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Deux accusés condamnés à 7 ans de prison pour torture et séquestration ayant entraîné la mort d’un mineur

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Soutra

Le procès de Fatoumata Binta Barry et de Thierno Ismaïla Diallo, poursuivis initialement pour meurtre, s’est ouvert ce mardi 28 avril. Âgée de 35 ans, Fatoumata Binta Barry, vendeuse, est accusée d’enlèvement ainsi que de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur son neveu, Ibrahima Barry, âgé de 15 ans. De son côté, Thierno Ismaïla Diallo, chauffeur de profession, est poursuivi pour complicité dans cette affaire remontant au mois de mai 2025.

Devant le juge Morlaye Soumah, les deux accusés ont reconnu les faits qui leur sont reprochés. À tour de rôle, ils ont livré leur version des événements.

Selon Fatoumata Barry, “un jour, mon neveu est venu à la maison, il a volé mon téléphone et un million de francs guinéens. Il est parti et il n’est plus revenu. Quand je l’appelle, il décroche mais ne parle pas. Cinq jours après, alors que je partais au marché, je l’ai aperçu et je l’ai pris par la main. Je lui ai demandé où il était, où étaient le téléphone et l’argent. Il dit qu’il était chez son grand. Je lui ai demandé de me conduire là-bas. Il m’a fait marcher dans le quartier sans me montrer l’endroit. Ensuite, j’ai appelé son papa, qui est mon frère, pour l’informer que j’ai vu son fils et que nous sommes rentrés à la maison. Arrivés à la maison, je l’ai frappé un peu et j’ai appelé mon voisin pour qu’il m’aide à le ligoter pour qu’il ne s’échappe pas. Mais il m’a demandé de le pardonner et de ne pas l’attacher. Nous avons dit qu’il va encore s’échapper. Nous l’avons donc ligoté”.

Par la suite, renchérit-elle, “je suis allée faire un transfert de crédit pour rappeler son papa et lui dire de venir, que je l’ai ligoté. Après, je suis partie au marché pour faire rentrer ma marchandise. Alors que je n’avais même pas fini, ma voisine m’appelle pour dire qu’il y a eu un court-circuit chez notre voisin. Je me suis précipitée vers la maison. Quand je suis arrivée sur les lieux, le feu avait déjà atteint toute ma maison. Les voisins nous ont aidés à verser de l’eau pour éteindre le feu. Lorsque je me suis précipitée pour rentrer dans la chambre, les gens m’ont arrêtée. Quand ils sont allés dans la chambre, ils ont trouvé qu’il était déjà mort”.

L’accusée précise que son frère lui avait confié son fils depuis l’âge de 2 ans : “Je l’avais envoyé à l’école, mais il ne rentrait pas en classe. Son maître m’a dit, pour ne pas que je gaspille de l’argent inutilement, de l’envoyer faire un métier. Je l’ai ramené chez son papa pour qu’il s’en occupe”.

Thierno Ismaïla Diallo, poursuivi pour complicité, a également livré sa version devant la cour.

“Nous habitons ensemble. Ce jour-là, je dormais dans ma chambre quand elle m’a réveillé ; elle tenait Ibrahima par la main et m’a demandé de venir l’aider à le ligoter. J’ai dit que je ne peux pas faire ça. Elle dit que le petit a volé son téléphone et son argent. Le petit me dit qu’il a remis encore à un de ses grands. Il m’a suggéré d’attendre le soir, ils vont partir pour récupérer. Elle m’a dit non, c’est un habitué des faits. Elle l’a attaché les mains avec son foulard. Elle a pris mon téléphone pour appeler son frère, mais avant qu’elle ne finisse de parler, mes crédits étaient épuisés. Elle m’a remis le téléphone. Ensuite, on m’a appelé pour aller au parc parce que là où j’avais garé ma voiture, le passage était bloqué. Quelques minutes après, je suis revenu à la maison. Au moment où je mangeais, alors que la télé était allumée, j’ai entendu un bruit. Ma femme me dit qu’il y a eu un problème chez notre voisin. Nous sommes allés pour ouvrir, mais les portes sont métalliques. Quelques minutes après, le feu avait fini d’envahir la maison et celle de tantie Binta. Vu qu’elle avait enfermé le garçon à l’intérieur, ils ont demandé à quelqu’un d’aller la chercher au marché”, affirme-t-il.

