourner vers l’aviculture afin de réussir au pays. ‘’Ne dites pas que si vous n’avez pas 100 ou 200 millions, vous ne pouvez pas démarrer. Avec l’élevage de volailles, tu peux commencer avec 10 millions, 50 ou 100 poulets. Même si certains meurent, tu auras compris comment le cycle fonctionne’’, conseille-t-il.
Il invite ‘’la jeunesse à aimer notre pays. Arrêtez de dépenser 50 à 100 millions pour aller dans les réseaux clandestins. Tout ce qu’on cherche là-bas, on peut le trouver ici. Il suffit de se lever’’.
A l’endroit des éleveurs, il indique que ‘’les gens ne doivent pas être égoïstes. Moi, j’ai déjà 3 ans d’expérience. Si un débutant me demande des conseils, je dois l’encourager. Je ne dois pas penser que si beaucoup de personnes investissent dans ce domaine, ça va nuire à mon activité. Au contraire, tant que les gens s’intéressent à ce business, la filière va évoluer’’.
‘’Avant, il n’y avait qu’un seul vendeur d’aliments pour volailles. Aujourd’hui, plusieurs personnes en vendent de bonne qualité et cela permet à beaucoup de familles de vivre dignement. Dans toute activité, il ne faut pas avoir peur des échecs. C’est après ces échecs qu’on peut vraiment se relever. Moi-même, j’ai connu beaucoup d’échecs dans d’autres domaines, et c’est ce qui me permet de tenir aujourd’hui’’, conclut-il.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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