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Discours du Colonel Doumbouya à la tribune de l’ONU : analyses et recommandations

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Nous n’avons pas pour habitude de commenter les discours d’autrui. Cette tâche revient aux journalistes qui d’ailleurs, s’en acquittent vaillamment. Mais en tant que mouvement politique, ce discours du Colonel Doumbouya nous interpelle au plus haut point.

Un discours, il faut le dire, que nous partageons en partie, mais qui malheureusement renforce les soupçons quant aux intentions du Colonel à vouloir se maintenir au pouvoir. Nous faisons donc exception pour nous exprimer sur le discours tenu par le Chef de l’État à la tribune des Nations Unies.

D’abord, nous nous réjouissons, à l’image de l’icône Doussou Condé, de la prestation du Président de la Transition à la tribune de l’ONU. La République en pleine crise institutionnelle, est dirigée par un régime d’exception à la tête duquel, gouverne un comité politico-militaire piloté par le Colonel Mamadi Doumbouya. À ce titre, le Colonel est bien placé pour porter la voix de ce régime d’exception à la face du monde. Son passage, je le souhaite, permettra à chacun de se faire une idée de l’agenda du CNRD. Maintenant, analysons le discours.

Primo, nous regrettons que le Colonel n’ait fait aucune mention des objectifs du développement durable, pourtant thème principal de cette 78ème session. Rien sur la paix, rien sur la prospérité, rien sur la durabilité, alors que notre pays connaît depuis quelques années des intempéries saisonnières dues entre autres causes, au dérèglement climatique. La tribune des Nations Unies est pourtant le lieu le mieux indiqué pour rappeler aux gros pollueurs, quelle est leur responsabilité dans la dégradation de notre écosystème. Mais le Colonel est passé à côté du principal thème.

Secundo, nous partageons son appel à réformer l’Organisation des Nations Unies. Nous pensons quant à nous, que l’Afrique a sa place à prendre au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Nous partageons surtout son appel au non-alignement des États Africains. L’État fédéral, l’Afrique des Cinq États régions, comme planifiée par les Pères Fondateurs. Que le monde sache que l’Afrique est elle-même un bloc qui ambitionne de s’affirmer dans le concert des puissances géopolitiques du monde. Tous les États émergents du Continent sont des États non-alignés. l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, l’Algérie, l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Maroc, l’Angola… ce sont des États jaloux de leurs souverainetés et de leurs orientations non-alignées, dans la théorie et dans la pratique. J’invite les autres juntes à s’inscrire dans la dynamique non-alignée. Parce que la diversification des relations diplomatiques est gage de stabilité et de développement.

Tertio, nous partageons ses réserves sur la démocratie libérale, même si ce passage de son discours reste confus et inquiétant. Confus, parce que le Colonel confond la démocratie au multipartisme intégral. Un meilleur conseiller lui aurait évité cette confusion. Il a en effet confondu et réduit la démocratie au multipartisme intégral, alors que cela n’est qu’une forme parmi tant d’autres de démocratie. Que le Colonel sache que le multipartisme intégral n’est pas la seule forme de démocratie qui existe.

Par exemple, en Afrique du Sud, il existe le multipartisme avec parti dominant (l’ANC). Ainsi, pour être élu Président en Afrique du Sud, il faut être élu par l’ANC qui regroupe plus de 90 % de la population. Au Maroc, il existe une monarchie démocratique. Le Peuple du Maroc en fonction de ses traditions arabo-musulmanes, a librement prêté allégeance à une lignée familiale proche du Prophète Mohamed, avec la consécration des libertés individuelles et collectives. Et ça marche très bien. La Tanzanie et le Kenya sont des démocraties semi-participatives. L’Éthiopie est une République fédérale à régime parlementaire. Et ça marche très bien. Le Cap-Vert, le Kenya, l’Angola, le Botswana… Tous sont des États démocratiques et stables, tournés vers l’émergence. Parce que la stabilité précède le développement. (Indépendance–Démocratie-Développement). C’est cela la bonne voie.

Donc, ce n’est pas la démocratie qui est en cause dans ce discours, c’est le modèle (multipartisme intégral) qui nous a été imposé au sommet de la Baule et qui ne correspond pas aux réalités multiethniques et multiculturelles de notre société nationale, qui est en cause. Comme le Colonel, nous pensons que la Guinée, notre pays est capable de produire un système propre de démocratie, qui satisfasse au besoin fondamental de régulation et de légitimation de la vie nationale. Un système inclusif fondé sur le respect des principes universels : la volonté populaire, la sauvegarde des libertés fondamentales, l’alternance démocratique

Nous lui recommandons cependant d’éviter le procès contre la démocratie, si jamais cela figure dans ses intentions. Le procès contre la démocratie est un vieux discours tenu par des vieux dictateurs et leurs apprentis pour justifier de leurs volontés de s’éterniser au pouvoir. Que le Colonel sache que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance qui existe. Elle est gage de stabilité, parce qu’elle seule émane et consacre la volonté du peuple comme souveraine. Tous les pays qui émergent en Afrique sont des États démocratiques et stables. Et les pays qui triment sont des États instables dirigés par des dictateurs corrompus de quarante (40) ans. Ce ne sont pas des modèles à suivre.