Il précise que “la gendarmerie et les sapeurs-pompiers étaient déjà arrivés sur les lieux. Quand tantie Binta est arrivée, elle a demandé : Ibrahima est sorti ?. Quelqu’un a répondu : comment il va sortir, vous l’avez enfermé. Ensuite, les femmes ont commencé à la frapper. La gendarmerie est intervenue et l’a emmenée. Si je suis en prison, c’est parce que Dieu l’a voulu, sinon j’avais dit à tantie Binta d’accorder son pardonner au garçon et de ne pas l’attacher”.

Face aux questions du procureur et de la défense, les accusés ont maintenu leurs déclarations et reconnu les faits.

Dans ses réquisitions, le procureur Moustapha Mariama Diallo a estimé que “quelle que soit l’intention de cette dame, elle ne pouvait pas à elle seule le ligoter. On ne peut pas ligoter une personne de cette manière, c’est de la torture. À cause d’un téléphone, on maltraite un enfant. Les faits de complicité sont constitués à l’égard de Thierno Ismaïla Diallo”.

Il insiste sur le fait que “cette dame est dangereuse. Elle a ligoté son neveu. Elle est allée trop loin. Elle l’a attaché au niveau des pieds, des orteils, les deux mains jointes au dos et l’a jeté dans une chambre, puis est allée vaquer à ses occupations. Il est mort carbonisé. C’est une mort atroce. Les faits de séquestration sont constitués à son égard. S’il n’était pas ligoté, il pouvait s’évader de la prison de cette dame”.

Le ministère public a requis une condamnation sévère : “Les accusés ont reconnu les faits. Ils sont conscients de leur cynisme, de leur cruauté. Eu égard à leurs comportements, ils ne méritent aucune clémence. Le désistement de la partie civile n’éteint pas l’action pénale. En conséquence, le ministère public que je représente requiert qu’il vous plaise de retenir Fatoumata Binta Barry et Thierno Ismaïla Diallo dans les liens de la culpabilité, de les déclarer convaincus et coupables des crimes de séquestration, de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner et de complicité, en application des articles 19, 239, 243, 303 et 305 du code pénal. Pour la répression, en leur faisant application des mêmes dispositions, notamment de l’article 305 du code pénal, vous les condamnerez à la réclusion criminelle à perpétuité”.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense a qualifié les réquisitions de “bidons” et “sans réflexions adéquates”. Maître Abdoulaye Keita a sollicité la clémence du tribunal.

“Je plaide coupable en demandant les circonstances atténuantes et d’appliquer les dispositions de l’article 116 du code pénal. Je ne sais pas si on peut donner la mort à son propre fils. L’enfant a fait combien d’années dans les mains de Fatoumata Binta, est-ce qu’elle peut faire exprès pour lui donner la mort ? Ce qui m’a énervé, c’est le fait de l’attacher et de l’enfermer. Thierno Ismaïla a reconnu qu’il a aidé madame à attacher Ibrahima. Pourquoi ? Pour la correction. Je vous prie d’épargner purement et simplement Thierno Ismaïla des réquisitions du ministère public. L’intention de Fatoumata Barry n’était pas de donner la mort à Ibrahima mais de le corriger. Je vous prie de les condamner au temps déjà purgé”, a plaidé l’avocat.

Dans sa décision, le juge Morlaye Soumah a déclaré les deux accusés coupables de torture et de séquestration, les condamnant à 7 ans de réclusion criminelle.

Le tribunal, statuant publiquement et contradictoirement en matière criminelle et en premier ressort, après en avoir délibéré sur l’action publique, a déclaré Fatoumata Binta Barry et Thierno Ismaïla Diallo non coupables du crime d’enlèvement et de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner.

Il a déclaré Fatoumata Binta Barry coupable de crimes de torture et de séquestration dont elle est accusée ainsi que Thierno Ismaïla Diallo. Pour la répression, faisant application des dispositions des articles 116, 19, 232, 233, 234, 441 et 497 du code de procédure pénale, il les a condamnés à 7 ans de réclusion criminelle.

Sur l’action civile, le tribunal constate le désistement de la partie civile par lettre en date du 16 juillet 2025, avant de condamner les deux accusés aux frais et dépens envers l’État.

Les parties disposent d’un délai légal pour interjeter appel devant les juridictions compétentes.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
00224 621 85 28 75/djiwo.barry@visionguinee.info

 

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