Disparitions forcées des enfants d’Elie Kamano : l’ONU dénonce un ‘‘acte de représailles ciblé’’ contre l’artiste et opposant au régime de Doumbouya
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), à travers le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, a exprimé une vive inquiétude face à des cas présumés de disparitions forcées enregistrés en Guinée.
Dans un communiqué publié ce jeudi 7 avril, les experts onusiens Gabriella Citroni, présidente-rapporteuse ; Grażyna Baranowska, vice-présidente ; Aua Baldé, Ana Lorena Delgadillo Pérez et Mohammed Al Obaidi, évoquent l’enlèvement présumé de trois enfants et d’un adulte à Conakry, dans ce qui semble constituer un ‘’acte de représailles ciblé contre un opposant important du gouvernement’’.
‘’L’enlèvement et la disparition forcée subséquente d’enfants, pour punir ou faire pression sur un parent ou un membre de leur famille, constituent des actes d’une cruauté exceptionnelle’’, ont déclaré les experts.
‘’Instrumentaliser des enfants comme levier et leur causer un préjudice irréparable constitue une violation flagrante qui affecte les enfants, leur famille et la communauté dans son ensemble’’, ajoutent-ils.
Selon le communiqué, les faits remontent au 11 novembre 2025. Des hommes masqués, présumés membres de la gendarmerie guinéenne, auraient fait irruption tôt le matin dans une résidence privée située dans le quartier du marché de Matoto, à Conakry.
Les assaillants auraient agressé puis enlevé trois enfants âgés de 14 à 16 ans ainsi qu’un membre adulte de leur famille, avant de les conduire vers une destination inconnue à bord de véhicules à l’apparence officielle.
Les experts de l’ONU estiment que l’opération ‘’semble avoir été soigneusement planifiée et ciblée’’. Les auteurs présumés auraient vérifié l’identité des occupants avant de procéder aux enlèvements, laissant penser que les victimes ont été ciblées en raison de leurs liens familiaux avec Elie Kamano, artiste guinéen et défenseur des droits humains vivant aujourd’hui en exil après avoir publiquement critiqué les autorités guinéennes.
Depuis les faits, les familles concernées n’auraient reçu ‘’aucune information officielle concernant le sort ou le lieu’’ où se trouvent les personnes enlevées. D’après les experts, les démarches entreprises auprès des autorités et de la communauté internationale seraient restées sans réponse.
Face à cette situation, ils exhortent les autorités guinéennes à ‘’révéler immédiatement le sort et le lieu de détention des trois enfants et de leur proche, à garantir leur sécurité et leur bien-être, et à les libérer sans délai’’.
Ils réclament également l’ouverture d’une ‘’enquête indépendante, impartiale, approfondie et efficace’’ afin d’identifier les responsables, de les traduire en justice et de garantir des réparations aux victimes.
Ils martèlent que ‘’soumettre des familles à l’angoisse et à l’incertitude, en particulier lorsque des enfants sont concernés, est inhumain’’, avant de poursuivre : ‘’Instrumentaliser la peur contre des familles et des enfants pour étouffer la dissidence constitue une forme particulièrement grave d’abus qu’aucun État ne peut justifier’’.
Les experts du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires rappellent que les représailles visant les proches de dissidents, de défenseurs des droits humains ou de détracteurs du pouvoir ‘’violent les principes fondamentaux de l’État de droit’’ et peuvent être assimilées à des ‘’châtiments collectifs strictement interdits par le droit international’’.
Pathé BAH, pour VisionGuinee.info
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