Des guinéens de Mauritanie vivent dans la peur : “la situation a empiré depuis janvier 2025, avec l’augmentation des traversées”
Quelques jours après l’interception en Mauritanie d’un groupe d’environ 300 jeunes Guinéens ayant quitté le port de Bonfi pour tenter de rejoindre l’Europe, des ressortissants guinéens à Nouakchott tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent un climat sécuritaire devenu étouffant depuis 2024, où même les résidents légaux sont désormais confrontés à des arrestations, des rafles et des expulsions arbitraires.
Contacté ce jeudi 20 novembre par VisionGuinee, Amadou Bailo Baldé, citoyen guinéen établi depuis plusieurs années à Nouakchott, parle d’une situation qui ne cesse de se dégrader.
‘’Il y a énormément de guinéens qui sont passés par ici, mais aussi d’autres qui vivent ici depuis des années. La situation a empiré depuis janvier 2025, lorsque beaucoup de migrants ont traversé la Mauritanie pour atteindre les îles espagnoles’’, explique-t-il.
Face à l’afflux de migrants tentant la traversée, les autorités mauritaniennes ont considérablement renforcé les contrôles. Une décision qui, selon lui, a touché indistinctement tous les étrangers, y compris les résidents réguliers. ‘’Avant, on ne nous créait pas de problèmes. Mais dès que les départs vers l’Europe ont augmenté, ils ont confondu tout le monde. Ils pensaient que nous qui vivions ici, on attend juste l’occasion de partir’’, confie-t-il.
Selon son témoignage, les rafles sont devenues quotidiennes. ‘’Ils partent dans les foyers, dans les maisons, dans les lieux de travail. Ils attrapent tout le monde : femmes, enfants, nul n’était épargné’’, souligne-t-il, décrivant un climat de peur qui a poussé plusieurs guinéens à arrêter de travailler et à se cloîtrer chez eux.
Revenant sur l’affaire des 300 jeunes partis de Bonfi, Amadou Bailo dit en avoir entendu parler. ‘’J’ai appris qu’un bateau avait quitté la Guinée pour atteindre l’Europe, mais qu’il avait eu des problèmes en mer. Ils ont été secourus par la marine mauritanienne ou les garde-côtes’’
Interrogé sur le traitement réservé par la police mauritanienne aux guinéens arrêtés, il décrit une procédure stricte. ‘’Quand ils t’arrêtent, ils t’amènent au centre de rétention. Ceux qui ont des cartes de séjour, l’état civil viendra vérifier. Si tout est en règle, tu sors libre. Mais ceux qui n’ont pas de papiers valables sont refoulés’’.
Il affirme avoir lui-même passé une semaine dans un centre de rétention, où il a constaté la présence de nombreux guinéens. ‘’Les représentants de certaines nationalités venaient libérer leurs ressortissants. Pour nous, le commandant m’a dit clairement qu’on n’avait personne pour venir nous défendre’’, déplore-t-il.
M. Baldé lance un appel pressant aux jeunes tentés par l’aventure mauritanienne comme point de passage vers l’Europe. ‘’La route de la Mauritanie n’est pas facile. C’est une route très dangereuse. Il y a des délinquants qui organisent des voyages, prennent votre argent et vous livrent aux forces de l’ordre’’, prévient-il pour dissuader les candidats à l’immigration irrégulière.
‘’L’Etat doit aider les jeunes, surtout les diplômés. Beaucoup ont étudié des années, n’ont pas de travail et n’ont d’autre choix que de prendre cette route. Il faut créer des emplois. La sécurité aussi compte. Même si tu n’as rien, si tu es en bonne santé et en sécurité, tu peux t’adapter’’, ajoute-t-il.
Il sollicite enfin à un soutien institutionnel pour les guinéens de Mauritanie, confrontés à l’absence de représentation diplomatique : ‘’Un seul ambassadeur couvre le Sénégal, la Gambie, le Cap-Vert et la Mauritanie. Ce n’est pas suffisant. Même un consulat serait déjà une aide. Le représentant actuel n’a pas les moyens’’, estime notre interlocuteur, évoquant les difficultés pour les guinéens d’obtenir des documents légaux.
C’est le cas, notamment, d’une guinéenne qu’il a hébergée chez lui pendant quatre mois avec son enfant. ‘’On a couru derrière un laissez-passer pendant des mois. Elle l’a obtenu il y a dix jours’’.
Lors d’un récent séjour à Conakry, il déclare avoir tenté de rencontrer le ministre des affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, en vain. ‘’Je suis parti deux fois au ministère, mais je n’ai jamais pu accéder au bâtiment pour exposer nos difficultés’’.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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