C’est un procès qui, par ailleurs, est révélateur d’un manque de sciences. Un manque de sciences, parce que n’importe quel Homme de culture sait que ce sont les sociétés Africaines qui ont produit la première charte évoquant les libertés individuelles et collectives : la Charte du Mandingue. Même l’alternance n’est pas étrangère à l’Afrique. Les deux grandes familles (Alphaya et Soryah) fondatrices du Fouta Djallon ont pratiqué l’alternance démocratique, bien avant le sommet de la Baule de 1990. Donc, affirmer que la démocratie est une denrée importée à l’Afrique est la pire des chimères qui soient. La démocratie est africaine, c’est le multipartisme intégral qui ne nous correspond pas.

Quarto, le Colonel se fourvoie sur la CEDEAO. La Guinée de Sékou Touré cofondatrice de l’institution a contribué à en poser les bases : une organisation politique, économique, monétaire, militaire et diplomatique. La CEDEAO n’est pas sans reproches, j’en conviens avec le Colonel. Mais elle reste à nos jours, l’une des meilleures visions de l’intégration africaine : l’élimination des barrières douanières et passeport commun. Libre circulation des personnes, des biens et services. Armée commune ECOMOG dont l’utilité n’est plus à démontrer. Une monnaie commune dont les bases furent posées à Conakry par Sékou Touré et Rawlings en 1983. Une diplomatie commune en perspectives. Que le Colonel se garde de renier la vision et l’héritage du Paternel sur cette question. Le Général Lansana Conté avait quant à lui, poursuivi l’œuvre du Président Sékou Touré dans ce sens. Le Président Alpha Condé également. La Guinée, le Ghana et le Nigeria sont les pays qui ont le plus consenti de sacrifices pour la CEDEAO, dans le cadre de l’ECOMOG et de l’ECO.

Nous recommandons au Colonel de se rapprocher d’hommes de culture et de sciences Ismael Condé, Bana Sidibé, Bonata Dieng, Justin Morel Junior, Elhadj Lelouma Diallo… Les Pères Fondateurs ont imaginé la CEDEAO comme un Etat-région parmi les cinq autres de l’État Fédéral en construction. Tous les dirigeants de la Guinée ont posé des actes en faveur de la préservation de la CEDEAO. Que le Colonel se distingue de cette tendance qui s’en prend à la démocratie et à la CEDEAO.

Quinto, nous partageons l’appel du chef de l’État à la transformation des matières premières sur place. Nous avons déjà publié un article scientifique dans ce sens. Mais nous regrettons qu’aucune transformation structurelle n’ait été envisagée pour contrer cela. Que le Colonel sache que les multinationales n’ont pas toujours intérêt à créer des raffineries sur le continent. C’est un manque à gagner dans leurs portefeuilles. C’est à nos États d’en créer les conditions. Nous lui recommandons de dépasser les dénonciations, ce n’est pas son rôle. La dénonciation revient aux acteurs de la société civile. Un dirigeant prend des mesures. Que le Colonel acte la transformation structurelle des secteurs de l’économie. Deux ans après le putsch, très peu d’actes allant dans le sens de la refondation ont été posés. Les discours doivent s’accompagner d’actes concrets.

Enfin, critiquer la corruption en étant soit même compromis ou complaisant de la délinquance financière de ses  commis, est une chimère. Tout guinéen sincère sait que le régime de la transition guinéenne est le pire de toutes les juntes en matières de corruption. Des scandales de marchés de gré-à-gré à 6 millions de dollars, à 8 millions de dollars… pour une simple rénovation, ne font rire personne.

Invoquer l’impérialisme comme cause de notre échec est un jugement partial. La françafrique a sa part de responsabilité dans le retard de nos États, c’est un fait. Mais le principal coupable, c’est nous. Nos États sont confrontés à un problème de gouvernance. En Guinée, nous avons un État bourgeois à la tête duquel gouverne une élite corrompue. C’est le sens de notre appel en faveur de la refondation de l’État depuis 2018. C’est en connaissance de cause que nous prônons une vision transformationnelle de notre société et de l’appareil de l’État. Nous espérons que le CNRD posera des actes concrets allant dans ce sens.

La Guinée de toutes nos forces.

Pour le Font Républicain
Kémoko Camara
Président

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